Vicomte de Meaux, Montalembert, p
à cela son grand talent, son éloquence, sa place hors de pair dans le parti catholique. Quels que fussent les titres de M. de Falloux, ils étaient de çtxx de poids, et de date bien récente, en comparaison des siens. Cependant, c'était M. de Falloux et non Montalembert qui allait attacher son nom, comme ministre, à la loi sur la liberté de l'enseignement.
C'est d'abord que Montalembert sentait les difficultés de la situation. Il avait mené une rude guérite contre l'Université. Or, il ne pouvait espérer ni que Louis-Napoléon, ni que l'Assemblée s'associeraient à cette guerre. Il lui semblait, dès lors, que la liberté d'enseignement ne pouvait être que le fruit d'un compromis, d'une transaction, qu'elle devait apparaître, pour se créer des partisans au delà du cercle étroit de ses premiers défenseurs, comme un gage de paix. Le lutteur devait s'effacer devant le négociateur. Par sa souplesse, M. de Falloux était tout indiqué pour jouer ce rôle, et c'est ainsi que Montalembert, de ses propres mains, le « poussa au ministère* ». Si discrets que soient les emprunts faits jusqu'ici au Journal inédit de Montalembert, ou à sa correspondance inédite, ses biographes ne réussissent pas — et ne cherchent sans doute pas — à dissimuler que cet effacement si honorable pour celui qui l'acceptait « n'allait pas sans un déchirement de l'âme* ». Veuillot, qui avait pressé Montalembert de ne pas. s'effacer devant M. de Falloux, a raconté plus tard que Montalembert, très découragé, ne se sentant pas grand goût pour l'œuvre qu'il allait falloir accomplir, avait songé à quitter la vie politique. « Le silence et l'étude le tentaient. » Mais devant les instances de ses amis, dont beaucoup s'effrayaient à l'idée de voir M. de Falloux — qui n'était pas, suivant eux, un « catholique avant tout^ » — prendre la tête du parti, et y régner sans pai»tage; devant ces instances, Montalembert fit un sacrifice plus grand, prit une détermination « plus héroïque : il resta, tout simplement, à