Le représentant Repellin
i'ocèaston d'une réplique, où il a placé une de ces provocations froides et calculées dont il était coutumier. a J'ai dit que le retrait du projet de M. Camot était un acte de franchise; eh bien, je veux que la discussion soit aussi, en ce qui me concerne, un acte de franchise! » Et il demande à l'Assemblée, si elle a, « sérieusement, irrévocablement » l'intention de faire la loi organique sur l'enseignement? Cette allusion à la mort prochaine de l'Assemblée soulève un tumulte. La gauche réclame le rappel à l'ordre. Le ministre, au milieu du bruit, s'écrie alors : « Celui qu'il faut rappeler à l'ordre, ce n'est pas moi ; c'est le membre de l'Assemblée qui, usant de son droit d'initiative, a déposé hier une proposition tendant à réduire à cinq le nombre des lois organi^ ques, et qui n'y comprend pas la liberté d'enseignement. » Le ministre visait la proposition Râteau. Le coup était direct, et très sensible. M. de Falloux, une fois le calme rétabli, continue en disant que cette proposition ou toute autre du même genre, peut venir à être votée; que le ministre de l'instruction publique se trouvera pris alors au dépourvu, si, l'Assemblée constituante renonçant à légiférer elle-même sur l'enseignement, il ne s'est pas mis en mesure de préparer, et de présenter une loi . Enfin à supposer même que la Constituante légifère sur l'enseignement, elle fera une loi générale, et non une loi « administrative et spéciale ». Il y aura toujours des points de détail que le ministre sera appelé à trancher. Il doit s'y préparer. Quant à l'accusation d'avoir pris une mesure réactionnaire en retirant le projet Carnot, les noms des membres de la Commission nommée par le ministre y répondent victorieusement. Et comme un membre interrompt, pour dire qu'en effet, ces noms parlent assez haut, mais dans le sens opposé à celui que le ministre veut dire, M. de Falloux riposte en citant le nom très respecté de Bûchez, qui avait été le premier président de la Constituante : Bûchez, en effet, était un républicain très respectable, seulement, huit jours plus tard, il avait cessé de faire partie de la Commission.
L'Assemblée se trouve finalement en présence de deux propositions, Tordre du jour pur et simple^ et un ordre du jour de blâme, bientôt retiré. Uordre du jour pur et simple est voté. Le cabinet l'emporte à une assez forte majorité*. Maïs tout n'est pas fini. Pascal Duprat reprend, sous une autre forme, la proposition Repellin. Il demande que TAssemblée inscrive à son ordre du joiur du lendemain l'élection, dans les bureaux, d'une Commission chargée de préparer la loi organique de l'enseignement. Il se défend d'aucune pensée d'hostilité systématique contre le cabinet, mais il convie l'Assemblée à maintenir son droit, en exécutant le décret qu'elle a antérieurement voté, et qui jusqu'à nouvel ordre, subsiste.
L'Assemblée va-t-elle voter sur cette motion, et, après avoir donné au cabinet l'avantage dans un premier scrutin, va-t-elle le mettre en minorité? Une intervention que rien ne semblait présager, bien qu'elle fût réglementaire, l'intervention du président, clôt la journée par une sorte de coup de théâtre pacifiant. Armand Marrast avertit ses collègues « qu'avant ce débat », chargé de par sa fonction de veiller à l'exécution des décrets de l'Assemblée, il avait spontanément mis à l'ordre du jour de demain l'élection de cette Commission. Il n'y avait plus lieu à voter. On s'étonnera peut-être que le président ait laissé se développer un débat auquel il lui était si facile de mettre fin, dès le premier instant. Mais il ne devait pas déplaire à Armand Marrast que M. de Falloux — et le cabinet tout entier, à cause de M. de Falloux — eussent un mauvais moment à passer. M. de Falloux au surplus veut avoir le dernier mot. Il déclare qu'il n'a pas la moindre objection contre la motion de M. Pascal Duprat. Le vote de l'ordre du jour pur et simple a donné satisfaction au gouvernement. Le gouvernement trouve naturel que le vote de la motion Duprat donne « une satisfaction parallèle à l'Assemblée ». Cette déclaration était