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LA QUESTION DES EFFECTIFS

Dès lors, messieurs, quelle autre solution efficace, quelle autre réplique à la loi allemande que le retour au service de trois ans? Mesurez la distance que la loi allemande va mettre entre les effectifs de paix allemands et les nôtres : par la loi de trois ans, complétée et allégée à la fois par le retour des employés au corps et la substitution de la main-d'œuvre civile à la maind'œuvre militaire, vous réduisez l'écart de plus de moitié, vous ajoutez un peu plus de 200.000 hommes à notre armée active. Des avantages plus nombreux et plus marqués doivent élever encore le chiffre des rengagements. Evaluez le surcroît de sécurité et le surcroît de force que représentera la constitution de quatre ou cinq corps d'armée de couverture, dont l'effectif combattant ne sera plus, comme aujourd'hui, réduit de près de moitié à chaque départ de la classe, qui n'auront plus à compter avec angoisse les mois d'hiver où se pousse hâtivement l'instruction des recrues, mais qui, d'un bout à l'autre de l'année, pourront opposer à l'attaque brusquée de l'Allemagne, si elle vient à se produire, avec ses troupes de choc toujours prêtes, des effectifs qui ne fléchiront jamais d'un homme, et qui, eux aussi, seront toujours prêts. Considérez le surcroît de force qui viendra de la loi de trois ans à nos unités de l'intérieur comme à nos troupes de couverture ; ce n'est pas seulement le nombre des hommes sous les drapeaux qui s'en trouvera accru, mais leur qualité, leur' valeur combative, quand l'instruction sera donnée, non plus à des compagnies, à des escadrons décharnés, mais à des compagnies, à des escadrons, à des batteries ration-

LE DISCOURS DE VILLE d'aVRAY

nellement étoffés, dont l'effectif légal sera fixe et ne pourra être abaissé à aucun moment. Pesez enfin aux mêmes balances le surcroît de valeur qui viendra, et qui ne sera pas moins important, aux réservistes des quatre premières classes, eux aussi plus exercés, plus solidement encadrés qu'aujourd'hui dans des unités où les soldats de l'active seront en plus grand nombre, et aux sept autres classes de la réserve, elles aussi encadrées plus vigoureusement, à cette nation armée à qui l'on voudrait faire accroire que nous doutons d'elle alors que notre projet est d'utiliser au maximum, sans hasard, ses admirables qualités de volonté et d'endurance! (Applaudissements)

Tels sont les arguments qui nous décident et qui vous décideront. Ceux-là les connaissent et n'y répondent pas qui nous reprochent d'obéir à je ne sais quelles idées préconçues, à une simple vue de l'esprit, sous une inexplicable poussée de réaction. Nos contradicteurs sont-ils seuls à se préoccuper de l'étendue du sacrifice qui sera réclamé de tous, sans dispense aucune, sans distinction de classe, des ouvriers et des paysans, des jeunes hommes des professions libérales et de ceux des professions manuelles, des riches comme des pauvres ? Quelle injustice, quelle mauvaise polémique ! Pourtant, nous aussi, nous avons à justifier nos actes devant des électeurs. (Mouvement prolongé)

l'opinion du pays

Je pourrais vous rappeler qu'il m'est déjà arrivé de préférer à mon mandat la satisfaction de ma conscience. Je ne le ferai pas, car je suis sans inquiétude devant le

lendemain et au sujet de l'approbation du pays. Nous nous apercevrons, à mesure que les uns et les autres nous accomplirons tranquillement notre devoir, que ce devoir était aussi facile qu'honorable, et qu'il était par avance accepté par l'admirable intelligence patriotique de l'opinion. (Applaudissements)

La situation continuellement troublée de l'Europe ne lui a pas échappé. Quel avenir nous préparent les événements qui se succèdent? Le pays ne le sait pas plus que les diplomates dont ces événements surprennent régulièrement la clairvoyance. Mais ce qu'il sent, et ce qu'il sent profondément, c'est d'abord qu'il ne doit pas être surpris et frappé par l'inconnu, par ces événements dont Ghallemel-Lacour disait il y a plus de vingt ans « qu'ils peuvent être ajournés longtemps sinon indéfiniment », « qu'ils peuvent même être conjurés », mais que, tout de même, si résolus que nous soyons « à ne pas les hâter d'une minute, à ne jamais les déchaîner de parti pris, ils peuvent éclater du soir au matin dans une partie dont notre existence même serait l'enjeu ». Et ce que le pays, soyez-en certains, n'a pas compris avec une moindre sagacité, c'est que du fait des circonstances qui nous y obligent, la loi de trois ans sera, de toutes les garanties de la paix, la plus solide. Annoncée, ratifiée d'avance par le pays, elle nous a fortifiés dans l'estime du monde. Votée, appliquée, elle éclairera ceux, s'il s'en trouve, qui peuvent imaginer que la démocratie et le bien-être ont ralenti dans la nation la source des mâles vertus. Repoussée, elle nous coûterait plus cher qu'une défaite. (Nombreuses m,arques d'assentiment)

Il y a des lieux où toute pensée s'épure et s'élève.

LE DISCOURS DE VILLE d'aVRAY

Dans l'humble maison que nous avons visitée ce matin, la grande voix de celui qui s'y est endormi ne s'est pas entièrement éteinte. Qui de vous ne l'a entendue? S'il était là, qui peut douter du conseil qu'il donnerait? « Et moi aussi, disait un soir le vieil empereur Guillaume, assistant à une représentation de la Jeanne d'Arc de Schiller, j'ai connu un homme qui a frappé du pied le sol et qui en a fait sortir des armées. » Armées héroïques, infortunées de d'Aurelles, de Ghanzy, de Bourbaki, de Faidherbe ! Si elles avaient été de soldats exercés, ce ne seraient point les images des deux femmes en deuil qui garderaient le monument où repose le cœur de Gambetta! (Salve d'applaudissements et cris répétés : Vive l'armée I Vive la République!)

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