DISCOURS DE PARISIS
la politique. Et que la loi soit votée, ou qu'elle soit repoussée, la religion, TEglise se trouveront, le lendemain, aussi puissantes, aussi invulnérables qu'elles l'étaient la veille. Il apparaissait, par ce premier développement, que la loi n'était pas une entreprise officielle de l'Eglise, et ceux des membres de la majorité qui n'auraient pas voulu s'exposer ^u reproche de cléricalisme, se trouvaient dans une situation plus commode pour la voter.
Si la religion et l'Église eussent été maîtresses d'en décider, ce n'est pas cette « transaction » qu'elles eussent demandé, c'est la liberté pleine, entière, sans aucune réticence, sans aucune restriction... Et l'évêque de Langres expose l'opinion de ceux de ses confrères de Tépiscopat qui combattent la loi. Il leur donne, lui, seul évoque de l'Assemblée, la satisfaction d'entendre porter à la tribune, avec leiu*s griefs contre le projet de M. de Falloux, leur propre conception, en matière de liberté d'enseignement. — Si l'on compare à ce que l'Eglise eût voulu ce qui lui est offert par le projet, il n'est pas possible de ne pas être frappé de la différence. Et l'évoque de Langres procure, de nouveau, à la fraction hostile de l'épiscopat, une grande satisfaction, qui est de donner à ses critiques, la publicité de la tribune. — Voici maintenant pour les timides, les craintifs, ou ceux qui feignent de l'être, pour les tenants de la défense sociale. L'évêque de Langres pose cette question : Pourquoi étes-vous venus, vous, politiques, offrir à l'Eglise, à la religion, ce que vous lui offrez ? Parce que vous ne poncez pas vous passer d'elle pour lutter contre les passions qui menacent la société. Ici se place tout naturellement l'apologie du catéchisme, en tant qu'instrument de défense sociale. Il ne s'agit plus de l'Eglise considérée comme puissance. Il ne s'agit plus de la religion, considérée comme un besoin de l'âme : ce langage eût fait sourire quelques-uns des membres de la majorité, et les eût laissés bien indifférents. Il 3' agit de la morale, telle que le catéchisme l'enseigne, de la résignation et de rhumilité prêchées aux petits, aux souffrants. Si vous
voulez échapper au socialisme, vous ne pouvez vous passer du prêtre : voilà ce que l'évêque de Langres dit, en termes très nets, quoique mesurés, à la majorité de l'Assemblée. Jusque-là, il n'avait pas conclu pour son compte personnel.' Il finit en déclarant que, devant les scrupules d'une partie de l'épiscopat, il ne pourra, quant à lui, voter cette loi. Mais s'il lui refuse son bulletin, il a fait tout ce qui dépendait de lui soit pour désarmer certaines défiances, soit pour réchauffer certains bons vouloirs hésitants. Si intéressant qu'il soit, le discours de Mgr Parisis ne pouvait contribuer que de manière indirecte au succès du scrutin. Un grand effort restait à faire pour assurer ce succès. Montalembert et Thiers se chargèrent de l'accomplir.
Pour la première fois, Montalembert se met au premier plan. Jusqu'alors, il s'est comme abrité à l'ombre de Falloux, de Dupanloup, de Thiers, de Beugnot, mais il ne peut laisser passer ce débat sans y intervenir. Il se charge d'exposer la pensée maîtresse du projet de loi, et de le défendre contre les principales critiques dont il était l'objet.
Le projet, dit-il, dès ses premiers mots*, est « un traité de paix » entre la religion et l'Université. Pourquoi, après avoir, vingt années durant, combattu de toutes ses forces l'Université, a-t-il, lui, Montalembert, contribué à négocier ce traité ? Parce qu'il y voit le seul remède possible à un mal très grand. Ce mal, c'est la corruption de la jeunesse française, livrée, par l'enseignement universitaire, à l'influence des doctrines et des sectes antisociales. Et Montalembert reprend ici les griefs familiers contre l'Université, contre l'enseignement public, en les fortifiant de toutes les dénonciations qui, depuis le 24 février, depuis juin 1848, ont été portées contre l'instituteur, contre le professeur de collège. L'enseignement public, à ses deux degrés, ignore également le respect, l'autorité. Or, la société périra, si l'on ne restaure l'autorité, le respect. Seul, l'enseignement religieux