‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 57 sur 334 · REJET DE L'AMENDEMENT BOUBÉE · texte numérisé non relu

REJET DE L'AMENDEMENT BOUBÉE

sommes tous compétents! » Invité par le président à ne pas répliquer aux interrupteurs, il rappelle que la Commission s'est tracé un programme irès réduit^ qu'elle a simplement posé « deux ou trois principes d'une importance capitale ». Si la loi était votée, il en résulterait un grand bien, et un « très grand honneur pour l'Assemblée nationale ». Il croit donc que tous ceux qui ont à cœur « les intérêts de l'intelligence », et tous ceux qui voudraient « laisser quelque chose de noble et de grand », devraient « au moins hésiter avant de condamner, une seconde fois, un second travail fait par l'Assemblée elle-même sur les intérêts de l'éducation publique ». Quelques très bien! soulignent cette déclaration un peu froide, un peu molle. Le président consulte l'Assemblée. On réclame, à l'extrême gauche, le scrutin de division : il y est procédé. Par 458 voix contre 307 l'Assemblée repousse l'amendement Boubée.

La majorité se compose de deux éléments. D'abord, des républicains, qu'on aurait pu croire plus pressés, depuis Barthélémy Saint-Hilaire et Coquerel jusqu'à Bixio, Lanjuinais, Louis Reybaud, de Tracy, Waldeck-Rousseau; puis, tous les réactionnaires de l'Assemblée, et, en particulier, ceux qui avaient pris, ou qui devaient prendre une part très active aux travaux et aux débats de la Législative sur la liberté d'enseignement, les Montalembert, les de Falloux, les Parieu, les Parisis. Ceux-ci voulaient réserver à M. de Falloux l'initiative de présenter, et à la Législative l'honneur de voter la loi sur la liberté de l'enseignement. Leur attitude est donc plus facile à comprendre que celle des républicains. Pour expliquer celle des républicains, il faut invoquer les raisons d'ordre général, tirées de la situation politique, du découragement de l'Assemblée qui se voyait dans l'impossibilité de durer.

Il est, à certains égards, plus surprenant que, de mars 1848 à janvier 1849, l'Assemblée nationale ne se soit pas occupée plus activement des questions d'enseignement. Cependant, si l'on tient compte des difficultés auxquelles

elle eut à faire face, des graves événements de politique générale avec lesquels elle s'est trouvée aux prises, du travail nécessité par la préparation et le vote de la Constitution, et enfin du mode même d'existence qui était le sien, on s'explique mieux que cet intérêt, si grave qu'il fût, soit demeuré en suspens.

Peu de semaines se sont écoulées entre le rejet de l'amendement Boubée et les élections à la Législative. Ces semaines ont été remplies par des événements et par des préoccupations qui n'ont laissé à la Constituante ni le loisir ni la disposition d'esprit nécessaires pour s'occuper des choses de l'enseignement. On ne peut pas dire, pourtant, qu'elle les ait entièrement sacrifiées, ni qu'elle ait laissé volontairement dans l'ombre ses intentions, ses idées directrices à ce sujet. Les documents, qui ont été étudiés dans ce chapitre et dans les chapitres précédents, prouvent, jusqu'à l'évidence, que la Constituante, si elle en avait eu le temps, eut établi la liberté d'enseignement dans l'ordre primaire et dans Tordre secondaire ; une liberté pleine, entière, loyale, sans autre condition que la surveillance de l'Etat. Ni le monopole, ni le certificat d'études, ni l'ancien Conseil de l'instruction publique ne comptaient, dans les rangs de la Constituante, assez de défenseurs pour qu'à aucun moment, la cause de la liberté eût pu être mise en péril. En revanche, l'enseignement universitaire n'était pas suspect à la Constituante, et, en organisant la liberté, elle n'eût pas songé à diminuer l'Université. C'est seulement du côté de l'école primaire et de l'instituteur qu'une certaine inquiétude se faisait jour, chez elle, ainsi qu'en témoignent le projet de décret sur l'enseignement primaire et le rapport Barthélémy Saint-Hilaire. Elle eût pris, contre l'école, contre l'instituteur public, certaines précautions. La belle confiance qui animait les auteurs de la loi de 1833 n'existait plus, il faut

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