LE DÉBAT SUR LA « PETITE LOI
des affaires de la Plata, très importantes elles aussi, avait rempli les séances du 4, du 5 et du 7 janvier. Celle de la « petite loi » occupa, en partie, les séances du 8, du 9, du 10 et du il. Sans entrer dans l'analyse minutieuse de cette discussion, il est nécessaire d'y relever les traits qui se rapportent soit à la question de la liberté d'enseignement, soit à la situation politique générale, dans son rapport avec cette question, et qui éclairent la suite des événements.
La discussion générale, qui a lieu le 8 janvier*, naet aux prises trois orateurs de gauche, les représentants Lavergne, Pascal Duprat et Baudin, d'une part, et, d'autre part, le rapporteur de la loi et le ministre de l'instruction publique*. L'attaque fut menée très vivement. Le discours sobre et précis de Lavergne, la réplique passionnée et d'une logique assez serrée de Pascal Duprat, les explications un peu longues et plus lentes, mais intéressantes de Baudin, réfutent tour à tour et les dispositions de la loi et les intentions du gouvernement qui la demande. Lavergne montre, avec beaucoup de force, que donner au préfet toute autorité sur l'instituteur c'est lui donner, en réalité, un pouvoir discrétionnaire sur l'enseignement même. L'article 4 de la loi stipule que l'instituteur révoqué n'aura pas le droit d'avoir une école dans la commune où il exerçait auparavant. C'est donc, pour lui, « la misère ou l'exil ». L'instituteur, sera donc réduit à choisir souvent entre sa conscience et le pain de ses enfants. Ne sera-t-il pas le point de mire de toutes les polices, de la police officielle, et de la police occulte, qui s'efforceront de le trouver en faute, pour peu que sa personne, sa tenue ou ses- sentiments, ses idées déplaisent aux puissances locales ? Dans cette triste condition, où chercher le salut? D'un seul côté : il aura l'œil ouvert sur l'horizon pour voir d'où vient le vent. 11 se fera délateur, à son tour, pour courtiser ses chefs