Cf. op. cit., précité
Wolff 12
peu près inexistantes. Pour tenter ce grand coup, toutes les occasions, tous les prétextes doivent servir. La prolongation de la scolarité paraissait se prêter à une opération de ce genre ».
a) Jusqu'au 30 janvier 1937 les protestations se tiennent presque toutes dans la ligne de la motion adoptée le 18 novembre par le Conseil général du Bas-Rhin! sur la proposition de MM. Michel Walter, Gromer, Reisacher et Oberkirch, et le rapport très détaillé de l’abbé Gromer, président de la Commission départementale:
« Considérant que la loi du 9 août 1936 prolongeant l'obligation de l’enseignement primaire jusqu’à l’âge de 14 ans, devait rester sans objet, au moins en ce qui concerne les écoles des trois départements recouvrés, qui ont toujours gardé leurs élèves jusqu’à l’âge de 14 ans ; — Que les décrets du 10 octobre 1936 portent application de ladite loi en Alsace et en Lorraine et prévoient que l’admission à l'examen de libération de l’instruction scolaire obligatoire ne peut avoir lieu qu’à l’âge de 15 ans révolus pour les garçons et de 14 ans pour les filles ; — Que la loi locale relative à l’emploi des enfants dans les industries a été modifiée, de sorte que les enfants ne peuvent plus être employés dans les établissements industriels ou commerciaux avant l’âge de 15 ans pour les garçons et de 14 ans pour les villes.
« Que ces textes sontillégaux et pris en violation des principes démocratiques.
«Que les mesures spéciales ci-dessus visées ont suscité de nombreuses protestations entièrement justifiées de la part de toutes les classes de la population, des élus, des groupements professionnels et aussi de notre vigilante Commission départementale. Qu’en particulier la prolongation de l'obligation scolaire jusqu’à l’âge de 15 ans révolus pour les garçons est contraire aux intérêts vitaux, notamment de la population rurale et des couches sociales les plus pauvres; — Que ces mesures ont été prises, notamment sans consultation aucune,
1. Rapp. et délibération Conseil général Bas-Rhin, séance du 18 novembre, p. 566 et suiv.
ni des parlementaires, ni des assembiées locales élues ni des groupements professionnels ; — Qu’elles ont encore été agravées depuis par des instructions qui tendant à obliger les enfants déjà libérés de l’école à y retourner, ceci sans tenir compte ni des situations existantes, ni du fait que les enfants ayant déjà quitté l’école après examen de sortie ne peuvent plus légalement être astreints à y retourner ; — Conteste la légalité des décrets en question et proteste contre les conditions dans lesquelles ils ont été pris; — Demande que ces deux décrets soient rapportés dans le plus bref délai et décide de se réunir au plus tard au début de l’année prochaine en session extraordinaire pour délibérer, le cas échéant, sur les conséquences à tirer de la situation ».
Et dans son rapport sur la motion, M. l’abbé Gromer de signaler en sus de l’illégalité du décret et des torts d’ordre matériels menacant la population, certaines conséquences pratiques : « Que dans ces conditions on... (le gouvernement) ne perde pas de vue de réduire petit à petit les effectifs du personnel fidèle au statu quo, cela est tout naturel. On a essayé, dans des cas individuels, de le désavantager et si, à ce sujet, je suis intervenu au Conseil départemental de l’enseignement, je n’ai fait que mon devoir au risque qu’on m'en tienne rigueur. Le jour où l’on appliquera les décrets de prolongation, on sera obligé de créer un nombre important de classes nouvelles. Il y aura de nombreux postes d’instituteurs et d’institutrices ; ce qui ouvre la porte à des possibilités d’affaiblir certaines positions, d’en renforcer d’autres. Messieurs vous me comprenez, à demi-mot, et il n’est pas besoin d’insister davantage »1.
Le seul conseiller général favorable à la neuvième année scolaire fut M. Sorgus, maire de Schiltigheim, membre du parti socialiste, répliquant : « Si dans le pays on n'avait pas fait front de la sorte contre cette mesure, si on avait expliqué aux gens que cette mesure est dans l'intérêt de l'éducation du peuple, la protestation n'aurait certainement pas été si véhémente à la campagne. Par ailleurs je puis dire que dans ma
1. Rapp. et délibération Conseil général, séance du 18 novembre 1936, P.V., p. 582.
commune nous avons convoqué ceux qui entraient en ligne de compte, c’est-à-dire les parents d’enfants qui viennent de quitter l'école ». Sur 100 parents, 10 étaient hostiles à la prolongation. « C’est un indice que l’opinion n’est pas aussi générale pour désapprouver le décret … la mesure prise par le gouvernement l’a été sans arrière pensée … ».
Il est certain que des préoccupations au sujet de la politique générale du ministère Léon Blum ont, consciemment ou non, nourri l'hostilité des députés et conseillers généraux de l’U.P.R. contre les décrets incriminés : le conflit scolaire n’était à certains égards qu’un des aspects d’une opposition générale au gouvernement présidant alors aux destinées de la France !.
b) Les inquiétudes manifestées au sujet de la proportion réservée au personnel enseignant congréganiste dans les postes d'instituteurs et d’institutrices à créer pour le service de la nouvelle année scolaire définitivement acquise pour les filles, n'étaient pas sans fondement. L’abbé Gromer, les avait indiqués à demi-mot », il paraît utile de préciser les véritables causes de ses craintes : non seulement présomption d’une malveillance du gouvernement mais encore et surtout crise de recrutement au sein du personnel enseignant congréganiste, principalement du personnel féminin, des sœurs enseignantes.
1° Cette crise de recrutement apparaît de façon officielle à la base de la décision du Conseil municipal de Huningue du 23 septembre 1936? : « Considérant que le couvent de Ribeauvillé (maison mère du personnel enseignant à Huningue) retire pour la rentrée des classes 1936 son personnel de plusieurs écoles catholiques de communes ayant une population exclusivement catholique …
« Par 14 voix contre 4.
«Est d’avis que le couvent devrait en première ligne retirer ses sœurs des écoles interconfessionnelles de Huningue avec une population mixte (2.848 catholiques, 768 protestants, 326 lbres-penseurs, 63 israélites) »°.
1. CE, les collections des journaux Ælsässer, Elsässer Kurier et Le Lorrain, d'octobre 1936-octobre 1937.