Cf. Bull. dép. Bas-Rhin, p
l’Académie de Strasbourg, directeur du service de l’Instruction publique à la Direction générale des Services d'Alsace et de Lorraine. Les textes de lois sont formels et l’accord entre les lois locales et françaises complet sur cette question. Le recteur était chargé depuis la loi Falloux, article 18-20 de veiller par l’intermédiaire des inspecteurs d’Académie et des inspecteurs primaires à l’exécution des règlements d’études dans toutes les écoles primaires publiques du ressort.
Lors de l’annexion ces pouvoirs avaient passé à l’autorité de l'Etat allemand. La loi du 12 février 1873 chargea (art. 4) le chancelier de l’Empire d’édicter des règlements sur les programmes des écoles et les matières obligatoires de l’enseignement de chaque école et l’autorisa à déléguer ses attributions au président supérieur d'Alsace et Lorraine. Cette compétence passa du reste du chancelier au statthalter? en sa qualité de ministre d’'Empire pour l’Alsace-Lorraine. Après la désannexion elle fut transmise au président du Conseil des ministres (Loi du 17 oct. 1919, art. 1er) sauf la possibilité de déléguer, à titre personnel et révocable, tous ses pouvoirs à un autre ministre de son choix. La loi du 24 juillet 1925 %, qui supprima les fonctions de commissaire général de la République à Strasbourg, ne changea rien aux pouvoirs susmentionnés du président du Conseil, lequel aux termes de l’article 4, eut de plus le droit de donner délégation au directeur général des services d’Alsace et de Lorraine, ainsi qu'aux directeurs des services énumérés à l’article 3, parmi lesquels le service de l’Instruction publique. La légalité de toutes les circulaires et instructions rectorales concernant « l’organisation et le programme des écoles, notamment la langue de l’enseignement et les matières obligatoires d’enseignement »4est donc indiscutable.
1. V. Dalloz, Codes ann., t. 2, p. 516, N° 820 et suiv. et Fuzier-Hermann, t. 24. V. Instruction publique, N°s 1591 et suiv.
2. L. 4 juillet 1879, article 2 : Reichsgesetzblatt, p. 165; L. 31 mai 1911, article 2, R.G.B. p. 225. Comp. Fischbach, Das üffenilich. Recht des Reichlandes: Elsass Lothringen, 1914, p. 45.
3. B.L., p. 2377, J.O., 29 juillet, B.0., p. 1017 ; Rec. Regula, N° 2923, p. 166.
4. Cf. article 4 de la loi du 12 février 1873. Trad. Orgn. pol. et adm., 2° part... t. 1, p. 243. V. aussi Rec. Regula, n° 2832, p. 162.
b) L'une des premières instructions rectorales, celle du 15 janvier 1920 ! était consacrée au délicat problème linguistique dans les écoles primaires. Trois principes généraux l’animaient.
19 L'enseignement de l’allemand sera donné dans toutes les écoles à partir de la 4° année ; — 20 la langue française doit être prépondérante et être enseignée selon la méthode directe ; — 30 l’enseignement religieux maintenu sera donné en allemand à raison de 4 heures par semaines. — La lecture, l'écriture et la grammaire allemande occupant 3 heures par semaine dès la quatrième année scolaire, un total de sept heures appartenaient à l'allemand.
On ne saurait qu’admirer la largeur d’esprit du gouvernement français qui, tout en assurant la prédominance de la langue française, tenait le plus grand compte, dès le début de la désannexion, des traditions religieuses et du bilinguisme.
c) Cependant le fait que le français serait désormais, et de plus en plus la langue prédominante, en tant que langue d’enseignement et langue enseignée suivant la méthode directe, inquiéta une partie du clergé et les milieux politiques de l'U.P.R. Lors d’une séance du Conseil consultatif du 6 janvier 1921? l’actuel président de l’U.P.R., le chanoine Muller eritiqua l’emploi de cette méthode directe : « … En pratique l’application de la méthode directe (et l’emploi du français) pour toutes les autres matières d'enseignement rend l’enseignement religieux presque impossible. On a reconnu que pour atteindre le cœur et l'âme de l’enfant il faut lui parler la langue de sa mère. Mais alors une conclusion s'impose : il fallait la tirer et apprendre au moins à l’enfant à lire dans la langue (l’allemand) dans laquelle il recevra l’enseignement religieux ».
