‹ La Loi Falloux et Son Application en Alsace et LorraineChapitre 64 sur 110 · BONE · texte numérisé non relu

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voir conserver à la langue française le rôle de langue d'’initiation, ce qui équivaut pratiquement à vouloir l’exclure aussi du rôle de langue véhiculaire de l’enseignement.

a) Suivant une méthode particulière aux milieux de l’U.P.R. cette hostilité manifeste à la prédominance de la langue française fut présentée, le 5 juin 19361, sous la forme d’une proposition de loi destinée à permettre aux Alsaciens.. « d'apprendre le français d’une façon aussi parfaite que possible » ! Elle était signée par MM. les députés Henri Meck, Hartmann, Michel Walter, Thomas Seltz, Elsaesser, Fuchs, Gullung, Rossé, Sturmel, tous membres éminents de l’U.P.R. Selon l’exposé des motifs « la méthode directe employée depuis 1919 dans les écoles va à l’encontre du but poursuivi. faire apprendre le français d’une façon aussi parfaite que possible par les jeunes générations ». C’est pourquoi «nous demandons donc à l’article 1er de notre proposition de loi que l’allemand, qui est la langue littéraire des patois parlés par les trois quarts des populations alsaciennes et lorraines, serve de langue d'initiation». Voici, au surplus, cet article 1er : « Dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, la langue maternelle sera, comme langue d'initiation, enseignée aux enfants dès la première année scolaire. Des leçons d’allemand seront données pendant toute la période scolaire ».

Serait-ce que pour aller en chemin de fer de Strasbourg à Paris il faudra dorénavant passer d’abord par Francfort-surle-Main ?

b) Le dépôt d’une pareille proposition de loi constitue, à n’en pas douter, une tentative de détrôner la langue française de la première place qu’elle doit nécessairement occuper dans l’enseignement primaire en Alsace et en Lorraine. Si l'intention était de préserver les jeunes générations alsaciennes de l'influence vivifiante de l’esprit et de la civilisation française on ne s’y prendrait pas autrement : en effet, retarder le règne d’une langue, c’est retarder la pénétration de la civilisation dont elle

1. J.O., Débats parlementaires, Annexe au Procès-verbal de la séance du 5 juin 1936.

est l'indispensable véhicule. Nous voudrions imaginer que la méfiance de milieux catholiques de l’U.P.R. contre les lois scolaires laïques de la France ne les entraîne pas à frapper d’ostracisme l’ensemble de la civilisation française dont l'esprit laïc ne forme qu’une partie. Une pareille proposition de loi n'aura, d’ailleurs, jamais la chance d’être acceptée par les Chambres françaises, principalement depuis que certains pays voisins ont pris l’habitude de fonder leurs revendications territoriales ou culturelles sur des parentés de langues.

Quoi qu’il en soit les règlements, instructions et circulaires en vigueur assurent à la langue allemande une proportion d'heures suffisante pour satisfaire aux besoins pratiques et culturels des populations et la langue française pourra d’autant moins être délogée de son rôle de langue d'initiation et de langue véhiculaire que c’est principalement de sa connaissance de plus en plus parfaite que dépend une réassimilation progressive et durable de l’esprit alsacien à la civilisation française. Or cette réassimilation spirituelle et morale, s’opérant en chaque individu, formera le gros œuvre de la maison que la France a reconstruite en Alsace et Lorraine depuis 1918 ; la réassimilation législative et administrative n’en constitue qu’un échafaudage destiné à faire bientôt, espérons-le, double emploi. De même qu’une maison nouvellement construite tient toute seule quand le mortier a séché, la maison France sera, s’il est possible, encore plus solidement établie en Alsace et Lorraine quand la langue française sera devenue familière à tous les habitants.

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