‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 260 sur 334 · AMENDEMENT CAZALÈS · texte numérisé non relu

AMENDEMENT CAZALÈS

fiance dans TEtat. Tel est le sens, tel est le but de la loi.

Après M. de Vatimesnil, le ministre de Tinstruction publique intervient, lui aussi. Il rappelle que le clergé participe déjà aux Conseils locaux. Pourquoi ne ferait-il pas, dans une sphère supérieure, ce qu'il fait, depuis la loi de 1833, pour Técole primaire ? Uexemple tiré de Thistoire de la Restauration n'a pas grande portée. Quant aux inquiétudes exprimées sur les relations des membres du clergé avec les laïques, dans ces assemblées, elles sont vaines. Le rapprochement des deux éléments, loin de mener à la guerre, fera naître la paix. En se voyant de plus près, en apprenant à s'estimer, à se connaître, ils se feront l'un à l'autre, des concessions, dont Tintérêt public tirera tout bénéfice.

Une diflBculté de procédure s'élève au sujet du texte à mettre aux voix. Il est entendu que ce n'est pas l'amendement Cazalès même, mais une partie du texte de la Commission, celle qui stipule la présence ^des archevêques ou évêques dans le Conseil supérieur qui est mise aux voix. Les partisans de l'amendement Cazalès se compteront, en repoussant ce texte. Au vote, ils sont 230 contre 396. On remarquera qu'aucun membre de la gauche ne prit la parole dans cette discussion ^ Les principes élémentaires de la tactique commandaient cette abstention. Elle n'eut pas les effets que redoutaient Montalembert et Dupanloup. La coalition s'était formée, mais elle avait été trop faible, et le projet venait de franchir sans^encombre un pas périlleux.

L'article 5 du projet, qui fixait les attributions du Conseil supérieur donna lieu, quelques jours plus tard*^, à un grand débat, et à d'importantes déclarations. Cette fois, l'attaque vient de la gauche. Elle est menée avec beaucoup d'éclat par Jules Favre. II critique toutes les dispositions de l'article 5.

1. Un autre membre de la droite, d'Olivier, avait répondu à M. de Vatimesnil. et défendu l'amendement.

2. Le 11 février: les séances du 8 et du 9 avaient été consacrées à autre chose ; le 10 était un dimanche.

Il s'efforce de montrer que, parmi les attributions réservées au Conseil supérieur, quelques-unes, et non des moindres, appartiennent de droit au ministre, et au ministre seul. Mais surtout, il s'attache à montrer que la rencontre, dans ce Conseil, de l'élément ecclésiastique et de l'élément laïque, universitaire, loin de mener à la conciliation, à la bonne entente, aux transactions, comme l'annoncent et Tespërent les partisans de la loi, aboutirai à l'impuissance et à l'anarchie, à la guerre et à l'asservissement. » Soit la question du choix des livres. Combien, parmi ceux que l'Université met entre les mains de ses élèves, ont été condamnés par l'Eglise, sinon brûlés de la main du bourreau ! Combien, en revanche, parmi les livres employés dans les maisons religieuses, contiennent des doctrines ou des assertions inacceptables pour l'Université et ses maîtres, depuis les livres de théologie morale, qui font la théorie du mensonge licite, jusqu'aux livres d'histoire, où l'épopée impériale est soit sous-entendue, soit travestie. L'orateur apporte des citations empruntées au débat de 1844 devant la Chambre des Pairs, et Montalembert réplique que toutes ces citations ne sont pas exactes. Jules Favre en apporte de nouvelles. Il demande comment il est possible que les évêques et les universitaires se mettent d'accoixl ?

Le discours de Jules Favre, véhément, emphatique par endroits, a pour effet d'amener à la tribune l'évèque de Langres, qui s'explique sur la nature et la portée de la « transaction » à attendre, entre les évêques et les laïques, dans le Conseil supérieur. Il n'a pu venir à l'esprit de personne que cette transaction pût consister pour les évêques, à « faire pactiser leurs pures et inflexibles doctrines avec ce qu'ils regardent comme des erreurs ». Apostats, s'ils agissaient ainsi, ils se déshonoreraient, en outre, devant les hommes. Puisqu'on fait appel à l'Eglise, puisqu'on paraît admettre que la société périt, faute de croyances, on s'engage à laisser ceux qui ont des croyances faire tout leur effort pour les propager. Si un évêque dénonce un livre

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