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i. Ces leltros sont inédites. Elles sont aux Archives Nationales F" 100056.
quatre jours au vote sur Tensemble de la loi. Elles expriment des sentiments très divers, et, dans leur opposition, reflètent évidemment l'état d'esprit du clergé français, très divisé. Il y a des partisans résolus du projet. Il y a des adversaires non moins résolus. II y a des évêques qui ne se compromettent point jusqu'à exprimer un avis formel. Il y en a plusieurs qui sollicitent des modifications sur différents pointa. Parmi les partisans de la loi qui se déclarent d'assez bonne heure, est Tévéque de Carcassonne. Il estime qu'étant données les difficultés du moment, il ne faut pas se montrer trop surpris des lacunes du projet. Tel qu'il est, il constitue un régime <c préférable de beaucoup » au régime antérieur. L'évêque regrette « la polémique violente et injuste » qui s'est engagée sur ce projet. Il espère que l'union, moinentanément troublée entre les défenseurs des libertés de l'higlise, se rétablira « sous les auspices d'un ministre en qui nous sommes heureux de voir réunis, à un si haut degré, la foi, la vraie science, le talent et l'esprit de conciliation ». Cette lettre a fait plaisir à M. de Falloux, qui, dans le même temps en recevait d'autres, écrites d'une encre différente. Une note au crayon, ajoutée au bas de la lettre, nous apprend que le ministre s'est hâté d'en donner communication à Mgr Dupanloup, en lui faisant savoir que l'évoque de Clermont venait de lui faire tenir, par son grand vicaire, un langage absolument semblable ^ L'évêque de Verdun, le 3 septembre, se déclare poussé par l'attitude de « certains journaux » à affirmer que le projet de loi n'a pas contre lui les évoques. Rien ne serait pire que le maintien du régime existant. Le nouveau projet, c< s'il ne renferme pas tout ce qu'on pourrait désirer, offre des avantages trop précieux pour qu'on ne s'empresse pas de les accueillir ». Il prépare des avantages nouveaux, ({ue
t. Il existe une autre lettre de l'évoque de Carcassonne, datée du 23 décembre 1849, par laquelle il fait savoir au ministre qu'il adhère entièrement, sur la question des écoles mixtes, à une protestation de l'évêque de Beauvais fondée sur les inconvénients qui peuvent résulter de la promiscuité des garçons et des filles, et principalement sur le danger qu'il y a à confier l'enseignement des filles à un instituteur.
les circonstances permettront de prendre. « Qui eût osé, il y a deux ans, espérer pour un terme aussi rapproché, les concessions qui nous sont faites aujourd'hui ? » Et, comme son collègue de Carcassonne, il compte pour faire aboutir le projet « sur le courage incontesté d'un ministre éminent de tous points, si providentiellement placé au pouvoir, avec la mission spéciale de défendre les grands intérêts de TÉglise, auxquels se rattachent l'avenir et le salut de la société. » L'évêque du Mans (20 août 1849) souhaite, sans doute, certaines modifications au texte du projet, mais « serait très affligé » s'il venait à être rejeté *. L'évêque de Viviers (l*' mars 1830) conteste, avec énergie, le droit de l'État à enseigner, et à donner l'éducation. Le seul droit de l'État consiste à « veiller, d'une manière générale, sur l'enseignement, comme sur tout le reste, et à réprimer, là comme ailleurs, tout ce qui pourrait être contraire à la morale publique, aux lois du pays ». Mais là se borne son action légitime. Pour avoir le droit d'enseigner, il faut un dogme, une crovance, une méthode, des doctrines littéraires ou philosophiques. « L'Etat, ne possédant rien de tout cela, est absolument incompétent. Par sa prétention à donner l'éducation, il affaiblit la famille, et il ne sait pas que la destruction de la famille, prélude de celle de l'Etat, est le but des socialistes. Le gouvernement ne s'aperçoit pas, ne comprend pas que, « depuis soixante ans, il est socialiste en fait d'éducation ». Le mal est si profond, il a pénétré si avant dans la société française, qu'elle ne paraît pas capable « de faire sur elle-même le grand effort qui serait nécessaire pour secouer d'un seul coup le joug du système d'enseignement qui est la cause de tous ses malheurs ». Et voilà pourquoi le projet soumis à l'Assemblée n'est et ne peut être qu'un « palliatif ». Le prélat se déclare, du reste, fort éloigné de la pensée de le combattre. « Il désire, au contraire, qu'il soit adopté, faute de mieux ; il rendra à la famille une partie
1. Lui aussi, il €^dh^^e, le 2i octobre 1849, au mémoire de révoque de Bcauvais sur les écoles mixtes.
(le sa liberté ». En outre, il a un avantage, qui est précisément de ne pas « compromettre TEglise », puisqu'elle ne concourra pas à l'exécution de la loi « par une représentation officielle de Uépiscopat tout entier ». Il y a, on le voit, bien des réserves chez Tévêque de Viviers, mais c'est tout de même, au fond, un ami de la loi.
