‹ La Loi Falloux et Son Application en Alsace et LorraineChapitre 17 sur 110 · DANS L’ORDRE DE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE · texte numérisé non relu

DANS L’ORDRE DE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE

A.— Du point de vue des autorités et du statut organique des écoles, une tendance à centraliser entre les mains de l'Etat la direction et l'administration de l’enseignement s'était affirmée et surtout concrétisée depuis 1852 par le rôle dévolu au préfet

devenu, en fait, chef de l’enseignement primaire. Le préfet nommait les instituteurs et était assisté d’un conseil départemental qu’il préside. Les autorités chargées de contrôler l’enseignement étaient des délégués communaux (maire et ministres du culte) et des délégués cantonaux représentant la famille dans l’école. Des inspecteurs primaires (4 dans le Bas-Rhin, 4 dans le Haut-Rhin, 4 dans la Meurthe et 3 dans la Moselle} avaient pour rôle d’inspecter les instituteurs au point de vue des méthodes d'enseignement et de contrebalancer assez souvent les avis défavorables des délégués cantonaux jugeant trop souvent l’instituteur plutôt d’après sa couleur politique que sur ses capacités pédagogiques.

L'école était toujours payante en principe malgré les efforts faits par Duruy, puis par Bourbeau pour rendre l'instruction primaire gratuite. Elle était, d'autre part, confessionnelle dans l'immense majorité des communes. En 1863 le Haut-Rhin avait 719 écoles catholiques, 380 écoles protestantes et 9 écoles israélites et seulement 6 écoles non confessionnelles. Pareille confessionnalité strictement appliquée devait, du reste, finir par entraîner une trop grande multiplicité d’écoles et minimiser la population scolaire les fréquentant. L'enseignement libre était représenté en 1870 dans le Haut-Rhin par 131 écoles, 86 dans le Bas-Rhin et 87 dans la Moselle; il est au surplus remarquable que les trois départements n’eussent pas eu recours dans une aussi forte proportion que les autres aux facilités ménagées par la loi Falloux à la création d’écoles libres : les préférences des Alsaciens et des Lorrains allaient aux écoles publiques. |

B.— Les catégories d'écoles de l’enseignement primaire étaient celles instituées par la loi Falloux : écoles élémentaires, salles d’asile, cours d’adultes et écoles normales.

a) En 1870 existaient 1.000 écoles élémentaires dans le Haut- Rhin dont 131 libres fréquentées par 88.804 élèves ; dans le Bas-Rhin 1.209 écoles, dont 86 libres, fréquentées par 92.841 élèves ; dans la Moselle, 1.171 écoles dont 87 libres, avec 66.956 éleves. Par suite de l’exécution stricte du principe confessionnel le nombre des établissements scolaires était naturellement assez élevé:

En matière d’écoles mixtes le pays était en progrès sur la loi Falloux, en raison de la réforme introduite par Duruy dans la loi du 10 avril 1867, article 1, imposant la création d’une école de filles à toute commune de 500 habitants, alors que le minimum de la loi Falloux était de 800 habitants ; il ne restait plus que 442 écoles mixtes dans le Bas-Rhin, 233 dans le Haut-Rhin, et 439 dans la Moselle.

b) Les salles d’asiles, introduites dans le Bas-Rhin par une Alsacienne, Louise Scheppler!, s'étaient développées normalement. Dans le Haut-Rhin il en existait 151 fréquentées par 19.000 enfants ; dans le Bas-Rhin 214 dont 22 privées peuplées par 25.000 enfants ; dans la Moselle 100 dont 60 congréganistes, recevant environ 9.000 enfants. Sur ce point aussi on peut constater une faible utilisation des possiblités d'ouverture de salles d’asiles libres, prévue à l’article 57 de la loi Falloux. Celles qui existaient étaient en majeure partie dirigées par des religieuses.

c) Les cours d'adultes, dont l’organisation avait été ébauchée par la loi Falloux (art. 54 à 56) s'étaient beaucoup développés sous l’énergique impulsion du ministre Duruy donnant à cet enseignement un caractère avant tout pratique, adapté aux professions des élèves. Il y avait en 1864, dans lé Haut-Rhin, 22 écoles avec un effectif de 2.219 élèves ; en 1869 dans le Bas- Rhin 247 cours d'adultes avec 2.287 élèves ; en 1868 dans la Moselle 94 cours d’adultes avec 1.685 élèves.

