‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 112 sur 334 · A. de Melun, Souvenirs, t. II, p · texte numérisé non relu

A. de Melun, Souvenirs, t. II, p

Thiers saisit, devant Montalembert et devant lui-même, Falloux, le bras de Cousin, en s'écriant : « Cousin ! Cousin ! avez-vous bien compris quelle leçon nous avons reçue là ? Il a raison, Tabbé. Oui, nous avons combattu contre la justice, contre la vertu, et nous leur devons réparation^ ». M. de Lacombe raconte encore que Thiers revint chez lui, à son hôtel, accompagné de M. de Corcelles, et que, chemin faisant, alors que la conversation se portait sur difiiérents sujets, il l'interrompait, « pour se répéter tout haut à lui-même : Oui, décidément Tabbé Dupanloup a raison* ».

Il n'y avait rien eu, dans les paroles de l'abbé Dupanloup, le dernier jour, qui puisse expliquer Témotion que ce récit prête à Thiers. I^ plus vraisemblable est que le récit est fait de deux témoignages qui, pris séparément, ont, l'un et l'autre, moins de portée. L'abbé Dupanloup mérite la reconnaissance des partisans de la loi Falloux pour la part qu'il a prise aux travaux et aux résolutions de la Commission ; il serait excessif d'admettre que son dernier discours ait, à ce point, révolutionné Thiers.

La sous-commission se réunit aussitôt pour arrêter les

1. Fallou.x VEvêqtie d'Orléans, p. 58. Falloux, à cet endroit, ne dit que ce que j'ai cité. C'est ailleurs, p. 44, et non à celte occasion (comme le dit Lacombe, p. 298) que, parlant de l'attraction de Thiers pour l'abbé, Falloux le représente « recueillant les paroles de Dupanloup avec l'air de jouissance d'un homme qui se dit : Je tiens enfin le vrai ! »

i. Lacombe, p. 299. M. de Melun rapporte autrement la scène, et la place à un autre moment, le jour où l'on avait, pour la première fois, parlé des Jésuites, et oCi Dupanloup avait dit : « La question n'e^t pas de savoir si les Jésuites ont pour eux le nombre, mais la justice et la vérité ». « A la sortie du ministère. Je marchais derrière M. Thiers qui retournait à pied chez lui. Je l'entendais marmotter entre ses dents, et en remuant la tète... la justice, la vérité, ce serait peut-être possible : nous verrons demain. » Mel^n, II, p. G6. Le lendemain arriva, sans que Thiers eût changé d'avis, puisque, à suivre les indications de Dubois, la scène se serait passée à la sortie de la séance du 10 mars, ce qui n'empochera pas Thiers de venir k la rescousse le 17,

termes d'un projet de loi * . Il n'y eut pas d'enquête, comme pour l'enseignement primaire. Thiers avait proposé qu'on en fît une, que l'on entendît des « chefs d'institutions libres, des directeurs et des professeurs de séminaires ». Mais cette proposition ne fut pas accueillie. L'enquête sur renseignement primaire avait laissé une trop amère, trop cuisante déception, et la Commission ne se souciait pas d'en éprouver une nouvelle. Thiers le regrette. Il exprime le regret, le 16 février, dans une lettre à l'abbé Texier*. Il l'exprime à nouveau, dans l'une des dernières séances de la Commission '.

L'avant-projet préparé par la sous-commission ressemble beaucoup au projet arrêté, après discussion nouvelle, par la Commission elle-même*. Il n'y a guère entre les deux textes que des différences de forme, portant sur des détails, et dont l'effet est d'introduire plus de clarté, plus de simplicité dans les articles. La distribution générale des matières est la même : titre I, des établissements libres d'enseignement secondaire; titre II, de l'inspection; titre III, de l'organisation académique; des Conseils académiques et du Conseil supérieur'; titre IV, des établissement publics d'instruction secondaire. Sous chacun de ces titres, viennent ^e placer les innovations principales, qui vont bouleverser le régime existant.

La liberté, d'abord, la liberté pour tout Français, âgé de

1. Elle est composée de : MM. Bellaguet. Dubois, Dupanloup, Fresneau, Saint-Marc-Girardin, de Montreuil, de Riancey.

2. R Je ne puis que regretter que la Commission n'ait pas jugé à propos de continuer sur l'enseignement secondaire l'enquête qui avait été si profitable pour l'enseignement primaire. Votre déposition compétente eût été d'un grand intérêt ». L'abbé Texier dirigeait alors un séminaire. Corresp. de Montalemberl avec Texier, p. 280.

3. « Que je regrette qu'on ait abandonné l'idée d'une enquête sur l'instruction secondaire! Je vous assure qu'elle eût pu nous apprendre bien des choses, quoi qu'on ait pu dire sur son utilité. » Lacombe, p. 278.

4. Le texte autographié de ce projet est aux Arch. nal. F" 100 056. L'avantrprojet s'y trouve également.

5. L'avant-projet porte seulement : Des Conseils académiques et du Conseil supérieur.

vingt-cinq ans au moins, et non condamné, d'ouvrir un établissement d'instruction secondaire, en justifiant soit d'un stage de cinq années dans un établissement d'enseignement secondaire, comme professeur, ou seulement comme surveillant ; soit du double diplôme de bachelières lettres et de bachelières sciences, ou du diplôme de licencié es lettres, ou d'un brevet de capacité * délivré par un jury d'examen, dont les membres auront été désignés par le ministre sur la présentation du Conseil académique -. Pas d'autorisation préalable; pas d'autre restriction que celles qui résultent de condamnations antérieurement encourues V Le certificat de stage, les maigres diplômes de licencié ou de double bachelier, ou le brevet de capacité sont demandés au directeur seul de l'établissement. Les maîtres n'auront à justiiier d'aucune connaissance. Ils n'ont besoin d'aucun titre : la loi ignore le professeur; elle ne veut connaître que le directeur. Celui-ci a, il est vrai, l'avantage de pouvoir intituler sa maison « établissement de plein exercice », s'il confie l'enseignement de l'histoire, de la rhétorique et de la philosophie à des licenciés es lettres; celui des mathématiques supérieures à un professeur ayant au moins les deux baccalauréats. Mais cette dénomination est purement honorifique. Elle ne peut faire obstacle à l'étendue de l'enseignement, qui sera le même dans les établissements dont aucun professeur ne possédera aucun titre*.

Ces établissements libres pourront obtenir des subventions des villes, des départements, ou même de l'Etat, sous cette réserve que la subvention n'excédera pas le dixième des dépenses annuelles de la maison*. Il dépendra donc

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