LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT A LA VEILLE DES ÉLECTIONS
le reconnaître, chez le législateur des derniers mois de 1848 et des premiers mois de 1849. Cependant, ces impressions si vives à cette date, et dont on n'a pas cherché, dans les pages qui précèdent, à diminuer Timportance, étaient encore mesurées et discrètes à la Constituante. Elles n'eussent pas conduit cette Assemblée à des mesures du genre de celles qui paraîtront toutes naturelles à la Législative.
En somme, au moment où vont avoir lieu les élections générales, la Constituante laisse une sorte de testament philosophique en matière de liberté d'enseignement. Les Commissions nommées par M. de Falloux, en janvier 1849, sont au travail. Mais leur travail préoccupe fort peu l'opinion, qui a d'autres soucis. Seul, le petit groupe des hommes qui, aux côtés de Montalembert, font campagne, depuis des années, pour la liberté d'enseignement, tient un œil ouvert de ce côté. Les Comités catholiques, en province, servent de cadre aux forces réactionnaires, dans la lutte électorale. Montalembert, qui les a créés, s'adresse à eux, pour les inviter à soutenir les candidats de « l'ordre », quel qu'ait pu être leur passé politique, et quand bien même ils auraient été autrefois des adversaires de l'action catholique. Il ne met qu'une restriction à ce conseil : s'il existe encore — hypothèse, dit-il lui-même, peu vraisemblable — dans les rangs du parti de l'ordre des hommes qui « s'obstinent à tenir la vérité captive, et à empoisonner les sources de cette instruction publique que la Constitution a affranchie de tout monopole », s'il existe de pareils hommes, « nous ne vous demanderons jamais d'appuyer leur candidature, et votre main devrait se sécher plutôt que d'inscrire leur nom sur votre bulletin ^ » On posera donc une seule condition aux candidats qui demanderont l'appui des Comités catholiques : c'est qu'ils soient partisans de la liberté d'enseignement.
i. Circulaire du Comité électoral de la liberté religieuse. Citée par Lecanuet, Montalembert, II, p. 430.