Act., XVIII
troverses mettant les fidèles aux prises les uns avec les autres au sujet des observances mosaïques. Ces controverses, apaisées parla décision du Concile de Jérusalem, provoqueront des discussions nouvelles, mais d'une autre nature, au cours de la troisième mission de Paul.
Les Actes des Apôtres (chapitres xix et suivants), les épîtres aux Corinthiens et l'épître de S. Jacques nous fournissent les principaux renseignements sur cette phase nouvelle des controverses dans lesquelles Paul est engagé. Une s'agit plus désormais, comme au temps de l'Epître aux Calâtes, de s avoir si les convertis venus de la Gentilité seront ou ne seront pas circoncis. La question a été tranchée d'une manière définitive par le Concile de Jérusalem et nul ne songe à attaquer la décision solennelle des apôtres. Mais l'enseignement de Paul est pris à partie. Sa doctrine du salut par la foi, déjà difficile à comprendre pour la plupart des fidèles, est dénaturée par des adversaires malveillants, et aussi par des partisans intéressés ou maladroits. Elle est représentée comme autorisant toutes les licences morales, et comme conduisant au mépris de la Loi mosaïque. Les esprits troublés ont besoin d'un exposé plus complet de la vérité. Les attaques personnelles contre l'Apôtre des Gentils ne manquent pas non plus. Ses ennemis cherchent à ruiner son autorité parmi les fidèles
en lui opposant d'autres prédicateurs dont ils vantent à grand fracas les titres et les mérites et en répandant sur son compte des insinuations de nature à diminuer son crédit.
Ces attaques contre la doctrine et la personne de Paul ne viennent pas seulement de chrétiens judaïsants, elles viennent également en grande partie de Juifs demeurés incrédules, qui cherchent à entraver son action par ce moyen, quand ils n'ont pas recours à d'autres moyens plus violents ^.
Paul est ainsi amené à aborder des problèmes théologiques : concilier l'inutilité des pratiques juives avec la doctrine de l'Ancien Testament; montrer que les Gentils peuvent avoir part aux bénédictions promises à Israël sans faire partie du peuple d'Israël par la circoncision et l'acceptation de la Loi, Il ne cherche plus à prouver la vérité de cette doctrine, mais bien à l'expliquer et à en montrer la place dans l'ensemble des doctrines révélées.
A ces controverses théologiques se mêlent les questions personnelles : les hommes ne demeurent guère jamais dans la lutte des idées, ils en viennent presque toujours à des attaques contre ceux qui se font les champions des idées qu'ils combattent, et c'est même souvent la ressource suprême
1. Cf. Act, XX, 3; xxr, 20, 21, 28; xxiii, 12 et suiv.; xxvili, 17-22, 29.
des partis vaincus. Ce fut celle des judaïsants, et des Juifs adversaires de Paul.
Les E pitres aux Corinthiens.
Les premiers incidents où se révèle l'hostilité des judaïsants eurent lieu à Corinthe. Paul était à ce moment à Éplièse, où il fît durant sa troisième mission un séjour de deux ans, évangélisant toute la province d'Asie. Divers messagers venus de Corinthe lui apportèrent les nouvelles de leur église et lui demandèrent la solution d'un certain nombre de cas de conscience. La première épître aux Corinthiens est destinée à corriger les abus qui existaient parmi les fidèles, à préparer la venue personnelle de Paul et à répondre aux cas de conscience qui lui avaient été posés.
Parmi les abus, le premier qu'elle signale est l'esprit de coteries et de divisions. Pendant l'absence de Paul, d'autres prédicateurs étaient venus ; l'un d'eux surtout, Apollos, juif alexandrin éloquent et fort versé dans les Écritures i, avait charmé par sa parole un bon nombre d'auditeurs. Bien malgré lui (car il reste en très bons rapports avec rapôtre)2 il s'était fait des admirateurs qui s'étaient groupés en petite coterie. D'autres fidèles