‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 24 sur 334 · Mém. d'un Roy., t. I, p · texte numérisé non relu

Mém. d'un Roy., t. I, p

ministère de précautions plus compliquées. Il aurait réuni « un petit conseil catholique » dont faisaient partie Louis Veuillot et Ch. Lenormant, en disant que leur avis était le dernier qu'il voulût prendre, et serait décisif à ses yeux*. Louis Veuillot se prononça, avec force, pour Tabstention, mais fut seul de son avis. Il aurait eu bien vite, d'ailleurs, l'impression que « la résolution du consultant était prise ». Quelques heures plus tard, M. de Falloux aurait réuni des amis légitimistes, et leur aurait fait savoir que c'était d'après leur sentiment et leur sentiment seul, qu'il allait se décider. Le rédacteur en chef de V Univers a connu le fait de la réunion entre légitimistes par le rédacteur en chef de l'Union. M. Eugène Veuillot ajoute ce commentaire : c( Aucun des deux journalistes ne fut surpris que M. de Falloux, en tenant à l'un et à l'autre le môme langage, eût, par cela même, manqué de sincérité envers tous deux* ». Si le commentaire, qui est d'un critique passionné, peut sembler injurieux, le fait lui-même parle assez haut.

Ainsi, M. de Falloux, d'abord très en défiance, se serait vu contraint de céder à la pression de Montalembert, du P. de Kavignan, de quelques autres encore, pour calmer, d'une part, l'irritation de Mole, et, d'autre part, pour empêcher que le président de la République, déçu du côté de la droite, ne fit appel à la gauche. C'est là l'explication politique, et purement naturelle, de son entrée au ministère. Elle est déjà intéressante. Voici maintenant la version surnaturelle du même incident.

Elle nous est donnée par TabbL» Dupanioup. C'est, selon lui, le 10 décembre, que M. de Falloux aurait fait accepter dans l'entretien qui eut lieu chez Montalembert, ses motifs d'abstention à ses amis. « Je passai, raconte Dupanioup, ce

1. Voir Eugène Veuillot, Le comte de Falloux et ses mémoires, p. 51. Cf. Louis Veuillot. Lettre à Foisset ; octobre ISî'J, Correspondance j t. VU, p. 210.

2. Ëagëoe Veuillot, Le comte de Falloux et ses me'moires, p. 51.

dimanche et le lundi sans plus songer à cette affaire, ni yoir personne de ceux qui s'en étaient occupés. Le mardi matin^ je venais de dire la messe chez moi, et je commençais mon action de grâces, lorsque, tout à coup, je fus saisi (Tune pensée He cette affaire, avec une impression si violeîite, si irrésistible, que je ne pus continuer 7non action de grâces. Je me donnai à peine le temps de prendre quelque chose, et je sortis de chez moi. Cette pensée qui s'emparait de moi, à ce degré, c était que M, de Falloux devait accepter le ministère, qu'il manquait à la Providence en nacceptant pas. Cela me parut si clair, que je ne comprenais pa» comment nous avions pu avoir une autre pensée... » Dupanloup nous confie encore qu'il se jeta dans une voiture (il était neuf heures du matin), qu'il la garda jusqu'à onze heures du soir, et ne rentra chez Inique lorsque M. de Falloux fut ministre. Il avait eu, dans l'intervalle, avec son ami, un long entretien, où celui-ci, en proie à une émotion profonde, « ne pouvant plus se soutenir » à de certains moments, aurait fini par reconnaître que « tout ce qui se passait était fort extraordinaire », qu'il était « impossible » de « ne pas voir là la Providence*... »

Il n'est plus ici question de la colère de M. Mole, ni des fluctuations du président de la République. Les motifs humains disparaissent. C'est « une inspiration » qui meut l'abbé Dupanloup, une inspiration d'une telle force, qu'il n'achève pas son action de grâces. C'est à cette « inspiration », considérée par lui comme un message céleste, que M. de Falloux aurait cédé. Ce serait donc, en fin de compte, à une intervention directe et particulière de la Providence que serait dû le premier en date des faits, dont le long enchaînement, plus d'une fois près de se rompre, devait aboutir au vote de la « loi Falloux ».

). Note manuscrite de l'abbô Dupanloup, publiée par Lagrange, !, p. 459 et suivantes.

Page 1