Voir chap. m, p
gréable à Thiers, elle ne le démonte point*. II continue à parler en politique. Sufïîra-t-il de sortir de la Commission « avec l'apparence d'un accord, sans être d'accord au fond ? » M. de Falloux lui-même consentirait-il à se présenter devant l'Assemblée nationale avec le silence pour toute solution sur la question des congrégations religieuses? Pensez-vous, continue Thiers, de plus en plus pressant, pensez-vous faire une loi ainsi conçue : « Les Jésuites peuvent entrer, mais les clubs ne peuvent rester? » En ce cas, il « accepte de grand cœur- ». Mais' c'est là une combinaison indéfendable devant une Assemblée. « Ou vous gardez le silence, et alors, passez-moi l'expression, le ministre se casse le nez. . . ou vous luttez ouvertement. . . et alors. . . il vous faut conclure : toute association est libre, sans distinction. Mais vous ne vouiez pas plus que moi reconnaître la liberté d'association absolue, illimitée. Cela paraît être l'expression d'une résistance décidée, énergique. Dans les derniers mots du discours, Thiers, résumant sa pensée, semble encore la préciser. <( En ce qui tient aux congrégations reconnues par tEtat, si l'on se contente du silence, j'y consens, seulement j'en appelle à l'avenir'' ». Le silence pour les congrégations reconnues par l'Etat, et, pour les autres, rien. Telle est, telle paraît être, du moins, l'attitude fmale de Thiers, et l'on conçoit qu'elle ait causé quelque émotion. C'est alors que l'abbé Dupanloup prononce un nouveau et dernier discours, dont les conséquences devaient être importantes, et, somme toute, singulières.
- Il reprend les différents points qui ont été controversés, pour faire éclater l'accord, et il termine par le seul qui soulève encore une opposition vive, les congrégations. C'est pour lui l'occasion de faire l'apologie des Jésuites, en réponse aux critiques esquissées pai* Cousin. Non, l'insistance de
i. Ici encore, échange de propos piquants. Thiers : « M. Simon est donc devenu un de vos amis?» etc. Lacombe, p. 281.
rÉglise en faveur des Jésuites n'est pas « affaire d'amourppoppe ». L'Eglise tient les Jésuites sinon pour absolument parfaits, du moins pour « innocents de toutes les accusations portées contre eux ». On n'a jamais eu de reproche à faire aux. hommes, ils ont toujours été dignes de respect. Le journal Les. Débats a écrit récemment : « Ce sont des saints ! » M. Thiers se retranche derrière Bossuet. Mais Bossuet, aujourd'hui, s'entendrait avec les Jésuites, comme il a fini par se réconcilier avec Fénelon V . . Dupanloup ne s'inquiète pas de savoir si « les Jésuites pourraient, ou non, fonder aujourd'hui beaucoup de collèges ». Il les défend, contre Dubois, d'avoir été, sinon les créateurs, du moins les propagateurs de l'internat..., et il s'en tient là, en ce qui concerne les Jésuites, se bornant à répéter qu'il réclame, pour les congrégations en général, le silence. « Les individus resteront alors dans le droit commun, et cela, on ne peut le refuser constitutionnellement^. » Rien de plus sur les Jésuites. Thiers, d'après M. de Lacombe^ ne prend pas la parole pour répondre à l'abbé Dupanloup, il déclare la discussion générale close, et désigne une sous-commission chargée de préparer un projet de loi. Un témoin de la scène la présente autrement : « Personne n'essaya de répondre. » M. Thiers se contenta de» dire : « Soit, je ne m'oppose plus à l'article; seulement, je demande que le jour où il sera discuté devant l'Assemblée, vous me laissiez me cacher sous une table. Car comment pourrais-je demander aujourd'hui la reconnaissance du droit des Jésuites à enseigner dans notre pays, après avoir demandé et obtenu, il y a si peu d'années, leur exclusion de France *. » On s'explique mal, après avoir lu, dans la publication de M. de Lacombe, le nouveau discours de l'abbé Dupanloup. Teffet considérable qu'il produisit, nous dit-on, sur l'esprit de Thiers. M. de Falloux raconte qu'au lever de la séance,