CHAPITRE II
LE CONCILE DE JÉRUSALEM L'Assemblée. — Le Décret.
L'Assemblée,
Arrivés à Jérusalem, Paul et Barnabe ainsi que leurs compagnons furent reçus par l'église, les apôtres et les anciens. La question qui s'agitait était à la fois d'ordre doctrinal et d'ordre pratique. « Si vous n'êtes pas circoncis selon la Loi de Moïse, disaient les judaïsants, vous ne pouvez être sauvés. » Que fallait-il penser de cette assertion? La Loi devait-elle être regardée comme nécessaire au salut? En conséquence de cette question théorique on se demandait : les Gentils sont-ils obligés, quand ils se convertissent, de se faire circoncire et de s'astreindre aux observances légales ?
C'est sous cette dernière forme plus sensible et plus immédiatement saisissable que le problème
agitait surtout les esprits. Dans le sein de l'église de Jérusalem se trouvaient des Pharisiens convertis, qui soutinrent le parti de la Loi; on devait, disaient-ils, « circoncire les Gentils et leur enjoindre d'observer la Loi de Moïse » .
Les apôtres et les anciens s'assemblèrent donc pour examiner cette affaire. C'est l'assemblée officielle des chefs de l'église, assemblée qui, sans être un concile proprement dit, en porte généralement le nom. Il ne faut pas la confondre avec la première réunion des fidèles et de leurs pasteurs pour recevoir les envoyés de l'église d'Antioche. Cette première réunion, racontée par les Actes aux versets 4 et 5, n'avait aucun caractère officiel.
La discussion fut longue ; enfin Pierre se leva et parla en faveur de la liberté des Gentils. 11 n'eut pour cela qu'à rappeler la conversion du centurion Corneille et les manifestations surnaturelles qui l'avaient accompagnée. « Frères, dit-il, vous savez que Dieu, il y a longtemps déjà, m'a choisi parmi vous pour que par ma bouche les Gentils entendent la parole de l'Evangile et qu'ils croient. Et Dieu qui connaît les cœurs a témoigné en leur faveur en leur donnant le Saint-Esprit comme à nous. Il n'a fait aucune différence entre eux et nous, ayant purifié leurs cœurs par la foi. »
Tel est le principe que Pierre invoque pour justifier sa conclusion, ce principe est celui de V égalité
absolue des circoncis et des incirconcis devant l'Évangile. Dieu ne fait aucune différence entre les uns et les autres et les purifie tous également par la foi [oboiv diéY.ç>vnv y^exa^u iQ[/.wy xs xal «utôv, xfi TciŒTsi 7,a0ap(craç xàç y.o'p^iccç aùxtov). Gela revient à dire, non seulement que la circoncision n'est pas nécessaire pour le salut, mais même qu'elle ne confère aux circoncis aucun privilège sur le s incirconcis, Dieu ne faisant aucune différence entre les fidèles., La fin du discours de Pierre n'est que la conclusion du principe posé, on y remarque comme une allusion aux reproches de Paul lors de l'incident d'Antioche. « Pourquoi donc tentez-vous Dieu maintenant en imposant aux disciples un joug que ni nos pères ni nous n'avons pu porter ? Mais c'est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés de la même manière qu'eux. »
Une faut donc pas imposer aux Gentils la circoncision et la pratique de la Loi mosaïque; bienplus, les Juifs eux-mêmes ne cherchent pas le salut dans la Loi, mais dans la grâce de Jésus-Christ, qui le leur accorde de la même manière qu'aux Gentils, c'est-à-dire par la foi.
Il serait intéressant de rapprocher la doctrine ainsi exprimée par Pierre de celle que Paul exprimera quelque dix ans plus tard, dans l'épître aux Ephésiens. Tout le chapitre second de cette lettre n'est que le développement des mêmes pensées.
Les Juifs et les Gentils sont également pécheurs, ils sont également vivifiés et sauvés par le don gratuit de la miséricorde divine, en croyant à l'Évangile, et il n'y a plus entre eux aucune différence.
L'intervention de Pierre apaisa la discussion. Toute l'assemblée se tut et écouta en silence Paul et Barnabe racontant les miracles et les prodiges que Dieu avait faits par eux au milieu des Gentils.
Les miracles, signes sensibles de la présence de l'Esprit Saint parmi les Gentils, sont dans la controverse un argument décisif. C'est la vue des prodiges accompagnant la descente du Saint-Esprit sur Corneille et ses compagnons, qui avait décidé Pierre à les admettre dans l'Église. Le même fait avait servi à l'apôtre pour se justifier des reproches que les fidèles de la circoncision lui adressaient au retour de sa mission à Gésarée. Dans l'épitre aux Galates, le premier motif mis en avant par Paul pour détourner les fidèles des pratiques judaïsantes est précisément le souvenir des dons du Saint- Esprit, reçu parla foi, etdes merveilles accomplies au milieu d'eux par ce même Esprit. « Voici seulement ce que je voudrais savoir de vous : Est-ce par les œuvres de la Loi que vous avez reçu l'Esprit ou par la soumission à la foi. Avez-vous si peu de sens qu'après avoir commencé par l'Esprit vous finissiez par la chair ? Avez-vous tant souffert en vain, si
toutefois c'est en vain? Celui qui vous confère l'Esprit et qui opère parmi vous des miracles, le fait-il par les œuvres de la Loi ou par la soumission de
la foi^. »
Dieu a donc lui-même témoigné en faveur des Gentils. Leur cause est gagnée devant le concile, ils ne seront pas obligés de se faire circoncire et d'accomplir les cérémonies légales prescrites par Moïse.
C'est alors que Jacques prend la parole. Jacques a toujours été le plus fidèle de tous aux traditions paternelles; c'est lui que Paul, dans l'Epître aux Galates, nomme l'une des colonnes de l'église de Jérusalem, c'est de lui que se réclamaient les judaïsants. Et cependant, pas plus que les autres apôtres, il ne demande qu'on impose aux Gentils les pratiques mosaïques. Il montre, au contraire, que leur admission dans l'Eglise est conforme aux anciennes prophéties, où il cherche, comme de juste, l'expression de la volonté de Dieu. Son discours, loin d'être en contradiction avec celui de Paul, apporte au contraire un argument de plus en faveur de la doctrine antijudaïsante.
«Frères, dit-il, écoutez-moi. Simon a raconté comment Dieu tout d'abord a pris soin de tirer du milieu des Gentils un peuple qui portât son nom (Xa^eiv kc,