‹ La Loi Falloux et Son Application en Alsace et LorraineChapitre 72 sur 110 · Cf. Elsaesser du 9 juillet · texte numérisé non relu

Cf. Elsaesser du 9 juillet

2. Cf. Doc. cath., n° 258 du 4 octobre 1924, p. 555-563 3. Cf. L’Alsace depuis son retour à la France, t. 1, p. 154,

la bourgeoisie libérale et patriote et aussi celle des divers gouvernements français. Cependant ce parti n’avait, non seulement un objectif de réassimilation des trois départements, mais aussi un programme social très avancé, révolutionnaire même qui constituait avant tout sa raison d’être. Or, en défendant l’assimilation pure et simple au point de vue religieux et scolaire, visant à l'introduction des lois de séparation et de laïcité, il ne faisait que préconiser l’application d’une partie de son programme général, qui réclame indéniablement l’exclusion de toutes les Eglises de la vie publique de l’Etat. Or, ce programme révolutionnaire et social heurte violemment les idées de la bourgeoisie libérale et démocrate. Et telle est la cause de l’alliance des démocrates et des partis catholiques sur les questions relatives au statut religieux et social : alliance fondée à en juger tout au moins du côté démocrate sur des motifs non de défense religieuse, mais de défense sociale que deux auteurs de la loi Falloux, Thiers et de Montalembert, avaient mis en relief dans des considérations politiques analogues lors de l’élaboration et du vote de la loi du 15 mars 1850. Ce jeu d’alliances électorales avec les partis catholiques se produisant chaque fois que la conception de l’ordre social semble être menacée, fut prédominant aux élections législatives de 1919 et de 1924, disparut à celle de 1928 à cause des ententes des partis catholiques avec les partis autonomistes, jugées par les démocrates incompatibles avec leurs traditions patriotiques ; il fut repris en 1932 et plus encore en 1936, le courant autonomisant étant en régression.

C. — La protestation des milieux croyants était donc effective et retentissante, cependant elle n’était pas unanime ; les résultats des élections furent là pour le prouver. Pourtant la question de l'introduction des écoles interconfessionnelles allait faire rebondir le conflit par suite de la demande des Conseils municipaux de Strasbourg et de Colmar à majorité socialiste et radicale-socialiste, de rendre leurs écoles primaires interconfessionnelles,

a) Le 3 mars 1925, par une dépêche ministérielle, le président du Conseil Edouard Herriot donna par l'intermédiaire des

préfets 1 l’autorisation aux deux Conseils municipaux de Strasbourg et Colmar, de procéder suivant les textes des loïs locales à la suppression de leurs écoles confessionnelles ?.

Dans le Bas-Rhin, le conseil départemental de l’enseignement (Bezirksunterrichtsrat) consuité, donna un avis favorable nonobstant les protestetions des représentants du clergé catholique. Il en fut de même dans le Haut-Rhin. Les milieux catholiques protestèrent très violemment contre ce qu'ils appelaient une « violation » de la loi locale. Il est, en vérité, excessif de prétendre à une violation formelle : les articles 15 alinéa 3 et 36, alinéa 5 de la loi Falloux expressément maintenus en droit local allemand et confirmés par les lois et décrets du gouvernement français après 1918, prévoyaient la transformation d’écoles confessionnelles en écoles interconfessionnelles. Mais il est non moins certain que l’esprit politique de la loi ne tolère aucun doute sur les intentions de ses auteurs créant cette possibilité * : ces derniers n’avaient aucunement l'intention de faciliter la suppression de l’école confessionnelle. Au surplus une instruction ministérielle du 24 décembre 1856, qui paraît bien dans la ligne de la loi, indiquait que l’article en question était prévu pour des communes à faible efiectif scolaire ou sans ressources suffisantes pour entretenir deux écoles confess'onnelies. Si le nombre des écoles interconfessionnelles augmenta pendant l’occupation allemande, ce fut, d’une part, pour obvier au manque de personnel enseignant assez important après 1870, d'autre part, pour se débarrasser ici et là d’un personnel enseignant congréganiste gênant pour la germanisation, mais jamais pour menacer le régime de l’école confessionnelle. Au contraire, après 1918, le gouvernement français, représentant d’un Etat qui a réalisé la séparation de l'Eglise et de l'Etat et institué l’école publique laïque et obligatoire, ne pouvait empêcher que toute suppression partielle de l’école confession-

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