‹ La Loi Falloux et Son Application en Alsace et LorraineChapitre 54 sur 110 · Cf. Das Elsass von 1870-1932, t. 3, p · texte numérisé non relu

Cf. Das Elsass von 1870-1932, t. 3, p

peu par l'Eglise catholique en Alsace et en Lorraine, sous peine de passer pour antifrançais et de faire figure de « Prussiens », reproche parfois adressé aux protestants alsaciens par les milieux catholiques à propos de conflits scolaires !. Toujours est-il qu'aux élections au Reichstag de 1893 J. Preiss fut le seul protestataire élu en tant que tel ; les 14 autres circonscriptions avaient nt nommé deux socialistes, sept membres du Centre catholique et cinq ralliés. La tendance prédominante était celle d’un autonomisme alsacien, d’un désir d'indépendance de plus en plus grand vis-à-vis de l’Empire, dont l’abrogation, le 9 jun 1902, de l’article 10 de la loi du 30 décembre 1871 établissant la dictature ainsi que l'introduction de la Constitution? du 26 mai 1911 prétendit tenir compte au moins en théorie ÿ.

C. — Si ces concessions, plus apparentes que réelles, n’arrivèrent pas à germaniser les Alsaciens-Lorrains, l'affaire de Saverne en 19134 en fut la preuve; elles permirent cependant aux partis catholiques de se développer et d'acquérir peu à peu une situation prédominante en Alsace-Lorraine. Aussi n’est-il pas trop hardi et inexact de dire que l’Alsace et la Lorraine si elles étaient dans leur ensemble aussi attachées à la France en 1918 qu’en 1870, elles avaient cependant évolué considérablement au point de vue politique : les partis catholiques ultramontains avaient succédé aux partis de la bourgeoisie libérale

1. L. Meister, L'enseignement secondaire en Alsace-Lorraine, p. 143.

2. Cf. P. Heitz, Le droit constitutionnel d’Alsace-Lorraine, thèse, Nancy, 1911. V. aussi Carré de Malberg, La condition juridique de l’Alsace-Lorraine, Revue de droit public, 1914, p. 5 et suiv. V. aussi R. Redslob, op. cit., v. Conclusion.

3. Cette constitution remettait le pouvoir exécutif aux mains d’un statthalter nommé par l'Empereur et assisté par un secrétaire d'Etat et de sous-secrétaires d'Etat. Le pouvoir législatif était exercé par deux Chambres dont la première comprenait 46 membres de droit ou nommés et la deuxième Chambre 60 députés élus au suffrage universel direct et secret. Les lois votées par les deux Chambres devaient être approuvées par l'Empereur.

4. Un sous-lieutenant prussien ayant grossièrement injurié les recrues alsaciens ne fut pas puni mais au contraire couvert par ses supérieurs, ce qui déclencha une vague d’indignation à travers toute l’Alsace contre le militarisme prussien et le régime allemand en général.

et avancée dans la direction politique du pays ; le parti socialiste s'était aussi développé et avait repris sur son programme les idées de la bourgeoisie libérale et radicale en matière scolaire, mais il ne représentait qu’une minorité agissante. Dans ces conditions, il est à peu près certain que la loi Falloux très froidement accueillie en Alsace et en Lorraine en 1850, avait, au moins quant à son esprit, bien plus de partisans en 1918 qu’en 1850 et même qu’en 1870.

Or, les véritables traditions alsaciennes sont dans le domaine politique en général, celles d’une liberté très différente dans sa conception et ses réalisations, de celle de la loi Falloux, telle surtout que les Allemand l’interprétèrent. Les faits et les indices sont nombreux et significatifs à en juger au hasard de l’histoire par les luttes des bourgeois de Strasbourg contre leur seigneur évêque !, et les luttes malheureuses ou victorieuses des paysans et de l’élément démocratique contre le patriciat au Moyen âge? les progrès rapides, de la Réforme en Alsace au XVIe siècle, l'enthousiasme déclenché par la Révolution de 1789 libérant les bourgeois et les paysans des charges féodales 4, enfin le retentissement enthousiaste des révolutions de 1830 et de 1848 dans les trois départements 5 et l’enrichissement que tous ces mouvements de liberté avaient chaque fois apporté à la masse de souvenirs patriotiques des Alsaciens et des Lorrains$. Le revirement politique, ou plutôt l’éclipse du mouve-

1. Cf. M. Fritz Kiener dans son article sur « La bourgeoisie alsacienne » paru dans la Revue alsacienne illustrée, N° II et ILI, 1909. Extr. p. 6. rappelle à propos du cri de guerre contre l’évêque à Hausbergen le 8 mai 1262 : « Combattez vaillamment et sans crainte pour l’honneur de notre ville (Strasbourg) et pour sa liberté en toute éternité», que nous percevons là, distinctement la voix du patriotisme communal exalté par la lutte pour la liberté et le pouvoir politique. «Cinq siècles plus tard », poursuit M. Kiener, « aux accents de la Marseillaise, cette même bourgeoisie franchira d’un élan les bornes de ses villes et s’élèvera jusqu’au patriotisme qui embrasse tout un peuple ».

2. Cf. F. Ponteil, Essai sur l’histoire de l’ Alsace, p. 18. V. aussi F. Kiener, « Zur Vorgeschichte des Bauernkriegs, des Oberrheins, p. 505 al. 1 de l’extrait de Zeitschrift für die Geschichte des Oberrheins, t. 19, Cahier 3.

3 Cf-F.Ponteil, op. cil., p. 25,

4, Idem, p. 63.

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