Michel, p
part on n’en peut méconnaître l'importance, mais dans un pays de suffrage universel, on peut le regarder comme le pronostic de l’avenir de la nation». Et revenant encore à ce propos à la question de la surveillance des écoles primaires il écrit : « Nous avons voulu, je le répète, placer la surveillance plus près et le contrôle plus haut; nous avons confié au maire, au curé, au pasteur, la responsabilité de l’école qu'ils ont sans cesse sous les yeux, nous avons remis au chef-lieu de département où se trouvent en présence... le recteur, l’évêque et Le préfet la responsabilité de ces surveillants eux-mêmes »?2.
Le choix des instituteurs par les conseils municipaux est ainsi justifiée : «c’est conserver, en outre, à l’enseignement primaire son caractère communal que tous les projets qui se sont succédé ont maintenu ; c’est respecter dans le père de famille le droit d'intervenir pour le choix de celui qui le remplace auprès de ses enfants ».
Enfin la question de l’enseignement religieux et de la place de la religion en général donnent lieu à cette déclaration : «Le temps n’est plus, grâce à Dieu, où l’on faisait à la religion l’insulte de croire que, complice de l'ignorance, elle servait d’instrument docile à tous les gouvernements. Nous voulons que la religion ne soit imposée à personne mais enseignée à tous. Les amis de l’ordre et les amis de la liberté l’invoquent également. Assignonslui franchement sa place, sachons dire qu’en elle aussi nous cherchons le secret de la liberté, de l’égalité et de la fraternité véritablement pratiquée ». Et M. de Falloux de dévoiler plus nettement encore ses intentions : « Mais pour que la religion communique à l’éducation sa puissance, il faut que tout y concoure à la fois, et l’enseignement, et le maître. C’est le but que nous avons tâché d’atteindre, surtout qu’on peut le faire par des mesures législatives, en confiant au curé ou au pasteur la surveillance morale de l’école primaire »4.
Ce passage de l’exposé des motifs démontre bien que c’est
Michel, p. 474.
Michel, p. 475.
Michel, p. 476.
Michel, p. 478.
une pénétration complète de l’enseignement par l'esprit de la religion catholique qu’on attend de la loi. C’était donc bien «une campagne de Rome à l’intérieur »,
20 Les partisans et les adversaires. -
A.— La publication du texte du projet de la loi au Moniteur du 22 juin 1849 en amena la discussion devant l’opinion publique. En tête des défenseurs de la loi, le journal l’ Ami de la religion de l'Abbé Dupanloup. Il publie l’argumentation favorable à la loi Falloux : les petits séminaires affranchis, le certificat d’études, l’autorisation préalable abrogés : toutes exigences de grades abolies (sauf pour le chef de l’établissement libre), liberté des méthodes et des règlements, admission à l’enseignement des congrégations non autorisées, voilà les conquêtes faites en matière d’enseignement secondaire. Sont-elles sans valeur et sans portée ? Dans le principe, les écoles normales «si dangereuses, si puissantes pour le mal » disparaissent ; l’insti- . tuteur communal est révocable, les religieuses sont dispensées du brevet. L'enseignement du peuple est en fait remis à l'Eglise. «Il n’y a plus ni corruption, ni hiérarchie, ni gouvernement universitaire »; la société s’est substituée à l’Université « dans la haute direction de l’enseignement ». C’est «le clergé de France, avec toutes ses forces les plus élevées, les plus libres, les plus puissantes, qui est invité par l’Etat lui-même et par les grands pouvoirs de la nation à venir au secours de la société menacée, en demeurant d’ailleurs dans toute la plénitude de ses droits »1.
Le journal avoue cependant que c’est une transaction entre l'Eglise et l'Etat, puisque l’article 9 institue une surveillance générale de l'Etat sur tout ordre d’enseignement public et libre. C’est le maximum de ce que l'Eglise pouvait espérer à l’époque.
B. — Parmi les journaux adversaires de la loi, en première ligne l'Univers d’Eugène Veuillot, entame une campagne ardente d'autant plus dangereuse qu’elle s’adressait aux catholiques intransigeants, au haut clergé. « Il est urgent de vaincre, il n'est pas urgent de transiger ». L'Université n’est pas vaincue,
1. Cf. Ami de la religion, n° des 23 et 27 juin et du 5 juillet 1849.
elle continue à conférer les grades et à surveiller l’enseignement. Le clergé pourra créer des établissements universitaires ; or «qu'avons-nous demandé toujours et unanimement ? la liberté. Que nous offre le projet ? Une faible part du monopole, ii n’institue pas la liberté »1. Cette campagne ne cessa que sur l’intervention de Rome. L’épiscopat catholique se partagea en deux camps reflétant ainsi la campagne de l'Univers et de l’ Ami de la religion. L'intervention de Rome réduisit les évêques hostiles à la loi au silence.
L'attaque du projet est non moins vive du eôté gauche. Dans la revue des universitaires La liberté de pensée, Jules Simon soutient qu’au lieu que le projet de l’Assemblée Constituante «organisait la liberté », celui de M. de Falloux ne fait que « détruire l’Université laïque et poser timidement, maladroitement les premières bases d’une Université cléricale »?. Conclusion curieuse par laquelle il se rencontre avec les adversaires catholiques de la loi.
Les consistoires protestants de leur côté se montrèrent très frappés de la prépondérance que le projet créait partout au culte catholique. Plusieurs protestèrent contre les pouvoirs trop étendus des nouveaux conseils académiques et la représentation insuffisante du culte protestant. Le consistoire de Strasbourg notamment demandait le maintien des comités locaux et d'arrondissement créés par la loi de 1833. D’autres prenaient la défense des écoles normales menacées par le projet ?.
C. — Il est intéressant, d’autre part, de rapporter la répercussion de la loi au cours de la session d’août 1849 des conseils généraux 4 Celui de la Moselle insistait sur la nécessité de la surveillance de l'Etat. Celui du Haut-Rhin était préoccupé par l’organisation d’académies départementales, susceptibles, d’après lui, d'entraîner des dépenses considérables et, cet inconvénient de « nuire à l’unité de l’enseignement ». Le maintien des écoles normales était demandé par le conseil général du Bas-