LE RENVOI AU CONSEIL D'ÉTAT
voyer au Conseil d'Etat, vous laissez remporter une des plus basses victoires qui fût jamais. Si j'étais à votre place, je vous garantis bien que cela ne se passerait pas ainsi, et avant de subir cette ignominie, je dirais de telles choses qu'on s'en souviendrait. J'écris en ce sens à MM. Thiers, Beugnot, Mole, Berryer, Benoist d'Azy, Saint- Priest*... » L'évêque d'Orléans regrette de ne pas être à l'Assemblée. Il s'emporte jusqu'à gôurmander Montalembert qui, — la chose est à remarquer — n'intervient dans toute la séance que par l'interruption que l'on a vu plus haut, arrogante, audacieuse, promptement démentie par les faits. . . De la même matinée, ce billet encore : « Il faut tout faire pour empêcher la loi d'être retirée, ou renvoyée au Conseil d'État. Ce serait une faute et un malheur irréparables. Vous et moi seuls, pouvons en bien comprendre les suites. Parlez à Mgr de Langres, et à d'autres, agissez, c'est capital. Lisez l'Ami de ce matin *. »
Les journaux agitaient, en effet, depuis quelques jours la question. Dès le 23 octobre, le Siècle se prononçait en termes catégoriques pour le renvoi'. L'f/nit'^r^ engageait ses amis à voter pour le renvoi. h'Ami de la Religion luttait avec l'énergie du désespoir. Si le projet va au Conseil d'Etat, et s'il en revient sans changement, à quoi bon ce retard? S'il en revient « modifié, bouleversé, défiguré », — et il ajoute « quand on connaît l'esprit qui anime un grand nombre des membres du Conseil d'Etat, on sait que cette hypothèse est la plus probable », — on aboutirait à de grands embarras. L'Assemblée ne serait nullement tenue d'adopter les vues du Conseil d'Etat. Le renvoi, comme le retrait de la loi, serait donc « une mesure aussi impolitique que funeste aux intérêts de l'Eglise et de la liberté* ». Ainsi, l'inquié-