Rom., VIII
s'indigne à la seule supposition qu'un justifié soit encore trouvé pécheur^. Car ce n'est plus lui qui vit, c'est le Christ qui vit en lui.
Quelques critiques protestants convaincus par l'évidence de ces textes, et jugeant du reste impossible de supposer que Dieu puisse traiter en innocent quelqu'un qui persiste à demeurer pécheur, ont rompu avec l'exégèse protestante pour se rapprocher de la doctrine catholique. Ils distinguent encore la justification (jugement par lequel Dieu acquitte le coupable) et la sanctification (passage de l'homme à une vie nouvelle), mais reconnaissent qu'en pratique ces deux opérations sont coïncidentes et inséparables. On les distingue pour les besoins de l'étude comme l'anatomiste distingue le système artériel et le système nerveux, mais ces distinctions n'empêchent pas l'être vivant de former un tout indivisible.
Toutefois ces auteurs ne maintiendraient pas le caractère purement extérieur de la justification s'ils avaient analysé d'une façon plus profonde la doctrine de S. Paul. Selon MM. Sanday et Headlam, la justification du coupable est le simple pardon de la faute accordé par Dieu, ce It is sim^ ply Forgiveness. Free Forgiveness. » Quant à la sanctification, elle consiste dans la vie qui suit le
1. Gai., II, 17, sv : 61 SèÇvixouvTcç StxatwQ^vai èv Xptatô eOpsÔYi- {xsv y.at aOroi àfiapTcûXot, apa Xptorèi; àu-aoTiaç Siaxovoç; [iï) y^voito.
pardon des péchés, vie caractérisée par lunion de la volonté de l'homme avec celle du Christ^. Ce n'est donc pas, comme nous l'affirmons, une vie nouvelle venant de Dieu, détruisant en nous le péché, et nous unissant au Christ. MM. Sanday et Headlam reconnaissent du reste qu'il n'y a pas lieu de faire la distinction qu'ils font, si l'on traduit justification par justice infuse. Mais ils se refusent à traduire ainsi surtout pour des raisons philologiques ^. Nous avons vu plus haut ce qu'il faut penser de ces raisons.
Ce qui a, semble-t-il, été pour ces critiques une cause d'erreur c'est qu'ils ont étudié la justification et la sanctification à un point de vue trop exclusivement psychologique, sans tenir compte suffisamment du point de vue mystique. S. Paul en effet conçoit la vie surnaturelle non pas comme l'effort d'un homme pour se conformer aux exemples de Jésus-Christ, mais comme l'action, l'influence de l'Esprit de Jésus-Christ dans l'homme, rendu ainsi semblable, en quelque manière, à ce divin modèle. Il s'ensuit donc que l'homme sera juste ou injuste, selon que le Saint-Esprit résidera ou ne résidera pas en son âme.