‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 155 sur 334 · BROCHURES RELATIVES AU PROJET FALLOUX · texte numérisé non relu

BROCHURES RELATIVES AU PROJET FALLOUX

panthéistique et rationaliste, que la PVance et l'Europe signalent comme de dangereux pédagogues... » ; à côté d'eux, c< des catholiques très honorables, mais connus par les concessions qu'ils ont toujours faites à l'Etat du droit d'enseigner et de surveiller l'enseignement catholique, MM. de Montaiembert, Laurentie, l'abbé Dupanloup ». Le ministre eut soin d'écarter de la commission a les quelques catholiques logiciens qui ne peuvent reconnaître à l'Etat athée le droit d'enseigner la jeunesse catholique, ni le droit de surveiller les écoles catholiques. » Il faut revenir à la logique, c'est-àdire à la vérité et à la liberté ; et la logique, c'est « la séparation de l'Église catholique d'avec un État qui ne croit pas publiquement à la parole divine de J.-C..., première ou plutôt unique condition du maintien et de la propagation de la religion et de l'enseignement catholique en France ». Aucun évéque français, sauf celui de Chartres, peut-être, n'ose rompre le silence et dire la parole de salut : « Ah ! Très Saint- Père, c'est vers vous que nos bras s'étendent, que nos cris retentissent, que nos prières et nos gémissements s'adressent. . . Un mot de Votre Sainteté donnerait à nos vénérables évêques la force de se déprendre du ministre des cultes, et de se refuser à l'exécution des articles organiques du Concordat, réprouvés par le Saint-Siège, comme le plus puissant moyen d'opprimer l'Eglise en France. »

Voici qui est clair. Le projet Falloux s'offrait comme une transaction, un nouveau concordat ; ses amis l'ont assez répété. A quoi Régnon riposte : nous ne voulons pas d'un concordat nouveau ; c'est déjà trop de l'ancien. L'Etat n'a pas de droit sur l'Église. Toute entrave à la liberté de l'Eglise est une oppression. Et contre l'oppression, on se révolte. Ainsi raisonne la colère de l'extrême droite intransigeante.

Le « Bourgeois de Paris » qui écrivit au présid(*nt de la République une lettre « touchant le projet de loi de M. de Falloux sur l'instruction publique ' » est un républicain

\. Lettre c/'m/i Bourgeois de Paris au président de la Republufue, touchant le projet de loi de M. de Falluux sur l'instruction publi<jue. Paris, chez les

laïque, ce qui n'est pas original ; mais il est clairvoyant, ce qui, alors, est très rare. On ne s'étonne pas qu'il ait gardé Tanonyme ; car il était, on le sut bientôt, inspecteur général et conseiller ordinaire du Conseil de l'Université^ Le projet Falloux, « c'est, dit-il, la ruine de l'enseignement de l'État, c'est la contre-révolution entrant en armes dans la société. » Ne perdons pas notre temps à le reprocher à son auteur; M. de Falloux « a commencé par avertir l'Université qu'il ne la prenait pas en traître »; M. de Falloux a travaillé pour son parti, ce qui est naturel, 'et le « Bourgeois de Paris » lui en veut d'autant moins qu'il lui sait gré, d'autre part, d'avoir été <( au premier rang des défenseurs de l'ordre social ». Le (c Bourgeois » n'a pas gardé rancune à Falloux du fameux rapport sur les ateliers nationaux. Mais ce « Bourgeois » n'a pas non plus perdu la tête après les journées de juin, comme Thiers et tant d'autres. Ce qui l'étonné donc, « ce n'est pas qu'un pareil projet de loi soit émané de M. de Falloux, mais c'est que l'opinion publique soit restée si longtemps inattentive et endormie en présence d'une loi qui compromet tous les intérêts moraux de la société, qui livre les générations nouvelles aux prêtres... » Ce qui le « confond, c'est la longanimité avec laquelle la France se laisse faire. » Le projet Falloux marche à la contre-révolution par un chemin détourné ; en ouvrant « les voies les plus larges possibles au clergé », en l'armant « de toutes les forces qu'on retire à l'enseignement de l'Etat. » C'est le « dessein profond » qui se cache sous r (( incohérence », 1' « obscurité savante », la « confusion calculée » du projet. — « 86 académies, vous comprenez bien qu'on n'y tient pas pour elles-mêmes; mais c'est une machine

marchands de nouveautés 1849. Typographie de F. Didot frères. [Bibl. nat. Ld* 5201).

1 .Quérard, dans ses Supercheries lilléraires, indique Artaud comme auteur de la lettre du « Bourgeois de Paris ». II est probable que le secret de l'anonymat ne fut pas bien gardé en iSôO; car Artaud, déjî» suspect peut-être par sa collaboration à \a lievue encyclopvdique et au Courrier fran çais, ne (Igure plus dans le Conseil de l'instruction publique réorganisé après le vote de la loi Falloux. Artaud est l'auteur de traductions connues de Soph(K'le, d'.Vristophane et de César.

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de guerre, c'est un bélier pour battre en brèche la centralisation de rinstiniction publique, en termes clairs, pour la désorganiser. » — Les recteurs pourront être choisis en dehors de l'Université : c'est dire qu'on confiera leurs fonctions au premier venu ; « et le premier venu, ici, sera quiconque aura fait acte de mauvais vouloir contre l'Université, quiconque sera en odeur de dévotion, quiconque aura une bonne note de l'évêque ». — Les Ecoles normales sont menacées : « N'est-il pas visible qu'on veut commencer par anéantir l'enseignement laïque, pour laisser ensuite le champ libre à l'invasion des congrégations ? » — Habile tactique que celle qui a pris occasion des imprudences de certains instituteurs « pour faire indistinctement le procès de l'Université entière, pour bouleverser toute sa constitution, pour la mutiler ».

Mais les plaintes des universitaires, des adversaires de gauche sont, à cette date, de peu d'importance. C'est sur la majorité de droite qu'il faut agir. Elle se disloque, elle est désemparée ; même dans l'Eglise de France il y a plus d'une opinion sur le projet Falloux].

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