‹ La loi et la foi [microform]Chapitre 86 sur 210 · Eph., III · texte numérisé non relu

Eph., III

des observances inspirées par un faux ascétisme. Les hérétiques ont pour armes « la philosophie, les enseignements trompeurs d'une tradition tout humaine, les rudiments du monde ».

Ce mélange d'erreurs doctrinales et de pratiques d'un rigorisme exagéré nous permet de conclure que les adversaires de Paul professaient un de ces systèmes de philosophie religieuse à base plus ou moins judaïsante et à tendances syncrétistes si fréquents à cette époque. La communauté juive d'Alexandrie est bien connue par les efforts qu'elle a entrepris pour fondre les enseignements de la Bible et la doctrine des néo-platoniciens. En Asie Mineure, l'activité intellectuelle n'était pas moindre; au siècle suivant, la plupart des sectes nouvelles y prendront naissance : les faux docteurs de Colosses sont des émules des philosophes judéo-alexandrins et des précurseurs des grands hérétiques gnostiques ^.

1. Un événement qui a trait au second séjour de S. Paul à Éphèse, permet de faire une conjecture sur l'origine de ces erreurs. Le livre des Actes^ xix, 13-20, nous apprend qu'à la suite d'un exorcisme inutilement entrepris par les fils du prêtre Sceva, un grand nombre de conversions à la foi chrétienne s'opérèrent parmi les Juifs aussi bien que parmi les Grecs. Or, plusieurs de ces nouveaux convertis avaient jadis pratiqué des sortilèges, et apportaient à l'apôtre les livres de leur art qui furent brûlés publiquement.

La conversion de ces magiciens fait naturellement songer à celle du célèbre magicien de Samarie, Simon, que les miracles de Philippe avaient amené à l'Evangile (Act., viii, 13).

Le caractère commun de tous ces systèmes était de chercher des intermédiaires entre Dieu et l'homme afin de combler l'espace qui sépare l'Infini du fini. Dieu, conçu comme l'absolu, et souvent un absolu abstrait, l'ineffable, l'inconnaissable, avait besoin d'êtres moins parfaits pour se manifester et s'exprimer au dehors. Le monde était régi par ces êtres et c'est à eux que l'homme avait affaire. On retrouve ces traits dans les doctrines professées parles hérétiques d'Asie Mineure, le culte des anges y occupe une place prépondérante. Ces anges, désignés par des noms différents (principautés, autorités, puissances, dignités, etc.), relèguent le Christ au second plan, et Paul a besoin d'exposer avec insistance l'origine du Christ, image du Dieu invisible, son rôle créateur, le triomphe remporté par lui sur les puissances et les principautés lors de sa mort et de sa résurrection 1 .

Or, Simon le Magicien devint par la suite le grand hérésiarque des premiers temps.

N'est-il pas permis de supposer qu'en Asie Mineure, quelques-uns des magiciens convertis ne demeurèrent pas fermes dans la foi ou ne renoncèrent pas entièrement à leurs pratiques et professèrent un christianisme plus ou moins mélangé de doctrines superstitieuses? Les observances, les enseignements trompeurs d'une fausse philosophie, et d'autres erreurs que l'apôtre leur reproche, s'accordent assez bien avec cette origine.

1. « Il a dépouillé les principautés et les puissances et les a livrées hardiment en spectacle, en triomphant d'elles par la

Un second trait caractéristique de ces doctrines c'est une affectation excessive de rigorisme, jointe très souvent à une vie très relâchée. Ce trait se retrouve encore chez les adversaires de Paul i leur mépris pour le corps (at5{;.a) ne sert en réalité qu'à la satisfaction de la chair {càp^).

L'église de Colosses avait eu particulièrement à souffrir des entreprises des novateurs, et Paul écrit aux chrétiens de cette ville une lettre spéciale pour les mettre en garde contre les doctrines erronées. Quant à l'épître auxEphésiens, l'opinion la plus probable est que c'est là une circulaire adressée aux communautés chrétiennes d'Asie Mineure i. Paul aurait profité de l'occasion du départ d'Onésime pour Colosses, pour signaler le péril de l'hérésie aux fidèles de ces contrées, et les prémunir contre tous les dangers auxquels aurait pu être exposée leur foi.

La Macédoine était moins atteinte que l'Asie, car l'épitre aux Philippiens parle moins des hérétiques, et n'a pas pour but direct de les réfuter. A l'occasion du retour d'Epaphras, l'apôtre écrit aux fidèles, les remercie de l'attachement qu'ils lui ont toujours témoigné, et ce n'est qu'en passant qu'il parle des faux docteurs.

croix. » GoLj ii, 15. Le Christ a dépouillé par sa croix ses ennemis de l'honneur immérité qui leur était rendu. 1. Voir chapitre préliminaire, p. 3.

Dans ces trois épîtres la doctrine qu'il oppose aux mensonges et aux rêveries de la fausse philosophie, est la même qu'il opposait jadis aux prétentions des judaïsants. Toutefois le point de vue auquel il se place est différent, et des questions nouvelles, jusque-là demeurées au second plan ou même tout à fait dans l'ombre, sont directement abordées. Le principe de la justification parla foi, et de l'inutilité des œuvres de la Loi, n'est plus en discussion; par contre, le rôle du Christ dans la création et dans la rédemption du monde, ses rapports avec Dieu, créateur et source de vie et de sainteté d'une part, avec les êtres créés, d'autre part, sont longuement développés.

Le Christ est l'image du Dieu invisible ; en lui toutes choses ont été créées. Il occupe aussi la première place dans le monde régénéré : premierné d'entre les morts, chef du corps de l'Eglise, il réconcilie avec Dieu tout ce qui en était éloigné par le péché. Toute vie, toute sainteté, toute rédemption a donc sa source dans le Christ, et l'humanité rachetée et sanctifiée par lui ne forme plus qu'un seul corps, l'Église, dont il est le chef. Cette doctrine de l'Église, corps mystique du Christ, se trouvait déjà dans les épîtres aux Corinthiens; ainsi l'instruction sur les charismes * se base sur

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