De Melun, H, p
décida d'entendre quelques laïques et ecclésiastiques particulièrement compétents : deux inspecteurs généraux de Tinstruction publique, MM. Magin* etRitt*; M. Girard, conseiller de rUniversité, et président de la section du contentieux de ce Conseil ; un inspecteur de l'enseignement primaire, M. Rapet'; un ancien recteur de l'Académie de Caen, l'abbé Daniel ; enfin, le supérieur général des frères des écoles chrétiennes, et celui des filles de la Charité.
L'enquête a été « dirigée » par le président de la Commission*. Peut-être est-il inévitable qu'il en aille ainsi, quels que soient l'enquête, la Commission et le président. Mais Thiers l'a expressément avoué. A une séance où il rencontrait, de la part des amis de Montalembert et de Falloux, une opposition très vive, il s'est écrié « Allons ! toujours la guerre! J'aurai dû alors soutenir les instituteurs primaires;
1. Magin, ancien professeur d'histoire, était inspecteur supérieur de renseignement primaire depuis le 12 nov. 1846 ; il devinj recteur de Seineet-Oise en 1852.
2. Ritt (1801-1864), ancien élève de l'Ecole normale, inspecteur des écoles primaires de la Seine (1836), puis inspecteur supérieur de l'enseignement primaire (1846) a laisse la réputation d'un pédagogue de valeur, non tant à cause de ses manuels de mathématiques, que pour avoir le premier introduit le chaut et le dessin linéaire dans les programmes de renseignement primaire. Cf. Dictionnaire de pédagogie. H, p. 'J617.
3. Bapel (1805-1882), appelé par Guizot en 1833 à la direction d'une Ecole normale, puis inspecteur primaire et inspecteur général, venait de publier (1847) dans les Comptes-rendus de l'Acad. des se. morales, un Mémoire sur VEtat et les besoins de Vinstruction primaire^ où il réclamait pour les instituteurs un traitement moyen de l.OÛO francs. Il avait contribué à répandre en France les méthodes du P. Girard. Son nom est resté attaché à une fondation presque célèbre aujourd'hui, le Musée pédagogique^ projeté par lui en 1871 sous Jules Simon, et réalisé par lui en 1879, sous Jules Ferry. CL, Dict. de pédag., Il, 2538.
4. La publication de M. de Lacombe est très brève, sur l'enquête (p. 58-72) et surtout elle la présente comme ayant fait éclater l'accord des universitaires et des non-universitaires. Il se trouve que les notes inédites de Dubois sont relativement assez amples sur l'enquête. C'est d'après ces notes que j'essaye ici d'en retracer les traits caractéristiques.
j'aurai dû, au lieu de faire t enquête contre M. Coiisiny la faire contre vous ' ! » L'enquête a donc été faite contre Cousin^ défenseur de l'Université, défenseur même de l'instituteur primaire. L'enquête a eu, de l'aveu de l'homme qui Ta dirigée (et Ton verra plus loin qu'il ne s'est pas fait faute de secouer certains témoins pendant leur déposition) , pour objet de confirmerque l'instituteur, l'école normale primaire, méritaient tout le mal que Thiers avait dit d'eux, que les relations entre le clergé et l'école étaient devenues intolérables, et elle a eu aussi pour objet de s'assurer si le clergé était en mesure ou en humeur d'accepter la charge de l'enseignement primaire « tout entier ». Tels ont été les deux objets de l'enquête.
Sur le troisième point, Thiers a été très vite fixé. Ayant demandé à l'abbé Daniel : « Si l'on abandonnait aux curés le traitement des instituteurs, pourraient-ils se charger de l'enseignement primaire? » il en reçut cette réponse fort déconcertante pour lui. «J'estime qu'il y aurait inconvénient grave à admettre en principe que les curés peuvent se charger de tenir l'école; je ne le concevrais que dans des cas exceptionneR^ quand il s'agirait de communes rurales peu importantes^. » Des dépositions du supérieur des sœurs de la Charité, et du supérieur des frères des écoles chrétiennes ', il ressort également que les deux ordres ne peuvent pas recevoir une extension indéfinie, qu'il y a des limites nécessaires à leur action. Ces constatations doivent déjà être assez désagréables à Thiers. Sur le second point, l'antagonisme du clergé et de l'instituteur, il n'obtient pas non plus tout ce qu'il voudrait obtenir des témoins. Le supérieur des sœurs de la charité déclare que l'ordre a toujours trouvé « appui et reconnaissance » dans l'Université et chez les