‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 276 sur 334 · Voir plus haut, p. 142 et suivantes · texte numérisé non relu

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3. « Nous respectons la liberté de l'esprit humain (rires ironiques à gauche). Oui. nous la respectons, assurément. C'a été un puissant et déplorable p:énie que Spinoza. S'il .existait aujourd'hui, nous ne voudrions pas, par respect pour la liberté de l'esprit humain, lui interdire le droit de faire un livre ; mais nous n'en ferions pas un professeur, et nous approuverions le ministre qui l'aurait destitué. » (Murmures à gauche; approbation marquée à droite). MoniL, p. 6p8.

ironie singulière, Thiers et Montalembert avaient sauvé l'enseignement philosophique.

Ce n'était là qu'une escarmouche. La grande bataille allait se livrer à propos de l'article 65 du projet * . Le représentant Bourzat avait déposé, avec plusieurs de ses collègues, trois paragraphes additionnels, destinés à exclure du bénéfice de cet article les membres des congrégations religieuses non reconnues par l'État^. Invité à soutenir son amendement, il prononça un discours assez bref, mais de la plus grande vivacité, contre les jésuites et leur enseignement. Les congrégations, expliqua- t-il, ne sont pas la religion, et ne doivent pas être confondues avec l'Église. D'institution purement humaine, elles ont été — l'histoire le prouve — l'instrument de certaines passions, de certains intérêts ; un moyen d'influence et d'enrichissement, de puissance et d'usurpation. Les jésuites — l'orateur les prend bientôt à partie — ^ ont été proscrits par tous les régimes, qui n'ont pas voulu laisser humilier, affaiblir leur autorité. Ils ont été frappés par la Restauration elle-même. C'est la preuve qu'aucun gouvernement ne saurait s'accommoder de leur présence dans le pays et de leur action. Après la Restauration, la monarchie de Juillet a maille à partir avec eux, et c'est sur la motion de Thiers lui-même, que, par son ordre du jour du 3 mai 1845, la Chambre engage le gouvernement à faire prévaloir les maximes de l'ancien droit public... Sans doute, la Constitution nouvelle garantit le droit de s'associer : mais

1. a Art. 65. Tout Français âgé de vingl-cînq ans au moins et n'ayant encouru aucune des incapacités comprises dansTarticle 2i de la présente loi, pourra former un établissement d'enseignement secondaire, sous la condition de déposer, entre les mains du recteur de l'académie où il se propose de s'établir, les pièces suivantes, etc... »

2. « Nul ne pourra tenir une école publique ou libre, primaire ou secondaire, laïque ou ecclésiastique, ni môme y être employé, s'il fait partie d'une congrégation religieuse non reconnue parTEtat.

« Aucune congrégation religieuse ne pourra, d'ailleurs, s'établir que dans les formes et sous les conditions déterminées par une loi spéciale.

« La discussion de cette loi devra être précédée de la publication des statuts de la congrégation et de leur vérification par le Conseil d'État qui donnera son avis. »

à qui? aux citoyens, aux Français qui se réunissent en groupements « dont l'organisation, le point d'appui, le chef et les membres sont dans la cité ». Or, les congrégations^ sont souvent formées d'hommes qui « abjurent toute nationalité pour, ne reconnaître qu'un chef étranger, demeurant à l'étranger, s'inspirant des passions, des intérêts, de la politique de l'étranger ». Puis, l'orateur dirige une vive attaque contre les théories des jésuites sur la famille, sur la propriété, sur la morale. Il apporte à la tribune des citations, des casuistes, qui ne sont pas toutes neuves. Quelques-uns de ses amis de gauche disent volontiers : « Qu'on nous donne la liberté d'association, nous ne craignons pas les jésuites! » L'auteur de l'amendement répond : « Il est certain que vous, n'aurez pas la liberté d'association : laissez-moi craindre les jésuites ! » Et il termine en s'abritant derrière un mot connu, et repris, il n'y a pas si longtemps, par un jurisconsulte S dont le silence doit être considéré, en cette occasion, comme un malheur : « Je crains cette épée dont la poignée est à Rome, et la pointe partout ».

L'argumentation de Bourzat n'était pas, elle-même, de nature à fortifier beaucoup sa thèse. Elle devait appeler, d'autre part, une protestation de la part du représentant le plus qualifié de l'Eglise dans l'Assemblée, l'évêque de Langres. Et cette protestation fut ce qu'elle pouvait être, venant d'un homme fort habile.

L'évoque de Langres expliqua, dans le langage sobre, précis, et assez prenant, dont il savait si bien user, que l'Eglise avait vécu avant les jésuites et qu'elle pourrait encore vivre sans eux, mais que les jésuites enseignent ce que l'Egliseenseigne elle-même. Nous ne sommes pas « assez lâches » déclara-t-il, pour séparer, dans cette occasion, notre cause de la leur. Nous ne les livrerons pas « comme la rançon des avantages, quels qu'ils soient, que la loi pourrait nous promettre ». Une agitation « prolongée » succède à cette courte déclaration.

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