Je, III, 1; I
« Que sert-il, mes frères, à un homme de dire qu'il a la foi s'il n'a pas les œuvres ? Est-ce que cette foi pourra le sauver? Si un frère ou une sœur sont dans la nudité, s'ils n'ont pas ce qui leur est nécessaire de nourriture chaque jour et que l'un de vous leur dise : Allez en paix, chauffezvous et vous rassasiez, sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il? 11 en est de même de la foi : si elle n'a pas les œuvres, elle est morte en elle-même. Mais on pourrait même dire : Tu as la foi, et moi, j'ai les œuvres. Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi je te montrerai ma foi par mes œuvres. Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien : les démons le croient aussi, et ils tremblent. Mais veuxtu te convaincre, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est sans vertu? Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres lorsqu'il offrit son fils îsaac sur l'autel? Tu vois que la foi coopérait à ses œuvres, et que par ses œuvres sa foi fut rendue parfaite. Et la parole de l'Ecriture s'accomplit : Abraham crut à Dieu et cela lui fut imputé à justice, et il fut appelé ami de Dieu. Vous voyez que l'homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seulement. De même Rahab la courtisane ne fut-elle pas justifiée par les œuvres quand elle reçut les envoyés de Josué et les fit partir par un autre chemin? De même
que le corps sans âme est mort, ainsi la foi sans les œuvres est morte i. »
C'est une objection classique en théologie et en exégèse que l'opposition apparente entre cette doctrine et celle de Fépître aux Galates ou de l'épitre aux Romains, et depuis longtemps les interprètes catholiques ont montré que cette opposition n'est pas réelle. Jacques, en effet, ne traite pas la même question que Paul : celui-ci veut établir que le principe de la justification ne réside pas dans les œuvres de la Loi juive, ni même d'une façon générale dans les bonne œuvres considérées en elles-mêmes, mais dans la foi ; celui-là montre qu'il ne suffît pas de croire, mais que l'on doit encore observer la loi de Dieu. Les deux doctrines ne sont pas en contradiction; loin de là. Paul dans l'épître aux Romains, non moins que dans l'épitre aux Galates, insiste au contraire sur les obligations morales qui incombent aux chrétiens, quoiqu'ils soient affranchis de la Loi juive, et Jacques, quand il parle des œuvres, n'entend pas par là les observances mosaïques, mais les œuvres prescrites par la loi de liberté : « Parlez et agissez comme devant être jugés par la loi de liberté^. »
Ce qui est plus étrange, c'est de voir le même
•1. Je, II, 14-26.