Act., xiY, 26; XV
aux observances de la Loi, et spécialement à la circoncision^ qui est le signe et l'expression matérielle de la Loi, son empreinte dans la chair de ses sujets.
La théorie des judaïsants se traduisait immédiatement en pratique par le soin d'éviter tous les incirconcis. Plus de fréquentations, plus surtout de repas pris en commun ; un vrai Juif n'invitait pas un Gentil à sa table, et n'allait pas s'asseoir à la table d'un Gentil où indépendamment de la souillure contractée, par le contact d'un pécheur, il était exposé à manger des aliments impurs.
Pierre se trouvait alors à Antioche où il était arrivé avant les émissaires judaïsants ; il avait au début fréquenté les Gentils et mangé avec eux, mais après la venue des judaïsants, il se tint à l'écart par crainte des circoncis. Son exemple fut suivi, et avec lui tous les autres juifs usèrent de dissimulation (a-uvuzsy.piSyjaav), en sorte que Barnabe lui-même s'y laissa entraîner.
Seul, Paul osa tenir ferme et proclamer hautement la liberté des Gentils à l'égard de la Loi, et affirmer la nécessité de les traiter comme des frères. « Voyant, dit-il, que Pierre était digne de blâme (xaTSYVwajxlvoç), voyant que tous ces gens ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je lui résistai en face et lui dis en présence de tous :
Si toi, qui es Juif, tu vis à la manière des Gentils et non à celle des Juifs, comment forces- tu les Gentils à judaïser ? y> Le discours de Paul, dont l'Épître aux Galates donne le résumé, continue en développant l'idée de l'inutilité des pratiques juives. Ces pratiques en effet ne peuvent pas produire la justification, et ont été abrogées par la mort de Jésus- Christ 1.
Tel est l'incident connu sous le nom d'incident d'Antioche. Point n'est besoin de faire ressortir qu'il ne prouve rien contre l'infaillibilité doctrinale 4e Pierre dans les définitions ex cathedra. Ce n'est pas une erreur doctrinale, c'est une erreur d'ordre pratique qui attire à Pierre les reproches de Paul. Le chef des apôtres n'enseigne pas que la circoncision soit nécessaire pour le salut, mais il consent, par une condescendance regrettable et dangereuse, à ce que lui demandent les judaïsants, il cesse de fréquenter les Gentils et de manger avec eux. Ce qui le fait agir ainsi n'est pas sans doute l'hésitation ou le manque de fermeté dans la foi ; peut-être craint-il en se montrant trop intransigeant de provoquer un éclat ou une rupture de la part des gens venus de Jérusalem. Paul, au contraire, ne se fait aucune illusion sur les dangers des ménagements et de la