‹ La Loi Falloux et Son Application en Alsace et LorraineChapitre 9 sur 110 · Id · texte numérisé non relu

Id

20 En matière d'enseignement secondaire.

A. — L'opposition de Thiers, Dupanloup et Montalembert. — C’est en passant à la discussion de l’enseignement secondaire que la position des différents membres de la commission se précisa. En effet, l’on vit Thiers, qui, de propos délibéré, avait abandonné l’enseignement primaire au clergé, se refuser catégoriquement à donner l’enseignement secondaire, c’est-à-dire celui qui instruisait et éduquait les enfants de la bourgeoisie au clergé et surtout aux Jésuites. C’est sur ce point que se manifestèrent les tendances opposées de Thiers et de Dupanloup et Montalembert.

Thiers partait du point de vue de l'intérêt de la société, de sa conservation sociale, et non de celui de l'intérêt de l’Eglise. Dans son esprit le clergé, instruisant et éduquant le peuple à l’école primaire, propagerait l’esprit de résignation et constituerait un rempart sûr contre l’esprit révolutionnaire, qui, en présence de la misère ouvrière croissante, commençait à se propager alors. Mais, disait-il « tandis que les masses ont besoin de vérités imposées, que la foi doit être leur seule philosophie, les classes moyennes veulent comme un droit la libre discussion philosophique ».

Dupanloup et de Montalembert, logiques avec eux-mêmes, ne pouvaient admettre que la religion fût seulement nécessaire pour le peuple et superflue, voire même gênante, pour la bourgeoisie, de là leur opposition formelle aux idées de Thiers. Montalembert manifesta à cet égard son mécontentement dans une des séances de la commission. Il fut même assez malhabile, en exposant qu’au fond c’est l’Eglise qui consent à abandonner une partie de l’enseignement à l'Etat; par quoi il choquait grandement la conception étatiste de Thiers, lequel n’admettait d’autre pouvoir dispensateur que l'Etat ; il alla même jusqu’à déclarer que, si Montalembert comprenait ainsi les rôles respectifs de l'Etat et de l'Eglise, il avait l’impression « d’avoir été dupe ». Cousin s’associa aux protestations de Thiers. L'accord put se réaliser cependant ; mais Thiers qui, ancien ennemi des Jésuites, avait dû accepter la rentrée de ceux-ci en France, demanda « à se cacher sous une table », le jour où cette partie du projet viendrait en discussion.

B.— La création d’un enseignement libre. — En fin de compte, l’enseignement libre obtint des avantages très substantiels dans le projet sur l’enseignement secondaire. Liberté pour tout Français âgé de 25 ans au moins, non condamné, muni d’un certificat de stage de cinq années dans un établissement d’enseignement secondaire, du diplôme de licencié ou de double bâchelier ou du brevet de capacité d'ouvrir un établissement: d’instruction secondaire. Dispense pour les maîtres engagés par le directeur de justifier d’aucune connaissance, la loi ne connaissant que le directeur. Droit des établissements libres aux subventions des communes, des départements et même de l'Etat. Limitation de l'inspection des établissements libres aux questions de moralité, de respect de la Constitution et des lois, et de l’hygiène. Accès pour les membres de l’enseignement privé à l'inspection d’Académie et à l'inspection générale. Le silence sur les congrégations religieuses. Enfin la création du conseil académique départemental où les « forces sociales tendent à remplacer les compétences ».

L'Université se trouvait pour autant diminuée à la fois dans ses recteurs et ses conseils : elle conserve le droit de conférer les grades. Mais ces grades ne sont indispensables que pour l’enseignement public, l’enseignement libre échappant à l’obligation d’avoir des professeurs gardés ou bien pouvant y suppléer par des brevets délivrés par un jury dont les membres sont choisis par le ministre. Dans ces conditions et avec ces avantages un enseignement libre secondaire était permis et organisé.

Les deux projets concernant le primaire et le secondaire furent réunis en un seul par M. de Falloux et déposés sur le bureau de l’Assemblée Législative le 18 juin 1849.

$ 3. — LE PROJET DE LOI DEVANT L’OPINION PUBLIQUE. SON VOTE. 1° L’exposé des motifs de M. de Falloux*.

M. de Falloux l’entame par des principes généraux d’une

grande portée morale.

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