Cf. Elsaesser Kurier, 27 mai
Wolff 9
/ étant qualifiée « d’étrangère ». Un article du 2 octobre 1926 de læ Zukunft, organe de l’autonomisme militant, reprocha vivement à l’évêque de Strasbourg, Monseigneur Ruch, de s'attaquer «au droit divin de notre langue (l’allemand). Celui qui doit imposer les mains à notre jeunesse (l’évêque) et faire descendre sur elle les dons du Saint-Esprit, brûle de répandre sa propre langue (la langue française). Nous nous voilons la face dans le silence de notre douleur »!. Le 23 novembre 1926 l’évêque condamnait la Zukunft comme périlleuse à la cause catholique. Les protestants songeaient avant tout à conserver la langue allemande comme véhicule de l’enseignement religieux sans trop s’attarder en général à des préoccupations politiques. — Chez les socialistes et les radicaux-socialistes et dans la grande majorité de la bourgeoisie, la prédominance du français était défendue et réclamée, motif pris de la nécessité pratique et culturelle du bilinguisme. Cette opinion se confondait avec celle du gouvernement qui était loin de méconnaître l’importance pratique et culturelle d’une connaissance parfaite de la langue allemande.
j) L'instruction du 12 février 1926 de M. le Recteur Charléty ? fixant le nouveau programme d’enseignement de l’allemand dans les écoles primaires élémentaires fait preuve de cette disposition. Un programme minutieusement établi s’échelonne de la troisième année scolaire jusqu’au cours supérieur durant lequel « il est recommandé de faire rédiger en allemand des récits, descriptions ou lettres sur des sujets. analogues à ceux qui sont frailés au même moment de l’année pour les exercices de rédaction française. Ainsi, l’élève sera amené par des exercices méthodiques et progressifs, d’une part à comprendre facilement l’allemand littéraire qui est la langue. écrite de la plupart des personnes avec lesquelles il est en rapport, d'autre part à s’exprimer lui-même avec une suffisante correction lorsque les circonstances l’amèneront à parler ou à écrire l’allemand ». Les instructions complémentaires du 31 janvier 1927 renouvellent ces directives.
1. Bulletin d’Alsace-Lorraine, du 19 octobre 1926, N° 2, D. 22. 2. Bulletin dép. Bas-Rhin, p. 14. Haut-Rhin, p. 1374, Moselle, p. 47.
Pr
er re
Après une tournée dans les trois départements recouvrés, M. Raymond Poincaré, président du Conseil, approuva pleinement les instructions rectorales. Dans la belle lettre du 18 octobre 19261 à M. le Recteur Charléty, directeur général de l’Instruction publique, il écrit : « Je crois, comme vous, indispensable qu’à la sortie de J’école, les enfants des communes où se parle le dialecte sachent parler et écrire convenablement le haut allemand. (Cependant) l’essentiel est que le français se parle et se comprenne partout ».
Dès son entrée en fonction, M. le Recteur Ch. Pfister, se déclara solidaire des instructions de son prédécesseur par une circulaire du 30 août 1927?, en laquelle il insista, comme lui, sur l’importance primordiale pour les jeunes Alsaciens et Lorrains de connaître parfaitement la langue de leur patrie puisqu’au surplus, beaucoup d’entre eux trouveront soit du travail, soit une carrière « de l’autre côté des Vosges et dans les colonies françaises ».
Cependant, il y est noté qu’« en Alsace et dans la partie orientale de la Lorraine, le langage courant est un dialecte germanique », qu’ « en outre l’allemand est resté généralement la langue du culte des trois religions catholique, protestante et israélite, et que la plupart des membres du clergé sont amenés à donner l'instruction religieuse en cette langue », qu’enfin « des raisons d’ordre pratique rendent la connaissance de l’allemand utile dans un pays frontière et que la pratique de deux langues est un enrichissement pour l'esprit » d’où un enseignement approprié de la langue allemande apparaît indispensable. Ce pourquoi, allant au devant des inquiétudes manifestées d’abord par le chanoine Muller, dans la séance précitée du Conseil consultatif, au sujet de la bonne compréhension de l’enseignement du catéchisme donné en langue allemande, M. le Recteur Pfister apportait des changements aux programmes antérieurs : enseignement de l’allemand précédant à l'avenir, d’une demi-année celui du catéchisme, pour mettre
1. Bulletin dép. Bas-Rhin, 1927, p. 13 ; Moselle, 1927, p. 29. 2, Bulletin dép. Bas-Rhin, p. 106 ; Haut-Rhin, p. 1616.
les élèves à même de suivre avec fruit l’enseignement religieux donné en allemand à partir de la troisième année scolaire ; connaissance de la langue allemande sanctionnée en tant que figurant à l’avenir, non seulement aux programmes de l'examen de sortie (Abgansprüfung) mais aussi au certificat d’études primaires.
Deux instructions rectorales du 13 octobre 1927! et du 3 février 19302 complétèrent l'instruction précitée quant aux détails du programme et au maintien de l’écriture gothique », celle-ci étant « employée dans beaucoup de familles ainsi que dans la plupart des actes de l’état civil et des manuscrits ».
Par ailleurs, le gouvernement français et le recteur se préoccupèrent, dès le début, de la préparation des instituteurs et institutrices appelés à donner l’enseignement religieux en langue allemande. Les circulaires et instructions rectorales, réglementant les examens et concours d'admission ou de sortie des écoles préparatoires et des écoles normales dont le caractère confessionnel était strictement maintenu *, ne manquent jamais de rappeler qu’ «en Alsace et Lorraine il s'ajoute aux épreuves générales, des épreuves écrites et orales portant sur la religion et sur l’allemand»4 et dont «les notes peuvent être éliminatoires et entrent en compte dans le classement définitif qui doit être établi par ordre de mérite »5.
B. — Il semble qu’une bonne volonté aussi manifeste et une largeur de vue aussi généreuse s’accompagnant de réalisations pratiques aussi efficaces de la part des autorités gouvernementales et scolaires auraient du satisfaire même les plus exigeants. Il n’en est pourtant rien : des irréductibles ne se recrutant pas seulement, comme on pourrait le croire, dans les partis officiellement autonomistes, mais aussi dans le grand parti catholique de l’U.P.R. ne peuvent pas se résoudre à
Bulletin dép. Bas-Rhin, p. 142; Haut-Rhin, 1671; Moselle, 1928, p. 44. Bulletin dép. Bas-Rhin, p. 15 ; Haut-Rhin, 2073 ; Moselle, p. 33. Bulletin dép. Bas-Rhin, p. 21 et 24; Moselle, p. 82 ; Cire. rect. 22 avril 1920. . Cf. Instruct. rect. du 31 déc. 1920 ; Bulletin dép. Bas- Rhin, p.137; Haut- Rhin, p. 191 ; Moselle, 1921, p. 20.
5. Cf. Circ. rect. du 25 avril 1925, Bulletin dép. Bas-Rhin, p. 98, v. aussi Rec. Regula, n° 3250 p. 185.