‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 295 sur 334 · INTERVENTION DE ROME · texte numérisé non relu

INTERVENTION DE ROME

boration et de la discussion du projet de loi sur la liberté de l'enseignement, qu'il a vu « avec une bien vive satisfaction les améliorations » qui y ont été apportées, et qu'il n'ignore pas qu'il existe, dans Tépiscopat, « quelque divergence d'opinion » soit à propos de la surveillance des petits séminaires, point sur lequel « certaines prescriptions de la loi s'éloignent de celles de l'Eglise », soit à propos de la participation des évoques au Conseil supérieur, disposition qui peut sembler « peu convenable à la dignité épiscopale », puisque, suivant la loi, des ministres protestants et un rabbin siégeront dans ce même Conseil, soit enfin à propos de l'établissement, même provisoire, d'écoles mixtes, qui peuvent « inspirer des inquiétudes aux consciences des familles catholiques ». Après mûr examen de ces questions, et après avoir pris l'avis d'une congrégation spéciale, le Saint-Père a décidé que l'Eglise doit assez souvent « dans l'intérêt même de la société chrétienne, supporter quelque sacrifice ». La société se trouve placée dans des circonstances critiques. Il faut la sauver. Pour la sauver, l'union est indispensable dans le clergé. Le Saint-Père conjure « tous les bons » de faire preuve de patience, et de rester unis. L'union seule permettra de tirer de la loi les avantages qu'elle peut donner, et d'en préparer l'amélioration. Il est sûr, d'ailleurs, que « ceux des évêques, qui, par le choix de leurs collègues, siégeront dans le Conseil supérieur de l'instruction publique » feront tout leur devoir. Il était impossible de dire plus nettement que le pape désirait voir les évêques de France se soumettre à la lettre et à l'esprit de la loi. Après la publication des instructions du nonce, il devenait impossible à YUnivers de s'obstiner dans sa campagne. Aussi déclare -t- il qu'il s'abstiendra désormais de toute opposition, et qu'il saura obéir aux directions de Rome\

1. Un autre journal religieux, le Moniteur catholique, ayant voulu persévérer dans l'opposition, VUnivei^s lui fit comprendre que la cause était entendue. Et ce journal cessa de paraître. Veuillot, Histoire du parti catholique {Mél., 1, p. 476.)

Les évêques, de leur côté, se calment. Quelques-uns des plus animés font parvenir à Montalembert des assurances de ralliements La lutte, de ce côté, était terminée. Mais il avait fallu, pour qu'elle prît fin, que Rome parlât, et, jusqu'au mois de mai 1830, Rome n'avait rien dit. Or, il n'est pas dans ses usages d'attendre indéfiniment, quand elle croit que l'intérêt de l'Eglise ne s'accommode pas du silence. L'évêque de Langres, dans une lettre à Montalembert du mois d'avril 1830, sur la « part que peuvent prendre les laïques aux affaires de l'Eglise », rappelant la hâte avec laquelle les grands journaux avaient pris parti contre la loi, la comparait avec la prudence de Rome, qui, sollicitée depuis longtemps, s'était longtemps aussi abstenue de répondre. Et il citait un exemple curieux de la décision avec laquelle Rome agit, en d'autres cas, où il lui semble qu'une intervention rapide est nécessaire S Dans ce cas, Rome avait temporisé à dessein, résistant aux suggestions qui lui venaient des adversaires de la loi, et finissant par céder à celles de Montalembert, par esprit politique, et, très probablement, par goût pour cette transaction d'où il semblait, non sans motif, que l'on pouvait attendre des résultats heureux.

Les auteurs de la loi demeurèrent persuadés non seulement qu'elle n'aurait pu être différente ^, mais même que, si les circonstances en avaient retardé l'examen et la discussion de quelques mois, de quelques semaines, elle n'aurait pas été volée. On sait, en effet, que l'attitude du prince-pré-

1. Lettres des évoques de Dijon et de Poitiers à Montalembert, citées par Lecanuet, t. Il, p. 495.

2. « On se rappelle que le 26 mai 1848, le minisire de la justice vint à la tribune nationale présenter un projet de loi pour le rétablissement légal du divorce. Le 10 juin suivant, trois lettres assez longues, signées par Pie IX lui-même, partaient de Rome, pour les trois évéques membres de l'Assemblée constituante et venaient nous e.xhorter dans les termes les plus énergiques, à combattre celle proposition. Ornons n'avions ni écrit, ni fait rien écrire à Rome ». Correspondant, t. XXV'I, p. 67, note.

3. E[ « qu'une exigence de plus, une concession de moins [en] entraînaient h' rejet ». De Mehin, II, p. 78.

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