Une lettre collective de l'épiscopat de Normandie (archevêque de Rouen, évêques de Coutances, Bayeux, Evreux, Séez) appelle l'attention du ministre (2 décembre 1849) sur la situation des écoles secondaires ecclésiastiques, et demande que le texte de la loi soit précisé et amélioré. Une lettre de l'évêque d'Aix (24 janvier 1850) explique qu'avec quelques modifications, la loi deviendra « à peu près acceptable. » Si Ton joint à ces lettres celle de l'évêque de la Rochelle (15 octobre 1849) qui, sans se prononcer contre la loi, signale au ministre, avec une grande véhémence, les torts, les crimes des instituteurs, dont la conduite privée est scandaleuse, et qui sont, pour les deux tiers, des « prédicateurs de socialisme » ; ainsi qu'une lettre de l'évêque de Chartres (25 février 1850) qui, sans se prononcer davantage sur le fond des choses, mais sans pai'aître hostile, dirige une critique des plus acérées contre l'enseignement philosophique de l'Université * ; si Ton joint, enfin, une lettre enthousiaste de l'évêque d'Arras ', écrite le 18 mars 1850, après l'adoption définitive de la loi, ce sont
1. « Je puis vous attester que Notre Seigneur Jésus-Christ auquel vous croyez comme moi. n'a jamais eu sur la terre d'ennemi plus direct et plus implacable que M. Cousin. » Si les évoques ne protestent pas, c'est qu'ils ne connaissent que « la vraie philosophie enseignée partout autrefois, et encore aujourd'hui dans les séminaires. Ils ignorent complètement les fatras de Kant, de Fichte, de Hegel, dont les lambeaux, rerousus de mille manières, forment la philosophie éclectique, pleine d'absurdités et d'impiétés. Il n'y a pas trois évéques qui soient au fait de ces rêveries allemandes. »
2. « Je rends de sincères grâces au ciel, au sujet de l'adoption de la loi sur l'enseignement secondaire, et je m'empresse de vous offrir mes remerciements de tout mon cœur... Je voudrais pouvoir remercier M. Thiers, Mgr de Langres, dont la délicatesse excite mon admiration, M. de Montalembert ; mais, craignant d'oublier quelques généreux défenseurs, je préfère vous prier de les remercier pour moi. »
là tous les témoignages favorables qui figurent dans ce paquet de lettres.
Dans le sens opposé, on y trouve des déclarations fort nettes, et môme très vives de Tévêque de Luçon, de l'évéque de Saint-Claude, de Tévèque de Dijon, de l'archevêque de Rouen. L'évéque de Luçon a écrit à plusieurs reprises au ministre. le 29 juin, le 8 août 1849, le 2 mars 1850. Il proteste contre maintes dispositions de la loi, qu'il considère comme « opposées au libre exercice de la religion catholique ». Il ne se prêtera pas à faire partie du Conseil académique, et il ne permettra pas à aucun de ses prêtres de se rendre dans cette réunion, où ils se rencontreraient avec deux ministres réformés et un rabbin. C'est là un premier et notable grief d'une partie de l'épiscopat contre la loi. Les adversaires laïques et universitaires du projet se plaignent que le Conseil académique soit ouvert aux ministres du culte et à leur influence. Certains évêques se plaignent que, dans ce Conseil, il leur faille coudoyer les représentants des autres religions. L'évéque de Luçon refuse, en outre, de laisser assujettir les petits séminaires à l'inspection. C'est le second des griefs de plusieurs évêques. Il leur semble qu'il y a là une « atteinte au Concordat ». Enfin, il n'admet pas que le curé reçoive de la loi le droit de surveiller l'école primaire : ce droit, il le tient de son évêque. Un factum assez long, signé de l'évéque de Luçon le 22 août 1849, conclut que cette loi est « l'un des plus grands et dos plus dangereux efforts du laïcisme, cette hérésie universelle de nos jours contre l'Eglise », et que la situation qui résulterait de l'adoption du projet serait très menaçante, pour la religion catholique, en France.
