Prat, Théologie de S. Paul, p
« Avez-vous reçu l'Esprit par les œuvres de la Loi ou par la soumission à la foi? » (m, 2).
« Tous ceux qui s'appuient sur les œuvres de la Loi sont sujets à la malédiction » (m, 10).
« Moi Paul, je vous le dis. Si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien »
Et surtout :
« Tite, qui m'accompagnait, et qui était grec, ne fut même pas obligé à se faire circoncire » II, 3).
« Tous ceux qui veulent gagner les bonnes grâces des hommes, ce sont ceux-là qui vous contraignent (àva^itàCouaiv) à VOUS faire circoncire à l'unique fin de n'être pas persécutés pour la croix du Christ » (vi, 12).
Ces passages indiquent bien que la question posée dans l'Épître est celle de la nécessité de la circoncision.
Sans doute, comme le fait remarquer le P. Prat, les judaïsants ne dénigraient pas la prédication chrétienne et le baptême, mais ils représentaient le christianisme comme incomplet, tant que ne s'y joignait pas la pratique de la Loi. « La circoncision est opposée au baptême comme la fin au commencement, le chef-d'œuvre à l'ébauche. » — La foi en Jésus-Christ n'était donc, selon eux, que le premier pas vers la vérité religieuse intégrale.
Mais, et c'est là l'idée essentielle de leur prédication, le converti ne peut pas se contenter de ce premier pas, il est obligé d'aller plus loin, et d'accepter la circoncision et toutes les pratiques juives, ainsi qu'il ressort des textes précédemment cités. C'est dans ce sens que l'on peut dire avec le P. Prat : les judaïsants enseignaient la nécessité de la circoncision comme complément indispensable du christianisme. Mais en ce cas il n'y a pas de différence entre leur doctrine et celle de ceux qui disaient : « Si vous n'êtes circoncis, vous ne pouvez être sauvés. »
Pour se donner du crédit les judaïsants cherchaient à diminuer l'autorité de Paul. Ce n'est pas, disaient-ils, un véritable apôtre de Jésus. Il n'a eu sa mission que par l'intermédiaire des hommes. Les vrais apôtres, ceux de Jérusalem, parlent et enseignent tout autrement, ils reconnaissent la nécessité de la circoncision. Du reste, Paul luimême change d'avis, car il cherche à plaire aux hommes et à gagner leurs bonnes grâces. On rappelait aussi les bénédictions promises dans l'Ancien Testament à ceux qui observaient fidèlement la Loi. On affectait enfin de confondre la liberté prêchée par Paul avec la négation de toute obligation morale.
Les judaïsants n'avaient eu qu'un trop grand succès, déjà les Galates commençaient à se sentir
fascinés. Semblables à des insensés, ils n'obéissaient plus à la vérité et passaient à un autre évangile. Paul, apprenant leur situation, leur écrit d'Antioche, sous le coup de l'émotion suscitée par ces disputes, une lettre destinée à les maintenir dans la vérité, à les mettre en garde contre les fauteurs de trouble, et enfin à leur rendre confiance en celui qui les avait évangélisés ^.
La lettre envoyée par Paul aux églises de Galatie débute par une affirmation de son autorité apostolique-. Cette autorité, battue en brèche par les judaïsants, ne vient pourtant pas d'un homme, ni par l'intermédiaire d'un homme, elle vient de Jésus-Christ et de Dieu le Père qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts.
Les Galates se laissent fasciner et entraîner par un nouvel évangile, comme s'il pouvait y avoir un évangile différent de celui que Paul a toujours prêché. Car, les calomniateurs ont beau prétendre le contraire, l'apôtre se contente d'annoncer la doctrine qu'il tient de Jésus-Christ lui-
1. Nous n'étudierons pas ici les problèmes doctrinaux soulevés par l'épître aux Galates : ils seront traités dans la 2® partie. En ce moment il ne s'agit que de la manière dont Paul répond à ses adversaires et défend sa thèse fondamentale de l'inutilité de la Loi en général et de la circoncision en particulier, pour la justification et le salut.
2. IlaûXôç, omôatokoi; oûx àîr' àvBptoTitov olSè 8t' àvôpdjnou, àX).à ô'.a 'Iyio-oî) XpiaTOÛ xai 0eou T.aTpôç toû ÈYSipavxoç aÛTÔv èx vexpwv,. X. T. \. (I, 1).
même. Ce lui est une occasion de faire l'apologie de son apostolat, et se justifier des attaques dirigées contre lui. Il a été appelé de Dieu sur le chemin de Damas pour annoncer parmi les Gentils l'Évangile de Jésus-Christ ; il n'a reçu des autres apôtres, ni sa mission, ni l'enseignement qu'il donnée C'est à peine s'il les avait vus quand il a commencé à prêcher. Seulement, à son second voyagea Jérusalem, il leur a exposé en particulier la doctrine qu'il prêche parmi les Gentils, et cette doctrine fut reconnue parfaitement conforme à la leur. Il termine cette apologie de son apostolat et de sa mission par le récit de l'incident d'Antioche où il a défendu la vérité de l'Evangile, contre les dangers auxquels Pierre par sa complaisance pour les judaïsants aurait pu l'exposer.
Au chapitre troisième commence une seconde partie de l'épître, la preuve de la thèse chère à l'apôtre que l'homme n'est pas justifié par les œuvres de la Loi, mais par l'obéissance à la foi.
Une première preuve de cette assertion, c'est l'expérience même des nouveaux convertis. Ils ont été les témoins des prodiges extraordinaires qui ont accompagné la descente du Saint-Esprit sur eux : « Je voudrais seulement apprendre ceci de vous, leur écrit Paul : avez-vous reçu l'Esprit par
1. eûS(Jxï](Tev (d ôsà?) àTToy.aXO'j'ai tôv viîov aûtoù èv è[JLol, ?va
eùaYYs^'îÇwpiai aûfèv èv toc; eôvsatv (l, 16).
les œuvres de la Loi ou par l'audition de la foii? »
Mais la preuve fondamentable de sa thèse, Paul la trouve dans l'Écriture. Abraham crut à Dieu et cela lui fut imputé à justice. Dieu lui promit qu'en lui seraient bénies toutes les nations, et la promesse de Dieu est immuable. Et ces bénédictions ne sont pas accordées pour Abraham seul mais pour sa descendance, sa descendance, terme au singulier qui désigne le Christ. G'^st donc dans le Christ que nous sommes justifiés. Et dans le Christ seul, en qui nous ne formons tous qu'un corps. A quoi sert donc la Loi? pourrait-on demander à l'apôtre. Elle ne sert pas à nous justifier, son utilité est celle d'un pédagogue ou d'un tuteur chargé de garder l'enfant jusqu'à sa majorité ; mais maintenant, nous ne sommes plus sous la conduite d'un pédagogue, le rôle de la Loi est terminé.
u Aussi longtemps que l'héritier est enfant, il ne diffère en rien d'un esclave, quoiqu'il soit le maître de tout; mais il est soumis à des tuteurs et à des curateurs jusqu'au temps marqué parle père. De même nous aussi, quand nous étions enfants, nous étions sous l'esclavage des rudiments du monde. Mais lorsque est venue la plénitude des