Cf. Bull. eccles. de Strasbourg du 15 avril 1923, p
choisir les livres de classe «… en raison de leur conception catholique.. pour les matières où la religion doit entrer en ligne de compte... car... il dépend d’eux (des instituteurs) et d’eux seuls que les manuels scolaires d’histoire et de lecture ne soient pas des ouvrages neutres ».
Cette communication épiscopale montre l'extrême importance que les milieux catholiques attachent à la formation catholique de l’instituteur ; elle constitue en effet la meilleure garantie du maintien intégral du caractère confessionnel de l’enseignement primaire public dans les trois départements recouvrés.
Section II
L'interconfessionnalisation des écoles
Un texte maintenu de la loi Falloux permettait de s’attaquer dans le cadre communal d’une façon plus incisive qu’à propos des dispenses d’enseignement religieux au caractère confessionnel d’une école quant à son personnel enseignant et à sa population scolaire : il s’agit, en effet, de l’article 15, alinéa 3, faisant dépendre le remplacement des écoles communales confessionnelles par des écoles interconfessionnelles, d’une initiative du conseil municipal et d’une autorisation gouvernementale.
De pareilles initiatives supposent l’émission par la majorité potitique d’un conseil municipal d’un vote favorable, lui-même complété d’une autorisation gouvernementale conforme. Aussi est-ce d’abord sous le double aspect politique et juridique qu'il convient d'envisager Ja création d’une école communale, interconfessionnelle en Alsace et en Lorraine, ce qui nous permettra de mieux comprendre les méthodes de résistance employées par les milieux de l’U.P.R. pour s’opposer à la création d’écoles interdites par leur doctrine sauf en cas de force majeure aux
enfants catholiques.
148 LA LOI FALLOUX ET SON APPLICATION EN ALSACE-LORRAINE $ 1. —- ASPECT POLITIQUE ET JURIDIQUE
19 Les mouvements politiques.
A. — Les élections législatives du 11 mai 1924 amenèrent une majorité de gauche à la Chambre des députés. En Alsace et en Lorraine, par suite d’un changement assez notable de la représentation politique, les partis catholiques et leurs alliés démocrates ne détenaient plus strictement l’ensemble des sièges. En Lorraine le grand parti catholique U.R:.L. obtint encore la totalité des 8 mandats, dans le Haut-Rhin aussi l’U.P.R. et les démocrates obtinrent la majorité absolue des voix et gardèrent les 7 mandats du département, toutefois leur majorité qui avait été de 62,1% en 1919 n’était plus que de 52,7% en 1924 ; dans le Bas-Rhin le « Bloc National », c’est-à-dire l’alliance de l'U.P.R. et des démocrates, ne réunit plus que 44,2% des voix au lieu des 53,2% de 1919 et, de ce fait, perdit 3 mandats qui furent gagnés par deux socialistes et un communiste (MM. J. Peirotes, G. Weill et Ch. Hueber), tandis que l’U.P.R. conservait 4 mandats et les démocrates 21 Je cartel des gauches détenant la majorité absolue à la Chambre des députés, l'importance des trois députés de gauche fut singulièrement accrue? dan, le sens d’une assimilation plus rapide et plus générale des trois départements.
La déclaration ministérielle du cabinet Herriot, le 17 juin 1924%, annonça la disparition des dernières différences législatives entre les départements recouvrés et l’ensemble du territoire de la République, la suppression du commissariat général et des mesures préparatoires de l’introduction en Alsace et en Lorraine de l’ensemble des lois de la République, tout en respectant les situations acquises et en ménageant les intérêts moraux et matériels de la population.
C'était l’annonce de l'introduction des lois de séparation de l'Eglise et de l'Etat et des lois scolaires de laïcité, aboutissant à la suppression de deux situations dont la défense formait
1. Cf. L’Alsace depuis son retour à la France, t. 1, p. 159 et 176. 2. Op. cit., p. 160.