L'archevêque de Rouen, le 2 août et le 23 octobre, se déclare très inquiet pour la liberté : du moment que l'Université subsiste, avec une situation considérable, comment parler de liberté ? Très inquiet pour la foi, très inquiet pour l'épiscopat, qui « paraîtra complice du monopole » et qui « sera brisé dans les rouages où l'on veut l'introduire ». A la veille
du vote finale le 14 mars 1850^ il écrit encore que les points qui le choquent le plus sont ceux (( qui appellent les évêques et les prêtres dans le sein des Conseils, et qui consacrent l'inspection des petits séminaires par les délégués de l'Etat ». Il est, en somme, et jusqu'au bout, nettement défavorable, hostile même.
L'évêque de Saint-Claude constate (28 février 1850) que les changements introduits au cours du débat parlementaire sont loin d'être suffisants ; qu'il professe, sans restriction aucune, les principes exposés dans les lettres rendues publiques, des évêques de Chartres et de Nancy, et termine sur cette menace : « Je suis bien déterminé,, ainsi que mon clergé, à refuser le concours qui est demandé aux évêques pour l'exécution de cette loi ». Même note de la part de l'évêque de Dijon (i*'mars 1850). Cette loi « répugne souverainement à sa conscience, et il ne saurait, si la troisième lecture n'y apporte pas de notables améliorations, « prêter en rien son concours à l'exécution de la loi ». La lettre de l'évêque de Dijon est à la fois la plus précise et la plus complète de toutes, dans sa partie critique. Non seulement l'inspection des petits séminaires est un recul ; mais l'institution du Conseil supérieur, avec la part faite au clergé, est un leurre. Les quatre évêques qui y sont appelés ne pourront y siéger longtemps. Des livres « hétérodoxes » vont être recommandés au nom de ce Conseil, où les évêques sont en si faible minorité. Voilà donc « le scepticisme, l'indifférence, le schisme, l'hérésie propagés sous leur patronage ». C'est un leurre également, que la présence de Tévêque dans le Conseil académique. « Pour éviter des discussions dangereuses, il devra s'abstenir d'y mettre les pieds. » Au fond, ce projet, cette loi, c'est le a monopole sanctionné à nouveau, avec extension de son influence, et consécration de ses doctrines ». Ce projet aggrave la situation à laquelle il prétend porter remède. « Entre les mains d'un ministre sceptique, ou d'un gouvernement impie, la loi projetée deviendra une arme plus redoutable que le monopole actuel, dont les coups.
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cependant, ont assez blessé au cœur la religion, la morale, le pouvoir gouvernemental, quel qu'il soit, et la société elle-même. » Au bas de presque toutes ces lettres figure, en quelques mots, le thème de la réponse du ministre : il remercie des observations qu'on lui communique ; il attacherait le plus grand prix à l'unanimité de l'épiscopat en faveur de la loi; il lui demande d'éviter la division, qui ne peut qu'être très préjudiciable à l'Eglise et à la société.
L'unanimité de l'épiscopat n'a pas précisément été acquise à la loi, on vient de le voir, durant la période qui a précédé le vote. Elle n'a pas davantage existé dans le monde catholique, et au sein des congrégations. La correspondance reçue par Montalembert est assez explicite sur le premier point et un incident curieux de la vie du P. de Ravignan établit le second.
C'est dans la partie du monde catholique qui gravitait autour de Montalembert, que se manifeste l'émotion la plus vive. Il était naturel que ses amis — dont beaucoup l'étaient devenus, précisément à cause du rôle qu'il avait assumé depuis dix-huit ans, et qu'il avait rempli avec un vif éclat — fussent les plus intéressés et touchés par l'événement qui se préparait. Montalembert est accablé de lettres de reproches. On l'accuse d'avoir commis une lâcheté en acceptant, en recherchant l'alliance de Thiers. « Le philosophe a vaincu le chrétien pusillanime... Le mécréant s'applaudit d'avoir fait de l'Eglise la servante de l'Université... ' ». Dupanloup est dénoncé comme le mauvais génie de Montalembert. « M. Dupanloup vous a perdu, je le dis avec une profonde conviction. Cet esprit médiocre, dévoré du besoin de se mêler de tout, de suffire à tout, de tout dominer, de flatter tout le monde, de plaire à tout le monde, a pris sur vous un empire tellement tyrannique, que vous vous êtes abdiqué vous inênio... pour vous mettre