Thomas, op. cit., p. 107 et
entendue, et ils s'expliquent ainsi sans mettre Pierre en contradiction avec le Décret des Apôtres.
Cette théorie est évidemment fort ingénieuse et permet d'expliquer la conduite du prince des apôtres sans supposer chez lui une inconséquence dans sa façon d'agir. On peut donc l'admettre si l'on tient à maintenirune date tardive pour la composition de l'Épître aux Galates. Mais, dans l'hypothèse contraire, on n'est pas obligé de l'accepter, et l'on explique d'une façon plus simple les reproches adressés à Pierre par l'Apôtre des Gentils.
« Si toi, dit-il, toi qui es Juif, tu vis à la manière des Gentils et non à celle des Juifs, comment forcestu les Gentils à judaïser ? Pour nous, nous sommes juifs de naissance et non pécheurs d'entre les Gentils. Cependant sachant que l'homme est justifié non par les œuvres de la Loi, mais par la foi dans le Christ, nous aussi nous avons cru au Christ Jésus afin d'être justifiés par la foi en lui et non par les œuvres de la Loi, car nul homme ne sera justifié par les œuvres de la Loi ».
Sans doute, on peut supposer dans ces paroles quelques idées sous-entendues, mais n'est-il pas plus naturel de penser que la question directement posée est bien celle sur laquelle Paul insiste tant : Les Gentils sont-ils oui ou non tenus à la circoncision et aux pratiques légales ? Si Paul avait voulu dire : Du moment que tu admets la liberté des Gen-
lils, tu dois, pour être logique, t'affranchir toimême de certaines prescriptions, il aurait dit : Gomment ne dois-tu pas vivre à la manière des Gentils et non à celle des Juifs puisque tu ne forces pas les Gentils à judaïser ? Ce qui est précisément l'inverse de sa phrase. Tel qu'il est, son argument est un argument a fortiori : puisque les Juifs eux-mêmes, renonçant à chercher leur salut dans la Loi, lecherchentdansla foi en Jésus-Christ, ils ne doivent pas obliger les Gentils à chercher le leur dans cette Loi impuissante.
Ainsi, examiné de près, le conflit d'Antioche porte non sur les obligations des Juifs à l'égard de la Loi, mais sur les droits des païens convertis. Ces derniers sont-ils encore des étrangers selon la pratique juive, et le mur de séparation entre les Juifs et les Gentils est-il toujours debout même dans l'alliance nouvelle? Pierre, bien qu'admettant en principe l'égalité de tous les chrétiens sans distinction de race, était indécis sur la conduite pratique à tenir. Sans approuver les judaïsants, il n'osait pas les heurter de front et paraissait ainsi leur donner raison par sa manière d'agir. C'est ce qui lui attira les reproches de Paul.
Les fauteurs de trouble ne s'étaient pasbornés à répandre leurs doctrines à Antioche même. Toute la Syrie et la Cilicie avaient été parcourues par les émissaires judaïsants. De Cilicie ces émissaires
s'étaient avancés dans la Galatie du Sud, dans les contrées que Paul et Barnabe avaient récemment évangélisées.
Leur prédication ne nous a pas été conservée, mais par ce que dit l'épître aux Galates, écrite pour les réfuter, nous pouvons nous rendre compte de ce qu'ils enseignaient dans ces régions et des moyens qu'ils employaient pour se donner du crédit.
Selon le professeur Ramsay ^, les judaïsants de Galatie ne présentaient la circoncision que comme une pratique de perfection, et non comme une condition essentielle de salut : « Les chrétiens de Galatie, dit-il, avaient été égarés par une théorie qui établissait dans la religion chrétienne une classe supérieure et une classe inférieure. Dans les mys-
1. Historieal Commentary on the Galatians, p, 324etsmv. :The Galatian christians had been led astray by a theory of lower and higher stages in Christianity. In the mysteries they were familiars from their pagan days with this idea of progress through an intermediate io a higher stage of religions life reaching the perfect knowledge through an imperfect knowledge...
They did not conlend as many Jews préviens to the Gouncil and the Decree had contended, that in order to become a Christian, the pagan convert must accept the Mosaic Law : they did not say, 'Except ye be circumcised after the manner of Moses, ye cannot be saved' (Act., xv). It had been decided formally and fînally that that contention was wrong and wicked, 'snbverting the soûls of the pagan couverts (Act., xv, 24) and that such couverts could be received into the Church without doing more than accept the four necessary conditions.
tères ils étaient familiarisés, au temps où ils vivaient dans le paganisme, avec cette idée du progrès dans la vie religieuse, consistant à atteindre le niveau supérieur en passant par un état intermédiaire, la connaissance parfaite en passant par
une connaissance imparfaite (Les émissaires
judaïsants) ne prétendaient pas, comme l'avaient fait bien des Juifs antérieurs au concile et au décret, que pour devenir chrétien, le païen converti devait accepter la Loi mosaïque ; ils ne disaient pas : Si vous n'êtes pas circoncis selon la coutume de Moïse, vous ne pouvez être sauvés (Act., xv). Il avait été décidé d'une façon formelle et définitive que cette dispute était mauvaise et troublait l'âme des païens convertis (Act., xv, 24) et que de tels convertis pouvaient être reçus dans l'Eglise sans faire plus qu'accepter les quatre conditions nécessaires (Act., XV, 29).
« Mais, ajoute M. Ramsay, le décret pouvait aussi être interprété d'une façon plausible en disant que les quatre conditions étaient un minimum, une pure concession faite à la faiblesse de ceux qui étaient inaptes à porter un lourd fardeau, et que ceux qui avaient la force de porter davantage devaient volontairement aller jusqu'à l'état de perfection consistant à porter tout lefardeau^ »
1. But the Decree readily lends itself to a quite plausible interprétation that the four conditions are a. minimum, a mère
Gomme le montre cette citation, M. le professeur Ramsay place les incidents de Galatie après le concile de Jérusalem, il ne peut donc pas être question de reprendre la controverse à laquelle le Décret des apôtres a mis fin. Les judaïsants ne présenteront donc pas la circoncision et les observances légales comme des conditions nécessaires au salut, mais comme des pratiques de perfection. Le P. Prat pencherait pour cette opinion : u Le premier article de cet autre évangile était la nécessité de la circoncision pour les païens convertis, soit comme condition essentielle de salut, soit plutôt comme perfection dernière et complément indispensable du christianisme ^ » .
En réalité rien ne prouve que les judaïsants de Galatie aient considéré la circoncision comme une simple pratique de perfection laissée à la bonne volonté de chacun. Au contraire, le problème agité par l'Épître aux Galates est bien celui de la nécessité de la circoncision. Les adversaires de Paul veulent obliger les fidèles à être circoncis, l'apôtre répond que les chrétiens sont libres vis-à-vis de la Loi. C'est le sens des passages suivants qui se trouvent à diverses places dans l'épitre :
concession lo the Avealoiess of those who were unfit to bear a « great burden » and that those who had strength to hear more should voluntarily go on the perfect stage of bearing the whole burden {Ihid.).