‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 259 sur 334 · Le 5 février · texte numérisé non relu

Le 5 février

7. Sainte-Beuve, Ricbardel, Wallon, Frédéric Bastiat, le 5 février.

390 LA LOI PALLOOX.

vrier, TamendementGazalès*. Il consistait à rayer de la liste des membres du Conseil supérieur de Tinstruction publique, les ministres des différents cultes, et à les remplacer par des membres de l'Assemblée législative, ainsi que par une plus forte proportion de membres des différents corps appelés à envoyer des délégués à ce Conseil. En réalité, l'amendement sapait la loi par la base, puisqu'il mettait obstacle à ce rapprochement des universitaires et des évêques dans le Conseil supérieur, qui était l'une des conceptions auxquelles M. de Falloux d'abord, ses amis ensuite, avaient attaché le plus de prix. Cet amendement était le fruit de la campagne dirigée contre la loi par l'Univers, et par un certain nombre d'évêques. Il était redoutable, tant par sa teneur, que par la qualité de son auteur. Les amis de la loi pouvaient craindre que certains conservateurs, peu enclins à faire une place au clergé dans l'éducation publique, ne se jetassent avec empressement sur le moyen qui leur était offert par un membre même du clergé pour éviter cette combinaison. Ils pouvaient craindre aussi que la coalition des adversaires de gauche avec les adversaires de droite, grossie de quelques indifférents, formât une majorité. Aussi, l'inquiétude fut-elle très vive à partir du moment où Ton eut connaissance du texte de l'amendement, et les démarches ne furent-elles pas épargnées pour en conjurer les menaces*. L'adoption, par

1. En voici le texte d'après \e Moniteur du 8 février. (Il fut discuté dans la séance du 7.)

« Le Conseil supérieur de l'instruction publique est composé comme il suit :

« Le ministre président :

« 4 membres de l'Assemblée nationale élus par leurs collègues ;

« 4 conseillers d'État élus par leurs collègues ;

« 4 membres de la Cour de Cassation élus par leurs collègues:

« 4 membres de l'Institut, élus en assemblée générale de Tlnstitut ;

« 8 membres choisis par le président de la République en conseil des ministres parmi les anciens membres du Conseil de l'Université, les inspecteurs généraux, les recteurs et les professeurs de Faculté. Ces 8 membres î forment la section permanente;

[ « 4 membres de l'enseignement libre choisis par le président de la

I République, sur la proposi Jon du ministre de l'instruction publique, o

I 2. Voir les lettres de Dupanloup à Montalembert et de Montalembert à

AMENDEMI^NT CAZALÈS. 391

surprise, de l'amendement, c'était la loi tout entière gisant à teire, brisée. Si même Tamendement devait être rejeté, il suffisait que le langage tenu soit par ses défenseurs, soit par ses adversaires, fût trop vif, trop dénué de ménagements et de précautions, pour que, entre catholiques, dans l'Assemblée même, la situation devint difficile, sinon impossible.

Uabbé Cazalès soutint, avec une extrême modération de langage, le texte qu'il avait présenté. Il fît valoir les raisons qui, selon lui, s'opposaient à la présence des évêques dans les Conseils universitaires. Il leur faudra se prononcer sur des matières qui ne sont p3.s. de leur compétence. Ils seront, dans ces Conseils, une minorité infime, et ils n'en porteront pas moins la responsabilité des mesures prises, même contre leur gré, parla majorité laïque. S'agit-il, non plus d'administration, non plus de questions de personnes, mais des programmes ? Il y a des matières « mixtes » comme l'histoire, comme la philosophie, dont la religion, l'Eglise ne peuvent sç désintéresser. Sur ces matières, un évêque ne pense, ni ne raisonne comme un laïque. Dira-t-on que les évêques ne risquent rien d'essayer du régime établi par la loi, attendu qu'il sera toujours temps, pour eux, de quitter les Conseils universitaires, si, Tépreuve faite, ils s'aperçoivent qu'elle est, pour eux, trop pénible ? Mais il y aura bien plus d'inconvénients à sortir des Conseils, après y avoir mis le pied, qu'à refuser tout de suite d'y entrer. Qu'on y prenne garde, d'ailleurs ! La présence des évêques n'est pas une recommandation pour la loi. Toute une partie de l'opinion la taxera, pour ce seul motif, de loi cléricale. Au fond, c'est revenir à la conception de la Restauration, qui a été fâcheuse pour l'Eglise, parce qu'elle l'a associée à la politique, impliquée dans les effets d'une certaine politique. L'Eglise plane au-dessus de ces contingences. Elle n'est, elle ne doit être d'aucun parti, « pas même du parti de l'ordre ».

Dupanloup à propos de ces inquiétudes, dans Lagrange, I, 512. Montalemberl voudrait obtenir de Mole « un petit discours sur la conciliation contre ramendement Cazalès. »

Non qu'elle se désintéresse de la lutte contre les passions antisociales. Mais elle a sa façon propre de participer à cette lutte. Elle combat le socialisme parla charité, par Tappel au dédain des jouissances matérielles, par révocation du bonheur impérissable des élus... Avec sa péroraison très haute de ton, ce discours ne manquait pas d'habileté. Il ramassait les arguments des adversaires de droite, ceux des adversaires de gauche, pour en faire une masse compacte, et de nature à troubler les fractions indécises de la majorité.

C'est M. de Vatimesnil qui, conformément sans doute à Tordre de bataille aiTêté, quelques jours auparavant, dans la réunion tenue chez le comte Mole, se chargea au nom des amis de la loi, de répondre à l'abbé Cazalès. Il le fît avec une grande abondance de raisons, mais 3aps vigueur, sans fermeté. La religion, dit-il, est indispensable à Téducation. Or, comment marquer mieux le rapport qui doit les unir, qu'en associant les ministres du culte à la vie de l'école, aux choses de l'Université ? Exclure les évoques des Conseils universitaires, c'est affaiblir l'action légitime, l'action nécessaire de la religion sur l'éducation. Sans doute, l'auteur de l'amendement a signalé des difficultés réelles. Les évêques pourront être troublés, devant certaines assertions du professeur d'histoire, du professeur de philosophie. L'Université en sera quitte — non pour renoncer à ces deux enseignements, mais « pour en bannir ce qui serait en contradiction avec l'enseignement religieux ». Le clergé, a dit encore l'auteur de l'amendement, se compromettra, s'il entre dans les Conseils universitaires. Mais il ne doit pas avoir trop peur de se compromettre, pour le bien de la religion. Le pape qui a signé le Concordat s'est, lui aussi, compromis. A-t-il eu tort? — L'Eglise ne doit être d'aucun parti : certes. Mais le Conseil supérieur de l'instruction publique ne fera pas, lui non plus, œuvre de parti. — Pourquoi tant de défiance ? La défiance est une plaie sociale, et des plus saignantes. Il faut « entrer dans la carrière de la confiance ». L'Etat doit avoir désormais confiance dans le clergé, l'Eglise doit avoir con-

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