I Cor., IX
La question qui l'amène à énoncer ce principe est la question des idolothytes, ou viandes immolées aux idoles. Cette question trouve place dans l'histoire des controverses judaïsantes, car elle a été déjà tranchée par le Concile de Jérusalem. Le Décret des Apôtres, rendu à la suite de cette assemblée, contient en effet une défense formelle de manger des viandes immolées. La solution que donne Paul dans l'épître pourrait à première vue paraître plus large. En réalité, ce n'est que l'application à des cas particuliers de la règle générale portée par le Concile. Il faut, en effet, distinguer plusieurs cas : peut-on acheter les viandes qui se vendent sur le marché et qui ont pu être offertes aux idoles ? Peut-on prendre part à un repas chez un païen, au risque de manger des mets qui auraient été offerts aux idoles ? Peut-on accepter une invitation à un banquet donné à l'occasion d'un sacrifice, soit dans les dépendances du temple, soit dans une maison particulière ?
Avant de répondre, Paul pose les principes : l'idole n'est pas un être réel, l'offrande qui est faite à l'idole ne peut en rien souiller un aliment. Mais la manducation des viandes immolées peut aussi être une participation aux sacrifices païens, au culte des fausses divinités, c'est-à-dire au culte des démons, et à ce titre mérite d'être condamnée. Elle peut être également un sujet de scandale pour les
autres, soit Juifs, soit Grecs, soit membres de l'Église de Dieu, et le chrétien doit éviter tout ce qui serait de nature à scandaliser son frère, ou même un infidèle.
De là les règles pratiques édictées par Paul. En ce qui concerne l'assistance aux repas sacrés, l'interdiction est formelle : « Vous ne pouvez pas boire à la fois au calice du Seigneur et au calice des démons ; vous ne pouvez pas prendre paît à la table du Seigneur et à la table des démons. » Dans les autres cas, il convient de ne pas restreindre la liberté chrétienne : « Mangez de tout ce qui se vend au marché sans faire aucune question par motif de conscience ; car la terre est au Seigneur et tout ce qu'elle renferme. Si un infidèle vous invite et que vous vouliez y aller, mangez de tout ce qu'on vous présentera sans faire aucune question par motif de conscience. Mais si quelqu'un vous dit : Ceci a été offert aux idoles, n'en mangez pas à cause de celui qui vous a donné ce renseignement et à cause de la conscience : je dis la conscience, non pas la vôtre, mais celle d'autrui*. »
Paul interdit comme le Concile de Jérusalem toute participation formelle aux idolothytes. La participation purement matérielle n'est pas interdite, mais on ne peut pas dire que le Décret des