CHAPITRE VII
L'Union spirituelle avec Jésus-Glirist. — Les Œuvres et le Mérite. — La Perfection chrétienne.
V Union spirituelle avec Jésus-Christ.
Dieu nous a communiqué au baptême une participation de sa vie divine par l'effusion de l'Esprit de Jésus-Christ en même temps qu'il faisait cesser en nous la vie de péché. Telle est la doctrine de S. Paul sur la justification des hommes. Il reste à examiner la justification dans ses efifets, c'est-à-dire la nature, les actes, le développement et le terme de la vie divine communiquée à l'âme par l'Esprit-Saint en union avec la vie glorieuse de Jésus ressuscité.
En quoi consiste cette vie et que signifie pour S. Paul l'union de l'âme à Jésus-Christ?
Nous retrouvons ici la théorie de plusieurs protestants, théorie que nous avons déjà rencontrée à
propos de la justification. Selon ces auteurs,, l'union mystique avec Notre-Seigneur signifie chez S. Paul une identification actuelle de volonté analogue à l'unité de vues, à la compénétration de sentiments et de désirs produite par l'amitié ordinaire, mais identification extraordinairement plus forte et plus complète, à cause de la dignité et grandeur de l'objet aimé, le Christ, et aussi à cause des influences divines agissant sur l'âme de l'apôtre. En d'autres termes, c'est une conformité parfaite de volonté avec Notre-Seigneur, fruit d'une affection et d'un dévouement sans bornes. Pour exprimer l'énergie de ces sentiments, S. Paul n'aurait pas pu se contenter d'un terme moins fort que celui d'union. « Il parle de lui-même comme un avec le Christ. »
Concentrant ses pensées sur les actes de la vie du Christ, particulièrement sur les actes culminants de cette vie, les actes spécialement associés avec la rédemption de l'homme comme la mort, la sépulture, la résurrection, cherchant ensuite à analyser ses propres sentiments et dominé par ce principe de l'union avec le Christ, S. Paul voit en lui certains états correspondant à ceux de son Maître. Il a passé lui aussi comme par la mort, l'ensevelissement et la résurrection, et tout cet ensemble est symbolisé par le baptême. Le symbolisme du baptême ne réside pas seu-
lement en effet dans le rite extérieur, il s'étend à la signification intérieure. Le chrétien est mort à son moi, à la vie ancienne, à ce qu'il a été, Juif ou Gentil; il ressuscite à la vie nouvelle à laquelle il est tenu désormais.
En un mot la foi serait un acte à double effet. L'homme reconnaît Jésus comme Messie et Seigneur, et Dieu consent à traiter cet homme, quoique pécheur, comme juste. Mais en même temps cet homme qui a reconnu Jésus-Christ comme son Seigneur adhère à la volonté de Jésus-Christ, par une véritable union morale, et cette adhésion au Christ mort, enseveli et ressuscité, l'homme la ratifie par le baptême, qui est la rupture avec les égarements du passé et l'acceptation pratique des devoirs de la vie chrétienne ^ .