Lacombe, p
grave, peut-être, que la loi Falloux devait porter à TUniversité. Dans le Conseil académique, le recteur est une puissance. Dans le Comité départemental (même baptisé du nom bizarre de Conseil académique départemental) le recteur n'est plus rien devant Tévêque. Il faut remarquer la stratégie savante de l'abbé Dupanloup. Il n'attaque pas directement et de front l'autorité du recteur. Oh non ! Il se borne à réclamer, au lieu du Comité d'arrondissement de 1833, un Comité départemental. Oui, mais ce* Comité ne peut fonctionner que s'il est présidé par le recteur. Etablissons donc un rectorat par département! Ainsi, sans violence apparente, l'institution universitaire est démantelée. Elle est livrée à l'Eglise. Le curé tient l'école, on verra plus loin que l'évêque tient le collège ou le Ivcée. Et le Comité départemental, où trônent lésa forces sociales » sous la haute suzeraineté de l'évêque, tient le recteur. Quel rapport entre tout ceci et la liberté d'enseignement? Aucun. On aurait pu organiser la liberté de l'enseignement primaire par la suppression de l'autorisation préalable, du certificat de moralité, du certificat de capacité, et ne pas touchera la surveillance des écoles publiques; ou, si l'on voulait, à toute force, y toucher, en modifiant quelque peu la composition du Comité d'arrondissement. Mais on n'eût ainsi accompli que la moitié de la tâche. On n'eût donné satisfaction ni à Thiers, ni au parti de la défense sociale, rangé derrière lui. Il fallait que les instituteurs fussent mis en suspicion, tenus de court, placés, c'est le mot de Thiers, sous une « main de fer ». Cela importait plus encore que d'établir la liberté. Et c'est ici le point de partage entre l'œuvre de la Commission extraparlementaire et celle de la Législative, et l'œuvre qu'eût accomplie Carnot, qu'eût accomplie la Constituante. Carnot et la Constituante eussent fondé la liberté d'enseignement, sans menacer l'Université, sans la diminuer. La Commission extraparlementaire, et la Législative après elle, tiennent, avant tout, à frapper l'Université.
Il restait à statuer sur la question des Ecoles normales. Thiers en demanda la « suppression absolue' ». N'est-ce pas dans les Ecoles normales que se forment ces instituteurs qu'il se représente comme les ennemis de tout ordre social? Les Ecoles normales prennent à la charrue de tout jeunes villageois, qui seraient restés humbles, obéissants, respectueux, s'ils n'avaient pas quitté le sillon. Mais ils entrent à l'Ecole normale, leurs passions « s'éveillent, et s'excitent mutuellement ». Bientôt, tous, même les meilleurs deviennent « détestables ». Cela est fatal. Que leur offre-t-on, comme récompense à « tant de science? » On ne leur oflfr*e ni gloire, ni argent, mais « quatre cents francs, et le village ». Comment s'étonner, après cela, que « l'esprit démagogique» envahisse toutes les Ecoles normales^?
Elles sont défendues par Poulain de Bossay, qui propose seulement de les transporter hors des villes, la « tendance à l'orgueil » se développant plus aisément à la ville qu'à la campagne. Thiers est implacable. « L'air de la campagne ne fait rien pour ce mal-là' ». Les Ecoles normales sont défendues même par Armand de Melun. 11 propose, très raisonnablement, qu'on laisse au moins le département décider, s'il veut ou non, une Ecole normale primaire ^ M. de Riancey se porte au secours de M. de Melun. Il existe des Écoles normales « satisfaisantes », par exemple celle d'Angers. Déjà, dans l'enquête, il avait été dit, même par des ecclésiastiques, que toutes les Ecoles normales ne méritaient pas les mômes critiques. Qu'importe, répond Thiers. « Je suis ici plus réactionnaire que M. de Riancey. La suppression des Ecoles normales primaires, c'est le seul remède efficace : il faut résolument la prononcer. » C'est une mesure « hardie », dans l'état de l'opinion, c'est une mesure « d'une audace inouïe ». Pourtant Thiers la réclame,