DÉBAT SUR LES ÉCOLES NORMALES
décision du Conseil général devienne exécutoire, l'approbation du ministre*. Cette déclaration détermine ce que le Moniteur appelle « un mouvement prolongé en sens divers ». Elle fait même sortir du silence où il s'est obstinément enfermé depuis la mise en train de la loi Falloux, l'ancien président du conseil des ministres qui a proposé cette loi, Odilon Barrot ^. Il s'écrie, avec un accent de regret : « Vous détruisez la transaction, comme cela ! » Enfin, le rapporteur souligne la divergence qui se produit entre le ministre et la Commission. Celle-ci n'entend pas suboi'donner la décision du Conseil général à celle du ministre, même prise en Conseil supérieur... Montalembert et plusieurs membres de la Commission s'écrient qu'ils persistent dans leur sentiment et maintiennent leur texte. Le ministre, piqué, sans doute, de voir naître une opposition si vive de la part de la Commission, alors qu'il avait parlé de sa formule « à quelquesuns de ses membres, qui lui avaient paru l'accepter, » prend la défense des iUîoles normales, à la vive et fort agréable surprise de la gauche. Non pas de toutes les Ecoles normales : il admet qu'il y en ait de mauvaises, mais il ne croit pas « si l'on prend la masse, que Ton puisse dire que les Ecoles normales sont mauvaises ». Puis il donne les raisons qui justifient l'intervention du ministre, même après que le Conseil général aura prononcé la suppression. Il invite, d'ailleurs, la Commission à en conférer de nouveau avec lui. Le rapporteur ne relève pas cette offre. La clôture de la discussion est demandée, et prononcée. On va voter, lorsque le
\. « Les Écoles normales pourront être supprimées, suit par une décision du Conseil général du département approuvée par le ministre, soit par... » Un instant plus tard le ministre rectifie lui-môme « approuvée par le ministre en Conseil supérieur ».
2. «Je n ai pas besoin de dire que je ne fus nullement tenté de me mêler à cette discussion : je ne partageais ni les illusions des uns, ni les craintes exagérées des autres. Je savais très bien que de pareilles questions sont bien plus gouvernées par les circonstances, par les mœurs, par les influences de l'opinion que par la loi; et que, d'ailleurs, la loi qu'on faisait était bien plutôt une trêve- très éphémère qu'un traité définilif. » 0. Barrot, Mémoires posthumes, t. IV. p. 13.
ministre, de la façon la plus imprévue, vient déclarer « que le contrôle financier du gouvernement pourra suffire au besoin », et qu'il renonce à la disposition additionnelle qu'il a présentée. Le Moniteur constate, outre des exclamations diverses, une « longue agitation ». L'Assemblée avait le droit, en effet, d'éprouver quelque surprise. Elle venait de voir le ministre modifier, en séance, un texte accepté d'abord par lui, introduire dans ce texte une modification importante et improvisée, convier la Commission à une entente ; devant son refus, prendre en quelque sorte, l'ofiensive contre elle, en déclarant que les l!x;oles normales ne méritaient pas tous les reproches qui leur avaient été adressés; puis, brusquement, battre en retraite, et sous un prétexte très léger, renoncer à une disposition qui, quelques minutes auparavant, lui semblait indispensable. Quoi qu'il en soit de cet incident dont les causes n'apparaissent pas nettement, le nouvel article 34 pouvait être considéré comme moins funeste aux Ecoles normales *. C'est le second changement appréciable et constituant une sorte de satisfaction pour l'opinion libérale, qui ait été introduit dans le texte de la loi, au cours du débat public. Encore était-ce une satisfaction plus apparente que réelle. Tout dépendait, pour les Ecoles normales existantes, des dispositions du ministre, et de celles d'un Conseil supérieur qui n'existait pas encore.
Le titre III du projet de loi (enseignement secondaire) a donné lieu à un moindre nombre d'amendements ayant une portée politique. Mais il a donné lieu à un amendement qui, à lui seul, devait faire plus de bruit, soulever plus d'orages dans l'Assemblée, que tous les autres ensemble : l'amendement Bourzat, dirigé contre les jésuites.
1. L'amen dément Lagarde : « 11 y aura dans chaque département une Kcole normale primaire entretenue aux frais du d^^partement » est repoussé par 430 voix contre 192.