DISCOURS DE B. SAINT-HILAIRE, DÉ WALLON
Duprat, de Crémieux. Un autre discours politique, qui constitue la seule réponse opposée à Thiers, celui d'Arnauld (de TAriège) a été prononcé dans la deuxième délibération seulement, à propos d'un amendement. Il rouvrait en réalité, la discussion générale, et pour éviter une redite, je le mentionnerai ici.
Le discours de Barthélémy Saint-Hilaire aété considérable. L'orateur a parlé deux jours de suite*. C'est un plaidoyer consciencieux, mais dépourvu de mesure, clair, mais non lumineux, et aussi dépourvu de grâce persuasive que de vigueur probante. L'orateur s'est- il cru obligé de parlercomme rapporteur du projet Carnot, à la Constituante, ou comme membre de la minorité de la Commission parlementaire, ou seulement en raison de sa compétence? Toujoiu's est-il qu'il a examiné presque toutes les parties du projet de loi, le côté scolaire, le côté politique. Il a critiqué la constitution du Conseil supérieur, celle du Conseil départemental, l'inspection. Il s'est efforcé de prouver que l'Université était détruite, et, chose étrange, il n'a pas parlé du morcellement des académies. 11 a opposé l'esprit de la Révolution française à celui du projet de loi. L'esprit de la Révolution c'est la raison, ne relevant que d'elle-même. Le projet de loi consacre l'abdication de la raison devant la croyance. Mais ces idées devaient être reprises, et développées par d'autres avec plus de talent. Ce qui appartient en propre à Barthélémy Saint-Hilaire, c'est la critique positive et précise des dispositions fondamentales du projet.
Le discours de Wallon offre l'intérêt le plus vif, en raison de la situation personnelle de l'orateur. Il était universitaire, mais il appartenait à la majorité réactionnaire de l'Assemblée, et son attachement à l'Eglise était bien connu. Cependant, il vint à la tribune combattre la loi. Il défendit d'abord l'Université, l'Université qui n'est pas « née des convulsions de la Terreur » qui n*est pas fille de Robespierre
\. 14 et 15 janvier.
« élève des Jésuites }), mais qui est le fruit des idées les plus pures de 1789, et la défense de TUniversité a un accent de sincérité qui ne se marque pas au même degré dans les paroles de M. de Parieu. Il s'élève contre Tune des idées maîtresses de la loi, Tidée confessionnelle. Sans doute, les cultes sont juxtaposés dans l'enseignement public. Des élèves de toutes les religions se rencontrent sur les mêmes bancs. Des maîtres de toutes les religions professent au même titre. Mais cette juxtaposition est-elle donc plus choquante dans renseignement que dans la société*? Et ne convient-il pas que renseignement réponde aux conditions sociales de chaque temps ? Cet argument était en lui-même très solide, et le parti qu'en a tiré l'orateur est frappant. Jusqu'ici, Wallon s'était tenu sur la défensive. Il attaque à son tour. II montre que le contrat est un contrat léonin, tout au bénéfice de l'Eglise. Il montre encore que la formule de l'évêque de Langres « l'Université ne peut se passer de la religion, taudis que la religion peut se passer de l'Université » est fallacieuse. Elle met en équation des quantités qui ne sont pas de même nature. Il faudrait dire « l'Université et le clergé )>. Or, si le clergé est « inséparablement uni à la religion dans notre foi et notre vénération », il n'est pas la religion, et la religion n*est pas à lui. Elle est à la société tout entière. — L'accueil fait à ce discours n'est pas encourageant, et à plus d'une reprise, la clôture est réclamée. Il avait fallu à l'orateur, pour le prononcer, un courage et une droiture auxquels ses adversaires politiques auraient du rendre hommage, et ses amis eux-mêmes se seraient honorés, en le reconnaissant.
Entre temps, les discours proprement politiques avaient
1. « Même en philosophie, ajoiilc Wallon, je dis que la différence des cultes ne fait rien. Le catholicisme, le protestantisme, le judaïsme me paraissent ici également solidaires. Car enfin, est-ce que les prophètes des juifs ne sont pas les nôtres? Est-ce que leurs livres saints ne sont pas le fondi'ment de notre religion? hst-ce que nous, catlioliques, protestants ou juifs, n'avons point connue religion révi''h';e, cet intérùt commun contre celte prétention humaine de ne reconnaître aucune limite? Au point de vue catholique, je ne craindrais pas qu'un professeur fût juif; je craindrais plutôt qu'il ne le fût pas assez. »