‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 247 sur 334 · janvier · texte numérisé non relu

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DISCOURS DE MONTALEMBËRT. 373

est capable de soutenir et d'accomplir cette tâche. Il faut donc que la religion pénètre à l'école primaire, qu'elle pénètre au collège, qu'elle règne dans l'un et dans l'autre, si Ton veut que la famille et les mœurs, Tordre et la propriété y soient au-dessus de la discussion. Montalembert était, plus que qui que ce soit, capable de faire une belle apologie idéaliste de la religion. Mais, ce jour-là, il n'en prend pas le souci. Loin de là : il présente de façon tout utilitaire la religion et l'action du clergé sur les masses. « Qui donc défend l'ordre et la propriété dans nos campagnes ? Est-ce l'instituteur ! Non, c'est le curé ! » Et, comme s'il craignait de ne pas s'être fait assez comprendre, il insiste, ce Je dis qu'aujourd'hui, le curé, le clergé en général, et celui des campagnes en particulier, les prêtres ayant charge d'âmes, représentent l'ordre, même pour ceux qui ne croient pas,,.; ils représentent à la fois Y ordre morale V ordre politique et V ordre matériel. » Ainsi, le curé est le gardien de l'ordre matériel. Montalembert va jusque-là, pour atteindre, pour toucher ceux de ses collègues qui ne croient pas, mais qui veulent défendre la société. Et ce n'est pas le hasard de l'improvisation qui entraîne l'orateur. Il revient, avec une complaisance marquée, sur sa pensée. « Il y a, en France, deux armées en présence. Elles sont chacune de 30 à 40 000 hommes ; c'est l'aimée des instituteurs^ et f armée des curés ^... Celle-ci fonctionne admirablement dans sa mission sociale (car je ne parle pas de sa mission religieuse que vous n'avez pas à juger) mais admirablement dans l'intérêt de la société, et je demande à tout habitant éclairé des campagnes, si elle n'est pas le boulevard et la sauvegarde de la société dans notre pays ? » Voilà donc où l'entraînement de la polémique, et la nécessité de vaincre ont conduit Montalembert. Où sont les paroles élevées, nobles qu'il faisait entendre, vingt ans plus tôt, lorsqu'il revendiquait la

1. Il faut noter, au passage, ces formules belliqueuses. L'opposition des deux « armées » n'appartient pas aux laïques, elle appartient à Montalembert.

liberté d'enseignement, comme un droit supérieur et antérieur à tous les droits humains ? Il la présente aujourd'hui comme un « intérêt social », et un intérêt qui doit être aussi cher à ceux qui ne croient pas, qu'au croyant lui-même. Il faut choisir entre le socialisme et l'action du curé sur l'école primaire : ainsi se résume toute cette première partie du discours, qui s'adresse au « grand parti de l'ordre ».

L'orateur se tourne ensuite vers les catholiques, vers ceux des catholiques qui combattent la loi, et par des arguments sur lesquels il est inutile d'insister ici, puisqu'ils ont déjà été produits, à diverses reprises, au cours de cet exposé, il entreprend de prouver que la loi donne vratJnetU la liberté. Elle la donne aux systèmes philosophiques, elle la donne à l'Eglise. Et, en outre, elle introduit la religion dans l'enseignement public, non pas à la façon de Mgr Frayssinous, mais autrement. Cette fois, c'est la nation même qui signifie qu'elle veut que le christianisme pénètre dans l'école, et qui lui en ouvre les portes... Tout ceci s'adresse au dehors, plus qu'à l'Assemblée elle-même qui ne compte guère, parmi ses membres, de catholiques intransigeants à la façon de Veuillot. La péroraison du discours est empreinte d'une grande tristesse, elle est très éloquente. Montalembert parle franchement de la campagne dirigée contre lui. Il dit la douleur qu'elle lui a causée, et pourquoi il a cru, malgré tout, devoir suivre la voie qu'il a choisie.

A le relire aujourd'hui, ce discours paraît assez habile, approprié à la lin visée par l'orateur, un peu moins brillant, moins véhément aussi, que ne le sont la plupart de ses grands discours politiques. Les difficultés auxquelles il s'agissait de parer expliquent très bien cette impression. Montalembert excelle à se servir de la violence, de la colère, de l'ironie, du mépris, mais, à part un passage, ces moyens n'étaient pas de mise ce jour-là. Il s'agissait de désarmer des adversaires, de conquérir des partisans. Cela était moins dans ses cordes. Aussi, Montalembert n'est-il pas satisfait de lui-même, et, ce qui est plus grave (car, habitué

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