‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 148 sur 334 · LA CAMPAGNE DE UVNIVERS · texte numérisé non relu

LA CAMPAGNE DE UVNIVERS

toire, assez superficielle, mais à laquelle il était attaché. Il considérait le rôle de la bourgeoisie en tant que classe dirigeante, comme tout à fait terminé. « L'idée est épuisée, la sève est tarie, écrivait-il en 1848 : une restauration de la classe bourgeoise serait un tour de force du galvanisme politique. Le cadavre se remettrait sur pied, il parlerait, il agirait, mais ce serait un cadavre. La classe bourgeoise a eu son 89, il est définitif *. » C'est là une des idées maîtresses de Veuillot, comme c'est une de ses objections capitales à la loi, que ses auteurs se soient mis à la remorque du conservatisme bourgeois, qu'ils aient fait fléchir les principes pour obtenir son adhésion. Enfin, dernier trait qu'il ne faut pas oublier, car il est essentiel pour achever la psychologie de Veuillot : il y a quelque chose qu'il déteste par-dessus tout, et c'est l'Université. Il serait superflu d'apporter ici des citations. Toute la vie de Veuillot, toute son œuvre témoignent de ce gentiment. L'Université, pour lui, c'est l'esprit de la philosophie moderne, c'est l'antichristianisme, c'est Satan. Or le projet de loi a le grave tort de ménager l'Université, mais surtout de mêler l'Université à la vie des futures maisons libres. Veuillot ne voit pas là une simple menace pour l'indépendance de ces maisons, de ceux qui y enseigneront, des élèves qu'ils recruteront. Il voit un péril bien plus grave; l'effet de la loi sera de créer, à la longue, « un clergé universitaire, qui deviendra vite la pire, la plus terrible et la plus Ignominieuse de nos plaies^. » Et l'on ne peut pas dire que Veuillot fût ici tout à fait dans l'erreur. L'un des effets de la loi de 1850 a bien été, au début, de créer chez quelques ecclésiastiques, mais sans doute en très petit nombre, un état d'esprit semi-universitaire. Quoi qu'il en soit, voilà

à cette date, de faire l'alliance du catholicisme el de la démocratie- Mais ÏEre Nouvelle était une menace directe contre V Univers, et il se pourrait que Veuillot eût cédé à la préoccupfition de défendre son journal. Il y a là un point d'histoire des idées à éclaircir.

i. Mélanges, IV, p. 312.

Page 1