d) Les écoles normales, dont la loi Falloux avait plutôt ménagé la disparition que la création (art. 35 $ 2), subsistaient dans les trois départements : dans le Haut-Rhin une école normale d’instituteurs existait à Colmar ; dans le Bas-Rhin deux écoles normales, l’une d’instituteurs, l’autre d’institutrices fonctionnaient à Strasbourg ; celle d’instituteurs de Strasbourg, fondée en 1810, formait en 1870 1.070 instituteurs sur 1.990. L'Ecole normale d’institutrices protestante de Strasbourg, fondée en 1846 avait 48 élèves en 1870. C'était en ce temps la seule école normale confessionnelle d’Alsace et de Lorraine. En Moselle, l’Ecole nor-

1. Cf, Mie Martha Buch, Louise Scheppler. Oberlins Gehilfin im Steintal. (L'aide du pasteur Oberlin dans la vallée de la Bruche), Leipzig, Edit. Schneider.

male de Metz, non confessionnelle, avait plutôt un caractère laïque assez accusé, le clergé n'étant pas représenté au comité de surveillance ; l'instruction religieuse y figurait pourtant au programme comme dans toutes les écoles normales des trois départements.

C.— Le personnel enseignant était mi-congréganiste, milaïque. |

En 1870 2 00 CONGRÉGANISTES LAIQUES Institu- | [nstitu- > Institu- | [nstitu- Total teurs trices HUE teurs trices Lol général Haut-Rhin . 32% 294 326 411 48 459 785 Bas-Rhin .. 69 560 629 940 244 1.184| 1.813 Moselle .... 24 528 552 838 50 888| 1.440 125 15820 MN507 2180 324 2.531| 4.038

D'après ce tableau, les institutrices congréganistes étaient en majorité pour les écoles de filles, les instituteurs laïques pour l’enseignement des garçons. Nommées par le préfet sur la proposition de l'inspecteur d’Académis, les congréganistes n’avaient besoin que de la lettre d’obédience signée par l’évêque pour être nommées, tandis qu'il fallait le brevet élémentaire aux instituteurs laïques pour obtenir leur nomination.

Un rapprochement des rapports des inspecteurs convainc que les religieuses, en particulier celles de la congrégation de Ribeauvillé, donnaient entière satisfaction au point de vue pédagogique, au lieu que, pour les religieuses enseignantes en Lorraine, un Certain mécontentement s’était fait jour relativement à leur insuffisance pédagogique, traduit par un vœu du Conseil général de la Moselle demandant d’établir l'obligation pour les religieuses d’avoir les mêmes grades que leurs collègues laïquesz

La situation matérielle des instituteurs et institutrices n’était

1. Conseil général Moselle séance, 28 août 1863, P. V., p. 154.

rien moins que brillante. Le traitement des instituteurs s’échelonnait de 700 à 900 fr. après 15 ans de services, celui des institutrices de 400 à 500 fr. Les pensions étaient dérisoires : 126 fr. après 54 années de service : ce qui explique la création d’une société de secours mutuels en 1863.

Leur situation morale souffrait énormément de l'esprit de méfiance des pouvoirs publics à leur égard. Un tempérament démocratique certain coexistait avec une situation matérielle médiocre chez l’instituteur alsacien ; de plus, son étroite subordination aux autorités civiles et religieuses de la commune achevait d’aigrir l’instituteur et l’amenait quelquefois à démissionner pour entrer dans d’autres carrières plus rémunératrices 1.

D. — La question de la fréquentation scolaire était certainement dans la meilleure voie. Aux environs de 1870 de nombreux vœux et pétitions réclamant l’obligation scolaire étaient partis des trois départements. Fait significatif, c’est en Alsace, à Beblenheim, que Jean Macé avait fondéla Ligue d'enseignement, posé les idées, et indiqué le programme d’où devaient sortir plus tard la gratuité, l’obligation et la laïcité de l’enseignement ?. Spécialement, la fréquentation scolaire était soutenue par les ministres des cultes respectifs : un arrêté du Directoire de la confession d’Augsbourg ? ordonnait aux pasteurs « de n’admettre aucun enfant à la première communion s’il ne savait lire et écrire couramment, et s’il n’avait régulièrement fréquenté l’école au moins pendant les deux années qui précédaient sa première communion et sa confirmation ». De son côté l’évêché 4 « recommandait au clergé de tenir la main à la fréquentation des écoles et de n’admettre les garçons à la première communion qu'à 14 ans et les filles à 13 ans ». Tous les milieux, politiques religieux et sociaux, étaient d’accord pour rendre la fréquentation scolaire aussi complète que possible.

E.— La question du bilinguisme qui avait à certains

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