‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 251 sur 334 · LES ADVERSAIRES DE LA LOL · texte numérisé non relu

LES ADVERSAIRES DE LA LOL

lui tiennent particulièrement à cœur. L'Etat, tout naturellement, rémunère le concours de l'Église. Le projet de M. de Falloux, au contraire, est inspiré par l'Eglise, qui se sert de l'Etat pour affirmer son influence dans l'enseignement public, tout en usant de la liberté pour créer un enseignement à elle. Le Concordat est, par excellence, une œuvre d'Etat. Le projet de M. de Falloux est une œuvre dictée par l'intérêt de l'Église.

Une autre formule a été employée par Lacordaire, et adoptée par Montalembert. Le projet de loi, ont-ils dit l'un et l'autre, est uû nouvel Edit de Nantes. Il était bien naturel que les amis de la loi fissent appel à ce souvenir, et voulussent la placer sous la protection d'un acte intelligent et heureux entre tous. Mais là encore, l'assimilation laisse grandement à désirer. L'Édit de Nantes est l'acceptation par l'État de la dualité des cultes. L'État les accepte parce qu'il est de son intérêt de mettre fip aux troubles, aux factions. L'Etat n'a en vue que le bien de l'État. D'autre part, l'Édit de Nantes, c'est le coup de grâce — du moins celui qui l'a signé l'espérait-il, — porté à la formule une foi, une loi... C'est, par conséquent, une victoire de l'esprit moderne. Le projet de loi de M. de F*aIloux est, au contraire, un retour offensif du vieil esprit ; c'est une concession de la puissance publique à l'Eglise, faite non dans l'intérêt exclusif ou même principal de l'État, mais, à n'en pas douter, dans l'intérêt de l'Église. Ces formules veulent être scrutées de près. Elles ne peuvent faire illusion qu'à l'auditeur frivole ou prévenu.

On vient de voir comment le projet de loi a été défendu. Il faut voir maintenant comment il a été combattu.

La défense avait été très éloquente, par moments, très habile, presque toujours ; en tous cas, très concertée. Rien n'y avait été livré au hasard. Les rôles avaient été distribués

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d'avance. Ils ont été plus ou moins brillamment tenus, mais suivant un plan. L'attaque n'a pas présenté les mêmes caractères. D'abord, il ne s'est pas trouvé, du côté des assaillants, d'orateur capable de se mesurer avec Thiers, avec Montalembert. Puis, des maladresses graves ont été commises. Victor Hugo, par exemple, a semé son discours de traits irritants, plus propres à piquer l'adversaire, et à le rendre furieux, qu'à le blesser. Puis encore, il ne semble pas qu'il y ait eu d'organisation. Beaucoup de volontaires zélés se sont présentés à la tribune, mais ils ont parlé chacun poiu* son compte, sans se soucier les uns des autres. De là, des amplifications interminables, et des redites fatigantes, et des omissions graves. Ainsi, personne n'a répondu à Thiers, dans la discussion générale. L'impression dernière est que personne, du côté des adversaires de la loi, n'était bien préparé à la combattre. Tandis que Montalembert vivait depuis 1830 sur cette pensée unique, tandis que, derrière de Falloux, se trouvait Dupanloup, qui avait fait de cette loi sa chose, les républicains se désintéressaient, en général, de la question. Ils n'avaient pas de parti pris passionné pour ou contre la liberté d'enseignement. Ils étaient pris entre leurs principes, qui la justifiaient, et la défiance naturelle que devait leur inspirer l'ardeur avec laquelle les cléricaux et certains réactionnaires luttaient pour obtenir cette liberté. Au demeurant, ces causes d'infériorité, qui frappent aujourd'hui très vivement, n'ont pas eu d'importance réelle, et n'ont pas modifié le résultat. Si les défenseurs de la loi avaient été maladroits, peut-être en eussent-ils compromis le sort. Plus brillante, plus vigoureuse, l'action des adversaires n'eût pas été plus efficace.

Si l'on néglige, de ce côté aussi, les interventions sans grande portée, on constate que les adversaires de la loi ont prononcé deux discours techniques, importants : l'un au début de la discussion, celui de Barthélémy Saint-Hilaire, l'autre, à la fin, celui de Wallon. Entre ces discours techniques, trois grands discours politiques, ceux de Victor Hugo, de Pascal

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