CHAPITRE II
LA STRUCTURE ET LES MODALITÉS DU RÉGIME DE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ET SECONDAIRE
Section I Les écoles primaires élémentaires ë $ 1. — LEUR PERSONNEL A.— Au moment de l’occupation de l’Alsace et de la Lor-
raine par les Allemands, un très grand nombre d’instituteurs et d’institutrices s’expatrièrent pour ne pas avoir à supporter ce joug, malgré qu’à leur retour en France ils ne pussent espérer, pour le début du moins, autre chose que des postes plutôt deshérités. Ceux qui entendirent l’avis formel de M. Thiers « qu’il fallait rester, espérer … » furent rares. Ce mouvement eut fatalement comme conséquences une crise de recrutement et de personnel, et même la fermeture momentanée des écoles normales d’instituteurs et d’institutrices.
Pour le gouvernement allemand la difficulté s’aggravait du fait que ceux qui restaient ne savaient pas assez l'allemand pour enseigner avec fruit cette langue. Le gouvernement fit d’abord tous ses efforts pour avoir des maîtres sachant parfaitement le bon allemand ; ce qui l’obligea, en raison de l’abondance des postes à pourvoir, à faire appel à la Bavière, au pays de Bade, au Wurtemberg et même à faire venir certains des nouveaux instituteurs de la Suisse et du Luxembourg. A la fin de 1872,
d’après M. Delahache!, 26% seulement des fonctionnaires d'Alsace et Lorraine étaient Alsaciens d’origine; en janvier 1873,1e Courrier du Bas-Rhin indiquait la répartition suivante de leurs nationalités d’origine : Prussiens 46%, Alsaciens 26%, Bavarois 9%, pour le reste, Allemands d’autres Etats, Luxembourgeois et Suisses. Fatalement la qualité devait en soutirir ; de telle sorte que M. l'Abbé Winterer était justifié à déclarer au Reichstag : « Dans mon canton, par exemple, nous avons en qualité d’instituteurs un boucher, un aiguilleur de chemin de fer, un ancien sergent et un adolescent de 16 ans et demi. Dans un autre canton deux autres instituteurs se sont sauvés la nuit, en laissant un certain nombre de dettes ». Il s’agissait de remédier au plus vite à cet état de choses et l’idéal était naturellement d’avoir des instituteurs recrutés dans la population alsacienne ?.
B.— A cette fin, le gouvernement employa à la fois des moyens pratiques et pédagogiques. Il prit d’abord des mesures augmentant les avantages de carrière : l’engagement décennal auquel étaient astreints les élèves-maîtres fut rendu quinquennal. Ce qui importait en premier lieu était d'organiser les écoles normales d’instituteurs et d’institutrices ainsi que des écoles préparatoires permettant d’exiger des garanties professionnelles sérieuses.
Un brevet de capacité, institué par ordonnance du 4 janvier 1874%, délivré par une commission d’examen siégeant dans une école normale, devint nécessaire pour avoir le droit d'enseigner dans une école élémentaire. L'examen se passait au terme de la troisième année et comprenait des épreuves écrites suivies d'épreuves orales : les premières sur des sujets d'enseignement religieux, de langue maternelle, de pédagogie, d'histoire, de géographie, de sciences naturelles, des problèmes d’arithmétique et de géometrie, un thème et une version française, enfin, pour certains candidats la mise en harmonie d’un choral ou d’un plein chant grégorien ; les deuxièmes sur la religion, l’allemand, le
1. Delahache, L’Alsace et la Lorraine, Toulouse-Paris, 1917, p. 106. 2. Meister, op. cit., p. 72.