DÉBAT SUR LES ÉCOLES NORMALES
grave et périlleuse ; que la religion naturelle ne saurait s'enseigner à Tenfant ; que la haute valeur éducative du dogme tient précisément à ce qu'il ne se démontre ni ne se discute; enfin, qu'il n'y a pas de morale en dehors de la religion : « Quand vous voulez enseigner la morale à l'enfance, il faut puiser votre morale à une origine qui ne puisse pas être contestée ». A plusieurs reprises, la majorité manifeste sa vive approbation. Un représentant, Delbetz, prend la défense de l'amendement QuinetV Mais les temps n'étaient pas mûrs, pour la conception d'une morale purement laïque; l'amendement est repoussé sans scrutin.
Comme l'idée de la laïcité, celle de la gratuité absolue et de l'obligation devaient être mises en avant, dans ce débat. A propos de l'article 22^, divers amendements sont déposés, portant que l'instruction primaire devient « gratuite et obligatoire * ». Ces amendements sont soutenus par leurs auteurs, sans succès. L'amendement Benoit (du Rhône) est repoussé au scrutin, à une énorme majorité*. L'amendement Fayolle, que Vatimesnil vient combattre, donne lieu à deux scrutins où la minorité grossit quelque peu^. Les raisons financières, qui avaient, dans les discussions du Comité d'enseignement de la Constituante, pesé d'un poids très lourd, ont été, naturellement, invoquées par Vatimesnil ; et elles ont paru décisives à la majorité'.
Sur la question des Ecoles normales, les adversaires de la loi, sans avoir gain de cause, obtiennent quelques avantages. L'article 34 du projet les remplace par des bourses d'élèves-
1. Quinet parait l'avoir oublié, lorsqu'il écrit à Ghassin : « J'étais seul. » 11 parait avoir oublié de môme que la Liberté de Penser a reproduit son discours du 19 février, t. v. p. 409.
2. « L'enseignement primaire est donné gratuitement à tous les enfants dont les familles sont hors d'état de le payer. »
3. Amenderaenls Lagarde, B3notl, Pelletier, Dentu, Greppo, Fayolle.
4. Par 466 voix, contre il2. Art. 1, repoussé par 423 voix, contre 182; art. 2, repoussé par 436 voix, contre 179.
5. Mortemart déposa une proposition tendant à diminuer le nombre des scrutins. Elle ne fut pas prise en considération, 20 février.
maîtres dans certaines écoles primaires du département. Plusiem*s amendements tendent sous des formes diverses, au maintien des Ecoles normales^, les uns au maintien facultatif, les autres, au maintien obligatoire. La Commission déclare (c'est Salmon qui parle en son nom) qu'après examen de ces amendements, et entente avec le ministre, elle apporte un nouveau texte, qui est celui du projet primitif de M. de Falloux; le maintien ou la suppression des Ecoles normales sera laissé à la décision du Conseil général ou du ministre, en Conseil supérieur. Le Conseil supérieur sera chargé d'élaborer un programme pour ces écoles, ainsi que de fixer les conditions d'entrée, de sortie, de nomination du personnel. Au vrai, la Commission reculait devant la suppression pure et simple, qui résultait du texte de son article 34. Mais elle offrait de grandes facilités à la suppression, en la subordonnant soit au vœu du Conseil général, soit à la décision du ministre. C'est ce que ne manqua pas de faire remarquer un représentant de gauche, Rollinat, qui prit, avec modération, mais avec fermeté, la défense de ces institutions, et qui fit remarquer que la Commission voulait les atteindre, pour livrer, autant que possible, l'enseignement primaire au clergé. Il eut soin de rappeler, à ce sujet, quelques mots assez clairs du rapport de Beugnot : « Les vides faits dans le corps des instituteurs primaires par le calcul et l'égoïsme seraient comblés par le dévouement ». Le ministre intervient, à ce moment du débat, et après s'être félicité de l'accord établi entre la Commission et le gouvernement, propose un léger changement de rédaction, qui consiste à exiger, pour que la
1. Amendement FayoUe : « Tout département sera tenu d'entretenir une École normale primaire de garçons, sauf exception autorisée par le ministre de l'instruction publique. »
Amendement Lagarde : « Il y aura dans chaque département une École normale primaire entretenue aux frais du déparlement. »
Amendement Monet : a Les départements pourvoient au recrutement des instituteurs communaux en entretenant des élèves-maîtres, soit dans les écoles primaires désignées par le recteur sur l'avis du Conseil académique, soit dans le.s Kcoles normales créées en subvention par le département. »
« Plusieurs départements peuvent être autorisés par le président de la Uépiibliiiue à se réunir pour l'entretien d'une hrole normale. »