‹ La loi et la foi [microform]Chapitre 69 sur 210 · Cf. Rom., VI, 13-15; xi · texte numérisé non relu

Cf. Rom., VI, 13-15; xi

et du rejet du peuple juif par Dieu. Pourquoi l'apôtre a-t-îl abordé ces questions? Sans doute parce qu'il voulait donner de son enseignement un exposé complet de nature à réfuter les objections des adversaires et à dissiper les difficultés des âmes sincères mais peu instruites. Il avait besoin d'expliquer plus longuement sa doctrine aux Romains qu'aux autres fidèles parce qu'il n'avait pas pu les catéchiser de vive voix. D'autre part, on faisait à Rome circuler sur son compte des imputations mensongères, ses idées étaient travesties par des interprétations tendancieuses. Ceux qui l'attaquaient sont d'ailleurs désignés comme des fauteurs de divisions et de scandales.

Il y avait donc quelques judaïsants à Rome, et ces judaïsants faisaient opposition à la vérité de l'Évangile, mais leur influence n'était pas très considérable. Paul n'en parle qu'une fois, au milieu des recommandations qui terminent l'épître, pour dire à ses destinataires d'éviter de tels hommes. Mais à cet avertissement il joint ses félicitations pour le bon esprit et Tobéissance à la foi qui font la gloire des chrétiens de Rome*.

1. Rom., XVI, 17-19. Je vous exhorte, frères, à prendre garde à ceux qui causent les divisions et les scandales en s'écartant de l'enseignement que vous avez reçu : éloignez-vous d'eux. Car de tels hommes ne servent pas le Christ Notre-Seigneur, mais leur propre ventre, et avec leurs paroles douces et leur langage flatteur ils séduisent le cœur des simples. Votre obéis-

Il ressort de là que le mal causé par les judaïsants n'était pas bien grand. On dirait que Paul vise plutôt à mettre les fidèles en garde contre un danger futur, qu'à les guérir d'un mal actuel.

Peut-être aussi l'apôtre a-t-il choisi l'église de Rome, destinée à avoir la primauté sur les autres églises, pour lui adresser un document de nature à intéresser la chrétienté tout entière. Si en effet Pierre n'était pas à Rome quand fut écrite l'épitre, sans quoi il en serait question au moins dans la partie consacrée aux salutations; si le premier séjour du prince des apôtres dans cette ville en l'an 42 ne peut pas être démontré ; du moins est-il très vraisemblable qu'à l'époque où nous sommes parvenus, le premier pape avait déjà formé le projet de se rendre dans la capitale de l'empire et d'y fixer le siège de son autorité.

En tout cas, Paul a tenu à faire dans son épitre aux Romains sinon un traité didactique de théologie, du moins un exposé complet de sa doctrine au point de vue théologique. Gomment avons-nous la justification, comment la nouvelle alliance n'estelle pas contraire à la promesse de Dieu dans l'Ancien Testament? comment surtout le peuple

sance est arrivée aux oreilles de tous, aussi je me réjouis à votre sujet, mais je désire que vous soyez prudents pour le bien, simples à l'égard du mal. Le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds.

juif, héritier de ces promesses divines, n'a-t-ilpas part aux bénédictions apportées par le Messie ? comment enfin l'affranchissement des chrétiens à l'égard de la Loi mosaïque ne conduit-il pas aux pires excès et au mépris de toute prescription morale ?

Toutes ces questions répondaient aux préoccupations du moment : on savait que les Gentils ne devaient pas être circoncis et assujettis aux observancesjuives, on se demandait comment sans la circoncision ils pouvaient être justifiés. Dans l'épitre aux Romains se trouvent expliquées la nécessité et la nature de ce nouveau mode de justification, dont jouissent les chrétiens et dont les Juifs sont exclus.

L'analyse détaillée de l'épitre aux Romains ferait double emploi avec l'étude théologique de la doctrine paulinienne, réservée pour la seconde partie de ce travail ; il suffit pour le moment, après avoir indiqué à quelles préoccupations répond cette lettre , de montrer comment elle atteint son but.

Paul montre comment les Juifs et les Gentils sont également coupables, ceux-ci parce que de la méconnaissance de Dieu ils en sont venus à la méconnaissance de toute loi morale, ceux-là parce que la Loi leur apprend bien à connaître la vérité religieuse et le devoir moral, mais ne leur donne pas la force d'agir conformément à cette connaissance. D'où vient la nécessité d'un autre mode dejustifîca-

tion. Genouveaumode de justification, appeléjustification par la foi, parce que la foi en est le principe, est la communication intime de la vie divine, del'Esprit de Dieu, faite àl'âmeparle moyen de la Rédemption qu'a opérée Jésus-Christ. Or, les mérites du Christ ont leur efficacité par eux-mêmes, c'est-à-dire opèrent sans le secours de la circoncision et des autres pratiques mosaïques : la justification par la foi a lieu en dehors de la Loi.

La justification ayant lieu en dehors de la Loi, comment toutes les actions, même les plus mauvaises au point de vue moral, ne sont-elles pas permises ? L'apôtre sait que sur ce point surtout sa doctrine est défigurée. On l'accuse de dire : Faisons le mal pour que Dieu en tire du bien. Si la grâce surabonde, dit-il, là où avait abondé le péché ; plusieurs en concluent qu'il conseille de demeurer dans le péché afin que la grâce surabonde toujours davantage. Ce serait à croire que le fameux petea fortiter crede fortius était déjà inventé, les adversaires de Paul interprétant ainsi sa doctrine delà justification par la foi i.

L'apôtre répond longuement à cette objection, qu'il appelle une calomnie ^ : « Nous, dit-il, qui sommes morts au péché, comment vivrons-nous encore dans le péché... Regardez-vous comme

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