LA CAMPAGNE DE UUNJVERS
seignement laïque, le laïcisme, de renseignement séculier, le siècle, et la société elle-même ; on dit au maire de la commune, à son tuteur naturel, à l'élu du suffrage universel, au père de famille, qu'il est inapte à surveiller l'éducation de ses enfants ; on le chasse moralement de l'école ; on livre l'instituteur au prêtre, en attendant qu'on ait livré l'école au congréganiste; on met, comme autrefois, l'Etat dans l'Eglise, sous l'Eglise; on lui donne pour élément d'unité, de nationalité, de direction, de progrès, l'élément ultramontain, pour principe d'activité, le cadavre. » Puis, voici l'opposition des deux Frances qui surgit : « Est-ce la France de nos pères, comme ils disent, la France de 89, libérale, progressive, tolérante, religieuse, chrétienne et philosophique à la fois, que rêvent et que veulent ces ardents fauteurs de la liberté? Non, c'est la France esclave, idiote, fanatique, la France espagnole, la France de la Ligue et de Philippe II. Leur loi, sans raison comme sans pitié, n'est qu'un défi jeté à la face du pays...; elle parle de paix, et ne porte en elle que des germes de discussion et de guerre. » Enfin, dernier grief, qui est bien, celui-là aussi, d'un élève de Quinet. La loi projetée « croit atteindre la société, et n'atteindra que la religion, pour la compromettre, et la livrer déchirée à tous les partis ». Ces grands adversaires de la loi Falloux sont, veulent être des chrétiens, fidèles à l'esprit de vie qui est, selon eux, dans le christianisme, qui est le christianisme luimême. Il ne faut jamais oublier que, parmi les républicains, parmi les démocrates, parmi les socialistes de 1848, l'idée* religieuse, le Christ n'ont pas d'ennemis.
Le projet de loi n'a pas eu seulement contre lui des universitaires, des républicains, des démocrates : il a eu contre lui certains catholiques, des évêques, des publicistes, et, au premier rang de cette légion d'ennemis, Louis Veuillot, et
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son jouiTial, V Univers. Il importe d'étudier de très près cet épisode de Thistoire de la loi, qui a fait jadis beaucoup de bruit, mais qui est aujourd'hui bien oublié et qu'aucun critique impartial n'a encore démêlé. Les textes abondent, et du côté de M. de Falloux, et du côté de Veuillot. La tâche de rhistorien est ici relativement aisée.
C'est le 29 juin 1849 que V Univers publie sous ce titre : Aperçu du projet, un premier article, assez bref, mais où se trouve déjà condensée presque toute la substance de la polémique. U Univers est douloureusement surpris. Si on lui eût annoncé, deux ans plus tôt, qu'à la suite d'une Révolution, une loi sur l'enseignement devait être préparée par M. Dupanloup, par M. de Falloux, par Montalembert, il n'aurait pas hésité à dire : « Cette loi sauvera la France ! » Or, il se trouve que cette loi, préparée par ces hommes, il est obligé de la combattre ! Pourquoi ? Parce que ce n'est pas une loi de liberté.
« Qu avons-nous demandé, toujours et unanimement ? La liberté. Que nous offre le projet? Une faible part' du monopole. Le projet organise et justifie le monopole ; il n'institue pas la liberté * ». Le clergé pourra créer des établissements universitaires. Il ne pourra pas créer des établissement vraiment libres. L'Université conférera toujours les grades, autorisera les livres et les méthodes, gouvernera l'enseignement. Seules, les congrégations autorisées pourront concourir à l'enseignement. Or elles ne suffisent pas, pour le primaire ; et, pour le secondaire, les lazaristes seuls sont autorisés. Encore, s'occupent-ils à peine d'enseignement. U Univers s'est tu d'abord. Il a voulu entendre les défenseurs du projet. Ceux-ci ont soutenu qu'il fallait d'abord essayer de l'améliorer ; puis, que si Ton n'y réussissait pas, il fallait le prendre tel quel, pour en finir. \J Univers résume ici les arguments produits dans les bureaux de l'Assemblée, lors de l'élection de la Commission parlementaire, chargée d'exa-