Gai., II, ai
64 SALNT PAUL ET LES JUDAISANTS.
dissimulation ; au point où les choses en sont venues la crise est inévitable, il n'hésite pas à la faire éclater.
Mais quelle était la question précise qui s'agitait alors à Antioche? Les judaïsants prétendaient-ils imposer la circoncision comme un précepte nécessaire au salut, ou voulaient-ils seulement maintenir l'observance intégrale de la Loi pour les chrétiens juifs de naissance et pour les plus généreux des païens convertis ? Les partisans de la date tardive de l'épître aux Galates, ceux qui la placent après le concile de Jérusalem soutiennent naturellement la deuxième hypothèse. Il est clair, en effet, que nul n'a pu, après les déclarations si formelles du Décret des Apôtres, soutenir encore la nécessité des observances légales pour tous les fidèles indistinctement.
« Ceux qui ont intimidé Pierre, dit M. J. Thomas, lui ont représenté qu'il était interdit de manger avec les Gentils; que, comme Juif, il devait se garder de violer la Loi et par conséquent d'entrer en communication directe avec des àfjLapxwXou On n'agitait donc plus la question de l'obligation de la Loi pour les Gentils, question résolue àla réunion de Jérusalem ; mais à l'occasion du cas particulier de Pierre, on se demandait au fond si la Loi obligeait toujours les Juifs convertis ; c'était l'aspect nouveau du débat, auquel la force des choses ramenait les
esprits ; les Apôtres avaient à se prononcer aussi sur ce point 1. »
Il n'aurait donc été question à Antioche que des obligations des Juifs convertis. Sont-ils encore tenus d'éviter les incirconcis et par conséquent les fidèles venus de la Gentilité? Le fait qui motive le reproche de Paul, ne semble pas à M. Thomas avoir une portée plus considérable : « Saint Paul a déclaré en termes très clairs ce qu'avait fait Pierre : il s'était retiré des Gentils craignant ceux de la circoncision (Gai., ii, 12). Voilà le fait; mais ce fait avait par lui-même de graves conséquences ; setenir à l'écart des Gentils comme de gens impurs, c'était les contraindre à judaïser : voilà ce qu'impliquait ce fait et ce que saint Paul avait hâte de mettre en saillie dans la vive apostrophe oùilmontre aussi combien Pierre est en contradiction avec luimême ^ » .
Ainsi ni Pierre, ni les judaïsants venus à Antioche n'auraient songé à imposer aux Gentils la circoncision comme nécessaire au salut. Toutefois, par leur manière d'agir, ils leur en faisaient une véritable obligation ;car autrement la fréquentation des chrétiens d'origine juive aurait été rendue impossible aux néophytes venus du paganisme.
Les reproches de Paul supposent cette idée sous-