Dans ces trois phrases se trouvent résumées de façon frappante les relations intimes de la question confessionnelle et du bilinguisme : la loi Falloux ayant été maintenue au point de vue de la séparation confessionnelle, ainsi que les lois locales, l'ayant complétée ou interprétée à nouveau en rendant l’école
1. Bulletin départemental du Bas-Rhin, 1920, p. 37. DPI VO 2 ED EL;
confessionnelle et l’enseignement religieux obligatoire, toute mesure qui pourrait gêner ou entraver cet enseignement religieux est illogique, voire même illégale. Or, la langue allemande étant, dans les milieux ecclésiastiques, considérée comme seule capable d’atteindre le cœur et l’âme du petit élève alsacien ou lorrain, cette langue doit d’abord être enseignée aux Alsaciens- Lorrains, et la langue française n’être apprise que par la suite à l’aide de l’allemand, langue maternelle.
d) Ce point de vue ne pouvait être celui du gouvernement français ; celui-ci entendait diriger l’école française d'Alsace et de Lorraine « sans à coup qui aurait un air de violence vers l'assimilation »; ainsi s’exprimait M. Alapetite, commissaire général de la République dans la même séance du Conseil consultatif.
e) Il ne faut donc pas trop s'étonner si la résistance à la prédominance de la langue française prit une forme de plus en plus violente, alors surtout qu’en 1924 une Chambre orientée à gauche avait été très près d'introduire en bloc l’ensemble des lois laïques françaises. Cette opposition persista après la chute du président Herriot et prit même une nouvelle forme, celle d’un régionalisme qui s’est progressivement transformé en autonomisme et atteignit son maximum d'intensité au moment de la publication du manifeste du Heimatbund le 5 juin 1926! préconisant et réclamant la langue allemande à l’école comme « point de départ, véhicule permanent de l’enseignement et matière d’enseignement ».
Dès le 29 novembre 1925?, sous l'influence, alors prédomi-
1. Bulletin d'Alsace el Lorraine, 1°" année, N° 1, 4 août 1926, p. 9.
2. Voici le portrait sévère mais exact de l’Abbé Haegy par M. Eccard dans son article La vie politique dans le Bas-Rhin, publié au t. 1, p. 170-181 de l'ouvrage L'Alsace depuis son retour à la France. « Depuis l’armistice, l'Abbé Haegy, directeur de l’Elsässer Kurier, à Colmar, et inspirateur de nombreux journaux qui en dépendent, a réussi à exercer sur le clergé militant du parti de l’Union populaire républicaine (U.P.R.) une véritable dictature. Sous le régime allemand déjà, il avait la réputation d’un obstiné de l’opposition. Il a toujours mis les intérêts de l'Eglise, tels qu'il les entendait, au-dessus de l'intérêt national, qu’il n'a jamais essayé de comprendre. Ignorant tout des choses françaises, avec lesquelles il n’a délibérément pas pris contact, l'Abbé Haegy était hanté par l’idée d’une France jacobine n’ayant d’autre but que de laïciser l'Alsace. Si
nante de l'Abbé Haegy, une série de résolutions adoptées par l’assemblée générale des délégués de l’U.P.R.1 exigeait que « l’enseignement de l’allemand commençât dès les premières années de l’école primaire (lecture, écriture, grammaire) », l’enseignement de la langue française étant réservé aux classes moyennes et supérieures. Le manifeste autonomiste allait jusqu’à exiger la prédominance de la langue allemande; la résolution antérieure de l’U.P.R. avait réclamé un bilinguisme nettement favorable à la langue allemande.
Par contre le manifeste socialiste de 19262, tout en reconnaissant la nécessité pratique du bilinguisme à l’école primaire, exigeait « que la langue française soit prise comme base de l’enseignement primaire » pour permettre « l’accès de la vie intellectuelle française à la population d’Alsace et de Lorraine ».
Du côté protestant, deux pétitions lues le 26 mai 1924 au Consistoire supérieur de la Confession d’Augsbourg et émanant l’une de l’Association protestante, l’autre de l’Union évangélique, réclament pareillement le maintien de la langue allemande comme véhicule de l’enseignement religieux, sans toutefois exiger l’emploi de l’allemand dans les autres disciplines scolaires ÿ. -
En fait, il s’agit du côté catholique U.P.R., d’une exigence de méthode dans l’enseignement de l’aliemand et du français et d’une priorité, sous couleur de langue maternelle, pour l'allemand ; du côté autonomiste, d’une exigence brutale de la prédominance pour la langue allemande, la langue française
l'Abbé Haegy, qui est décédé le 10 mai 1932, a été l’inspirateur politique et religieux du parti, M. le député M. Walter en est l’habile tacticien. Son opportunisme s’allie à la rigidité des principes de l’abbé ». M. Eccard aurait pu ajouter que le député de la Moselle M. Schumann mit son indéniable compétence et son crédit à la Chambre des députés au service du grand parti catholique et qu’après le décès de l'Abbé Haegy, M. Rossé continua son œuvre politique avec un dynamisme qui ne laisse pas d’inquiéter la fraction modérée de l’U.P.R. représentée par M. Walter, le sénateur chanoine Muller et l’abbé Schiess. De son côté, M. l’abbé Gromer, conseiller général, président de la commission départementale du Bas-Rhin, poursuit depuis 1919 son action de défense de l’école confessionnelle dans le cadre du département.
1. Bulletin d'Alsace et Lorraine, op. cil., Doc, 1. 2. Idem, Doc. 17.