‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 255 sur 334 · CONCLUSION SUR LA DISCUSSION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

CONCLUSION SUR LA DISCUSSION GÉNÉRALE

qui eût remporté cette victoire. Il est catholique. Il est démocrate. Il combat la loi, non du point de vue universitaire, ou du point de vue républicain, mais du point de vue, si Ton peut dire, de Thonnêteté, de la droiture politique. Plusieurs des défenseurs de la loi avaient fait à la « peur » un appel non déguisé : Arnaud (de TAriège) stigmatise la méthode, et le sentiment dont elle s'inspire; il essaye de faire rougir l'Assemblée. Mais ils sont trop à avoir peur, ou à feindre d'avoir peur, et ses déclarations fermes et franches, de l'accent le plus noble et le plus pénétré, se perdent dans cette atmosphère d'hypocrisie sociale.

En somme, cette discussion, lorsqu'on l'étudié de près, montre que l'Université a été sincèrement défendue par les libéraux et que la liberté d'enseignement, proprement dite, n'a été combattue par aucun d'entre eux, tant s'en faut, puisque quelques-uns, enchérissant sur la loi, l'ont déclarée insuffisante à ce point de vue (Pascal Duprat, Arnaud de l'Ariège.) La discussion montre encore que nul, du côté gauche, n'a manqué de respect au sentiment religieux, ou entendu le proscrire de l'éducation (voir, par exemple, les discours de Victor Hugo, de Wallon). Seulement, on estime, à gauche, que chacun doit demeurer chez soi, le prêtre ou le ministre quelconque du culte, dans son église, l'instituteur, le professeur, dans son école, dans sa chaire. Enfin, trait qui veut être souligné, les cultes divers témoignent, les uns pour les autres, de la plus sincère déférence, et de la plus entière courtoisie. (Discours de Wallon, de Crémieux, et, plus tard, dans la deuxième délibération, de Coquerel.) A gauche, on n'a pas encore vraiment peur. On se fie aux résultats acquis par la propagande des idées, depuis 1789. On croit ces r<3sultats à l'abri, et intangibles. A droite, on n'a pas encore grand espoir de les ruiner, de les confisquer. En outre, et cette remarque est essentielle,

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c'est à la liberté que ron a recours, pour défendre l'autorité, et méthode oblige. Voilà ce que nous trouvons, dans cette discussion. Voici maintenant ce que Ton n'y trouve pas.

On n'y trouve pas la crainte que la concurrence puisse devenir âpre, intense, entre l'enseignement privé et l'enseignement public, ni que celui-là puisse mettre celui-ci en péril. Ni à gauche, ni même à droite, on n'a pu prévoir, en janvier 1850, les résultats que la loi devait porter, au bout de dix ans, de vingt ans, à plus forte raison, au bout d'un demi-siècle. On ne trouve pas davantage, dans cette discussion, sauf à l'état de lueur (dans le discours de Victor Hugo), le pressentiment de la coupure que la loi allait faire entre les deux portions de la jeunesse, de la nation. La vision des « deux Frances » ne s'est pas offerte, nette et précise, à la pensée des adversaires de la loi. Et cela se comprend sans peine, si l'on compare la situation prépondérante de l'Université, à cette date, avec les faibles ressources dont pouvait disposer, au début, en hommes surtout, l'enseignement privé, l'enseignement auquel ses adversaires eurent le tort très grave de laisser prendre le nom d'enseignement libre. Il n'était guère à supposer que la bourgeoisie voltairienne de la monarchie de Juillet eût des fils qui partageraient les passions d'un Montalembert. Enfin, personne, au cours de cette première délibération, très large d'allures, très ample par les proportions, et très éloquente, ne paraît avoir aperçu la véritable difficulté philosophique de la question. Personne n'a songé à faire remarquer que la vraie liberté d'enseignement a été conquise le jour où il est devenu possible d'enseigner, hors de l'Eglise, sans elle, et parfois contre elle, des vérités qu'elle n'avait ni contrôlées, ni frappées de son visa, ni décorées de son imprimatur. Personne n'a songé à faire remarquer que, par ces mots, liberté d'enseignement, les auteurs de la loi entendaient la faculté pour l'Eglise de surveiller à nouveau, ou, pour parler avec plus d'exactitude, de plus près qu'elle ne l'avait fait jusqu'alors, l'enseignement de l'Université ; et, en outre, la

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